
En 2000, Israël dut annuler la vente de son système de détection et de commandement aéroporté Phalcon à la Chine après que le gouvernement menacé de couper son aide militaire de 2,8 milliards de dollars à Israël. Ce qui est nouveau est qu’Israël n’ait pas été « mis en garde » contre un accord militaire spécifique avec la Chine (il n’y a pas de tel accord sur la table actuellement), mais plutôt contre sa volonté de recentrer sa politique étrangère vers l’Asie. Les Etats-Unis sentent qu’ils sont en train de perdre une partie de leur influence sur Israël. La capacité d’Israël à réduire sa dépendance militaire et diplomatique vis-à-vis des États-Unis est une bonne chose.
Le déclin de l’influence mondiale des États-Unis n’est pas une simple théorie. La Chine mène des exercices militaires conjoints avec l’Iran ; les États-Unis sont plus désireux que l’Iran de parvenir à un accord sur le programme nucléaire de Téhéran; la Russie est en mesure de reconquérir ses anciens satellites malgré les sanctions économiques des États-Unis; l’État islamique progresse malgré les frappes aériennes américaines, et la Turquie ne coopère pas, en dépit des pressions des États-Unis; en Afrique, la Chine est un acteur plus puissant et plus influent que les États-Unis. Quant à la relation entre les États-Unis et Israël, quelque chose a changé dans l’attitude de l’Amérique.
L’administration Obama ne cesse de blâmer Israël et d’absoudre l’Autorité palestinienne pour l’absence de paix. Lors de l’opération “bordure protectrice” l’été dernier, l’administration Obama a essayé d’imposer à Israël le cessez-le-feu pro-Hamas du Qatar et de la Turquie, tout en bloquant les livraisons de missiles à Israël. Alors que l’Amérique devient moins puissante et moins fiable, Israël a raison de diversifier ses alliances stratégiques, en particulier avec l’Asie.
Israël est le premier pays du Moyen-Orient à avoir reconnu le régime de Mao Zedong. Quand la Chine communiste proposa d’établir avec Israël des relations diplomatiques officielles en 1954, Israël tergiversa par crainte de compromettre sa relation avec les États-Unis. Les préoccupations d’Israël étaient injustifiées, car la politique proche-orientale de l’administration Eisenhower était de toute manière ouvertement pro-arabe. Par ailleurs, l’Amérique elle-même établit des relations diplomatiques avec la Chine communiste en 1979. La Chine et Israël ont commencé à développer des liens militaires non officiels dans les années 1970 grâce à la « rupture sino-soviétique ».
Aujourd’hui, Israël est le plus grand fournisseur de technologie et d’équipements militaires de la Chine, après la Russie. La Chine est également le troisième plus grand partenaire commercial d’Israël, avec un volume commercial annuel de 10 milliards de dollars. La Chine bénéficie de l’expertise d’Israël dans les domaines de la technologie militaire, de l’énergie solaire, de l’irrigation et de la désalinisation de l’eau de mer. En 2013, la Chine a remporté un appel d’offres de deux milliards de dollars pour la construction du chemin de fer stratégique “Med-Red” reliant les ports d’Ashdod et d’Eilat. Un centre de recherche conjoint de 300 millions de dollars a également été établi entre les universités de Tel-Aviv et de Tsinghua.

Israël a aussi approfondi ses liens stratégiques avec l’Inde. Les deux pays appartenaient à des camps opposés pendant la guerre froide, l’Inde s’étant alignée avec l’Union soviétique. Pendant des années, le Parti du Congrès refusa d’établir des relations diplomatiques formelles avec Israël par crainte de s’aliéner sa minorité musulmane ainsi que ses alliés diplomatiques. Cette politique fut critiquée par l’opposition nationaliste hindoue. Avec la fin de la guerre froide, l’Inde perdit son allié soviétique. La détérioration de la rivalité indo-pakistanaise et la propagation du terrorisme islamique poussèrent l’Inde à se tourner vers Israël pour son expertise militaire et technologique.
L’alliance de l’après-guerre froide entre Israël et l’Inde fut renforcée avec la victoire électorale du parti hindou BJP en 1998 et, plus récemment, en 2014. Aujourd’hui, l’Inde est le plus grand marché militaire d’Israël (qui représente près de la moitié du total des exportations militaires d’Israël) et le deuxième plus grand partenaire commercial asiatique d’Israël après la Chine. Le nouveau gouvernement indien vient d’annoncer qu’il allait acheter du matériel militaire et des technologies à Israël pour une valeur de 13,1 milliards de dollars, rejetant ainsi une offre concurrente américaine.

La même chose vaut pour le Japon, un pays qui fut contraint à mettre en veilleuse ses relations avec Israël suite l’embargo pétrolier de 1973 imposé par les membres arabes de l’OPEP. Mais avec sa stagnation économique chronique, le Japon comprend maintenant que sa croissance dépend moins du pétrole arabe que des technologies israéliennes. La semaine dernière, Toyota ITC (Information Technology Center) a tenu son premier hackothon en Israël. Le Japon achète massivement des technologies israéliennes pour la cyber-sécurité, les applications mobiles et la robotique.
L’approfondissement des relations diplomatiques, militaires et économiques entre Israël avec les grandes puissances asiatiques constitue une évolution positive. Le fait que les puissances émergentes qui évitaient jadis l’Etat juif renforcent à présent leurs liens avec celui-ci est une indication claire qu’Israël a atteint un niveau de puissance économique et technologique sans précédent. Jamais dans son histoire Israël n’a eu un tel poids sur l’échiquier mondial.
Emmanuel Navon dirige le département de Science politique et de Communication au Collège universitaire orthodoxe de Jérusalem et enseigne les relations internationales à l’Université de Tel Aviv et au Centre interdisciplinaire d’Herzliya. Il est membre du Forum Kohelet de politique publique.
[www.navon.comArticle original
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Bravo: L’Europe aura d’autan moins de poids, infiltrée qu’elle est par des antisemites, le clientélisme lui ayant fait perdre son honneur et sa credibilité
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