La nuit où Netanyahu faillit tomber

Octobre 2023. Israël est encore sous le choc du massacre du 7-Octobre. Dans les couloirs de la Knesset, les téléphones vibrent, les réunions se multiplient et les conversations se font à voix basse. Les sondages du Likoud s’effondrent. Pour certains cadres du parti, Benjamin Netanyahu ne survivra pas politiquement à la catastrophe. Derrière les portes closes, une idée commence alors à circuler : le remplacer sans élections. Près de trois ans plus tard, cette tentative présumée de renversement revient hanter le Likoud au moment où s’ouvre la bataille des investitures.

Le mécanisme envisagé était parfaitement légal, mais politiquement redoutable : une motion de défiance constructive. Pour faire tomber Netanyahu, il ne suffisait pas de réunir une majorité contre lui ; il fallait simultanément présenter un nouveau gouvernement capable d’obtenir 61 voix. Deux hommes auraient alors joué un rôle central, chacun suivant sa propre piste : Yuli Edelstein et Nir Barkat. Edelstein aurait proposé une formule provisoire : prendre la tête d’un gouvernement d’union pour une période limitée, puis organiser des primaires du Likoud auxquelles il promettait de ne pas participer. Barkat, de son côté, multipliait alors les critiques contre Netanyahu, notamment sur la sécurité, l’économie et la question du service militaire. Des députés auraient été approchés, des alliances testées, des noms cochés. Mais il manquait l’essentiel : treize élus du Likoud prêts à franchir le Rubicon.

C’est là qu’intervient Haïm Katz. Selon le récit désormais rapporté au sein du parti, Edelstein l’aurait sondé. Katz aurait refusé catégoriquement. Le verrou tenait. Puis Netanyahu aurait découvert ce qui se préparait. Les convocations se seraient enchaînées, ministres et députés étant rappelés à l’ordre avant que la fronde puisse atteindre le point de non-retour. Quelques semaines plus tard, l’élargissement de la coalition enterrera définitivement l’opération. Le « coup » n’a jamais atteint la séance décisive de la Knesset. Il est resté dans l’ombre.

Mais Netanyahu a la réputation d’avoir la mémoire longue. Et c’est ici qu’apparaît Oren Dobronsky. L’entrepreneur de la high-tech vient d’obtenir l’une des places réservées par le Premier ministre sur la liste du Likoud. Officiellement, son recrutement répond à une logique économique et technologique : il doit notamment travailler sur le développement de l’intelligence artificielle. Mais selon les informations circulant au sein du parti, sa promotion aurait aussi un autre objectif : affaiblir Nir Barkat lors de la constitution de la future équipe gouvernementale. Haïm Katz, lui aussi, vient d’obtenir une place protégée sur la liste.

À quelques jours des primaires du 17 août, les couteaux ne sont donc plus vraiment dissimulés. D’autres personnalités, comme Ofir Katz ou Amichai Chikli, pourraient bénéficier de la nouvelle architecture voulue par Netanyahu, tandis que Barkat risque de perdre du terrain dans la hiérarchie interne. Le Likoud rejette cependant formellement l’idée d’une vengeance et affirme que Dobronsky a été choisi uniquement pour son expérience entrepreneuriale. Barkat, lui, a publiquement salué sa nomination.

La tentative de 2023 n’a jamais renversé Netanyahu. Mais à l’approche des élections du 27 octobre, elle pourrait encore faire des victimes politiques. Dans les partis comme dans les romans d’espionnage, les opérations ratées ne disparaissent jamais complètement : elles laissent des dossiers, des rancunes et parfois une facture qui arrive plusieurs années plus tard.

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