Entre mémoire familial et sanctions contre Israël

Le discours prononcé par Ed Miliband devant la Chambre des communes a marqué un tournant dans la position britannique à l’égard d’Israël. En évoquant l’histoire de sa famille, ses souvenirs d’enfance à Tel-Aviv et son attachement à l’État juif, le ministre des Affaires étrangères a donné une dimension personnelle à une déclaration pourtant extrêmement sévère sur la politique israélienne. Londres a annoncé l’interdiction des importations provenant des implantations de Cisjordanie, tout en réaffirmant sa coopération sécuritaire avec Israël.

Miliband s’est présenté comme un « fier Juif britannique » et a rappelé que sa grand-mère avait trouvé refuge en Israël après l’assassinat de son mari et de plusieurs dizaines de membres de leur famille par les nazis. Il a également raconté ses visites à Tel-Aviv dans les années 1970 et les séjours passés dans un kibboutz où vivaient certains de ses cousins. Cette histoire familiale, a-t-il expliqué, nourrit son opposition à toute remise en cause de l’existence d’Israël comme foyer national du peuple juif. Il a dénoncé les discours visant, selon lui, à « effacer Israël ».

Mais cette proximité historique n’a pas empêché le ministre de lancer une attaque frontale contre la politique israélienne en Cisjordanie. Le Royaume-Uni veut interdire les produits issus des implantations et sanctionner les entreprises ou les individus participant à leur financement, à leur construction ou à leur développement immobilier. Londres prévoit également de limiter la publicité pour ces implantations et de refuser certaines licences d’exportation susceptibles de contribuer à l’occupation. La mesure vise officiellement les colonies et leur expansion, et non le commerce avec Israël à l’intérieur de la ligne verte. Miliband a d’ailleurs déclaré s’opposer au mouvement de boycott général d’Israël.

Son discours comportait toutefois un volet nettement favorable à la sécurité israélienne. Le ministre a condamné le massacre commis par le Hamas le 7 octobre et reconnu le droit d’Israël à se défendre. Il a présenté l’Iran comme une menace pour Israël et pour les Juifs du monde entier, annoncé de nouvelles sanctions contre Al-Qard Al-Hassan, la branche financière du Hezbollah, et confirmé le retour de sanctions économiques contre Téhéran. Londres entend aussi saisir, avec ses alliés, le Conseil de sécurité de l’ONU au sujet du programme nucléaire iranien.

Miliband a enfin consacré une partie importante de son intervention à la montée de l’antisémitisme au Royaume-Uni. Il a comparé l’insouciance de son enfance à la nécessité actuelle de protéger les écoles juives et a annoncé un financement supplémentaire de 250 millions de livres pour la sécurité des communautés. Il a insisté sur une distinction essentielle : critiquer les décisions d’un gouvernement israélien ne peut jamais justifier de rendre les Juifs britanniques responsables de ces choix. Le discours britannique combine ainsi soutien à Israël, condamnation du Hamas, lutte contre l’antisémitisme et pression diplomatique croissante sur la question des implantations.

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