Après avoir fait d’importants gains en Syrie face aux troupes d’Assad, les djihadistes de l’EI ont pris l’Irak d’assaut s’emparant d’importants pans du pays, dont la deuxième ville, Mossoul. Une offensive visant à créer un État islamique en pays sunnite, à cheval sur l’Irak et la Syrie. »
Des combattants kurdes marchent dans une rue de Kobané, le 19 octobre.
PHOTO KAI PFAFENBACH, REUTERS
Les États-Unis ont salué lundi la décision de la Turquie de laisser passer des combattants kurdes irakiens pour aller défendre la ville de Kobané (nord de la Syrie), assiégée par le groupe État islamique (EI).
«Nous saluons les déclarations du ministère [turc] des Affaires étrangères» en ce sens, a indiqué la porte-parole du département d’État américain, Marie Harf, lors de son point de presse.
Ce revirement turc intervient alors que les États-Unis, qui ont multiplié les frappes contre les cibles djihadistes, ont procédé lundi à l’aube sur Kobané à un premier largage aérien d’armes et de munitions pour les forces kurdes syriennes qui défendent la ville depuis plus d’un mois.
La Turquie de son côté a opéré lundi un changement de stratégie en Syrie en annonçant qu’elle autorisait désormais des renforts de combattants «peshmergas» irakiens à rejoindre, via son territoire, la ville kurde syrienne de Kobané.
«Nous aidons les forces «peshmergas kurdes» à franchir la frontière pour aller à Kobané», a déclaré le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu lors d’une conférence de presse à Ankara.
«Nous n’avons jamais voulu que Kobané tombe. La Turquie a mené différentes initiatives pour l’empêcher», a expliqué M. Cavusoglu.
Malgré la pression de ses alliés, États-Unis en tête, le gouvernement islamo-conservateur turc a jusque-là refusé d’intervenir militairement pour aider les combattants kurdes – les «peshmergas» – qui résistent depuis un mois aux forces du groupe État islamique, estimant qu’un tel soutien ne pouvait que renforcer le président syrien Bachar al-Assad, sa bête noire.
Ce revirement turc intervient alors que les États-Unis, qui ont multiplié les frappes contre les cibles djihadistes, ont procédé lundi sur Kobané à un premier largage aérien d’armes et de munitions pour les forces kurdes qui défendent la ville.
Le chef de la diplomatie turque n’a pas directement commenté cette initiative.
«Nous coopérons pleinement avec la coalition», s’est contenté d’indiquer M. Cavusoglu. «Nous voulons nous débarrasser de toutes les menaces qui pèsent sur la région. Nous évaluons l’aide militaire et médicale larguée à cette fin», a-t-il ajouté.
Les États-Unis ont annoncé la semaine dernière avoir noué des contacts directs avec le principal mouvement kurde de Syrie, le Parti de l’union démocratique (PYD), dont les Unités de protection du peuple (YPG) mènent le combat contre l’EI à Kobané.
Dimanche encore, le président turc Recep Tayyip Erdogan a balayé les appels lancés à son pays pour qu’il fournisse directement des armes aux YPG et au PYD, qu’il a accusés d’être une «organisation terroriste».
«Le PYD doit changer»
Malgré l’aide accordée à leurs «frères» irakiens, le ministre des Affaires étrangères turc a réitéré lundi cette position. «Comme l’EI, le PYD veut contrôler une partie du territoire syrien», a estimé M. Cavusoglu, «le PYD et les groupes qui dépendent de lui doivent changer d’objectifs et renoncer à ces ambitions».
Élu local de Kobané, Idriss Nassen a rejeté ces accusations. «Le PYD […] est l’une des principales composantes de l’opposition syrienne, cela signifie qu’il travaille pour les parties kurdes (du pays), mais aussi pour toute la Syrie», a-t-il déclaré à l’AFP.
Interrogé à la frontière turque, M. Nassen a également souhaité que la Turquie tienne sa parole de faciliter le passage des «peshmergas» irakiens. «Nous espérons que ce corridor entre la Turquie et Kobané va se concrétiser dans les prochains jours», a-t-il dit.
La Turquie considère le PYD comme le pendant syrien du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui mène depuis 1984 en Turquie une guérilla qui a fait 40 000 morts.
Ankara a toutefois engagé il y a deux ans des pourparlers avec le chef du PKK pour mettre un terme à ce conflit, mais ils sont aujourd’hui menacés par le refus turc d’intervenir pour Kobané, qui a provoqué la colère des Kurdes de Turquie.
La Turquie de M. Erdogan entretient par contre de bonnes relations avec la région autonome kurde d’Irak, dont les «peshmergas» sont à la pointe du combat contre l’EI dans la partie nord du territoire irakien.
Selon l’agence kurde Rudaw, le président du Kurdistan irakien Massoud Barzani a lui-même demandé aux autorités turques de faciliter le passage de ses «peshmergas».
La semaine dernière, le président français François Hollande avait estimé que la Turquie devait «absolument ouvrir» sa frontière avec la Syrie pour permettre de renforcer les combattants kurdes qui la défendent.
