Israël et le Hamas : le canal secret jamais totalement coupé

Alors que Tsahal combattait le Hamas dans la bande de Gaza, une autre relation, beaucoup plus discrète, se poursuivait loin du champ de bataille. Israël aurait maintenu pendant la guerre un canal direct avec Ghazi Hamad, l’un des hauts responsables du Hamas, afin de transmettre des messages sensibles et de traiter notamment des questions liées aux otages. Une pratique qui peut sembler contradictoire en pleine guerre, mais qui s’inscrit en réalité dans une longue histoire de contacts officieux entre les deux camps.

Selon un responsable israélien de la sécurité ayant récemment travaillé sur ces dossiers, cette voie de communication existait depuis plusieurs années. Après le massacre du 7 octobre 2023, elle n’aurait pas été réactivée immédiatement, mais aurait repris pendant le conflit. Le principe était simple : permettre à Israël et au Hamas d’échanger directement sans dépendre exclusivement du Qatar, de l’Égypte ou d’autres intermédiaires. Les discussions auraient notamment porté sur les otages, certaines questions humanitaires et l’acheminement de nourriture. D’après ce responsable, ce dialogue aurait même contribué aux accords de libération et, dans certaines circonstances, à préserver la vie de captifs israéliens.

Cette logique repose sur une réalité connue des négociateurs : un médiateur n’est jamais totalement neutre et défend également ses propres intérêts. Un canal parallèle permet donc de vérifier qu’un message est correctement compris, de désamorcer rapidement un incident ou de débloquer une négociation. Le recours à Ghazi Hamad ne constitue d’ailleurs pas une nouveauté. Bien avant la guerre déclenchée le 7 octobre, ce responsable du Hamas servait déjà de point de contact pour des échanges indirects ou semi-directs avec des interlocuteurs israéliens.

Son nom apparaît notamment dans les longues négociations ayant précédé la libération de Gilad Shalit. Le soldat israélien, capturé en 2006 à proximité de Gaza, avait finalement été libéré en octobre 2011 en échange de plus d’un millier de prisonniers palestiniens. Gershon Baskin, qui avait participé à un canal secret entre Israël et le Hamas, avait établi des contacts avec Hamad peu après l’enlèvement. Pendant plusieurs années, des messages avaient ainsi circulé parallèlement aux négociations officielles. À un moment décisif, Hamad avait notamment transmis un document provenant d’Ahmed Jabari, alors l’un des principaux dirigeants de la branche armée du Hamas, contribuant à relancer les discussions.

Pendant la guerre actuelle, Ghazi Hamad est de nouveau apparu parmi les responsables impliqués dans les négociations sur les cessez-le-feu et la libération des otages. Le maintien d’une ligne de communication avec lui illustre donc une constante des conflits : même lorsque deux adversaires s’affrontent militairement, ils peuvent conserver des moyens de dialogue clandestins.

L’existence de ces contacts ne signifie évidemment ni reconnaissance politique ni rapprochement entre Israël et le Hamas. Elle révèle plutôt le pragmatisme qui accompagne certaines guerres : lorsqu’il s’agit d’otages, d’aide humanitaire ou de décisions urgentes, maintenir une porte entrouverte peut devenir un instrument stratégique aussi important que les négociations officielles.

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