Membre de l’OTAN, la Turquie a jusque-là également refusé d’autoriser l’armée de l’air américaine à utiliser sa base aérienne d’Incirlik, située dans le sud de la Turquie à 300 km à peine de Kobané, pour mener des frappes contre les positions djihadistes.
Des négociations à ce sujet sont toujours en cours.
Des armes américaines

Pour la première fois depuis le début de l’offensive de l’EI, trois avions-cargos C-130 américains ont largué à l’aube des armes, des munitions et du matériel médical, sur les positions des Unités de protection du peuple (YPG), qui contrôlent encore environ 50 % de Kobané.
Ces armes vont être «d’une grande aide» pour ces combattants, s’est félicité le porte-parole des YPG, Redur Xelil.
Elles sont «destinées à aider à la poursuite de la résistance», a expliqué l’armée américaine, en précisant que les équipements largués étaient fournis par les autorités kurdes d’Irak.
Ces dernières semaines, les Kurdes avaient multiplié les appels à renforcer les moyens des combattants des YPG, moins nombreux et moins bien armés que ceux de l’EI qui veulent conquérir la troisième ville kurde de Syrie.
À la lumière des derniers développements, «l’équilibre des forces peut basculer à tout moment», a estimé l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).
Ne pas aider les Kurdes serait «irresponsable», selon Kerry
Le secrétaire d’État américain, John Kerry, a estimé lundi qu’il serait «irresponsable» de ne pas aider les Kurdes syriens qui combattent l’organisation État islamique (EI) à Kobané.
«Il serait irresponsable pour nous, et en même temps moralement très difficile de tourner le dos à une communauté combattant l’EIIL (autre appellation de l’EI, NDLR)», a déclaré M. Kerry lors d’une visite à Jakarta, en Indonésie «C’est un moment de crise, une urgence», a souligné M. Kerry lors d’une rencontre avec son homologue philippin, Albert del Rosario, insistant sur le fait qu’il ne s’agissait «pas d’un changement de politique» de la part des États-Unis.
Il a observé que Washington comprenait les défis de la Turquie face aux rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), organisation illégale pour Ankara.
L’impact des frappes
Les avions de la coalition ont accru ces derniers jours les raids sur Kobané, ayant désormais frappé plus de 135 fois les positions de l’EI dans et autour de la ville depuis fin septembre, précise le Centcom.
«Combinées à une résistance continue sur le terrain», ces frappes ont «tué des centaines de combattants [de l’EI] et détruit ou endommagé» de nombreux équipements de l’EI, a souligné le Centcom.
Il a toutefois répété que la situation de Kobané restait «fragile».
Les djihadistes, qui avaient dépêché samedi de nouveaux renforts dans cette ville, ont tenté la nuit dernière d’avancer vers le centre-ville, mais les combattants kurdes ont repoussé l’assaut, faisant au moins 8 morts dans les rangs de l’EI, selon l’OSDH.
Regrettant que les frappes aériennes ne ciblent que les djihadistes, la Coalition nationale syrienne, principale force d’opposition en exil, a réitéré ses demandes d’intervention étrangère contre le régime de Bachar al-Assad, qu’elle accuse de «pratiquer le terrorisme d’Etat contre le peuple syrien».
Abadi en Iran
La coalition lutte également contre l’EI en Irak, où les avions américains ont frappé ce weekend des positions djihadistes près de Baïji (nord), non loin de la principale raffinerie de pétrole du pays, et autour du barrage stratégique de Mossoul (nord).
Les forces gouvernementales irakiennes peinent à reprendre le terrain perdu face aux djihadistes dans le nord et l’ouest du pays.
Le premier ministre irakien Haïdar al-Abadi doit se rendre lundi à Téhéran pour tenter d’«unir les efforts de la région et du monde pour aider l’Irak dans sa guerre contre le groupe terroriste».
L’Iran chiite, très hostile aux extrémistes sunnites de l’EI, ne fait pas partie de la coalition multinationale anti-djihadiste, mais il a admis avoir envoyé des armes et des conseillers militaires en Irak pour aider les forces gouvernementales et les combattants kurdes irakiens dès le début de l’offensive des djihadistes début juin.
Un attentat-suicide a visé lundi un rassemblement de fidèles chiites dans une mosquée à Bagdad, provoquant la mort de onze d’entre eux, selon un premier bilan de la police.
PHILIPPE ALFROY , FULYA OZERKAN , SARA HUSSEIN
Agence France-Presse
ISTANBUL, MURSITPINAR et BEYROUTH
Publié le 20 octobre 2014 à 07h27 | Mis à jour à 16h01










































l’article cite le « Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui mène depuis 1984 en Turquie une guérilla qui a fait 40 000 morts »
Ce nombre de 40000 morts correspond essentiellement, au massacres perpétrés par l’armée turque dans les populations kurdophones d’Anatolie dans les années 90.
finalement ses pauvres kurdes vont recevoir des armes pour sauver leurs vies et la turquie va finalement
coopérer a la lutte contre EI en laissant passer des volontaires kurdes