Balak: « Que tes tentes sont belles ô Jacob » (vidéo)
Dans cette parasha évoluent deux hommes non juifs dont le vœu le plus cher est d’anéantir Israël –une fois de plus – en effet, le roi de Moav répondant au nom de Balak jure d’effacer Israël de la carte du monde et pour atteindre son but met à la disposition de Bileâm le « prophète »/sorcier/ mage une véritable fortune afin que cet homme fourbisse ses malédictions les plus virulentes pour qu’en fin de compte Israël cesse d’exister.
Balak, à la tête du peuple de Moav dispose, en fait de plusieurs flèches dans son carquois pour affaiblir, et férir le peuple d’Israël c’est-à-dire pour le frapper et qu’il ne se relève plus. La première de ses atteintes sera de faire maudire Israël par celui qui passe pour le Prophète le plus puissant des peuples non-juifs: Bil’âm ou Balâm en français.
Bil’âm est un être perverti, dévoyé et brutal qui se conduit mal, même avec son ânesse qu’il soumet à ses instincts. Cependant, malgré tout l’or et les honneurs fournis par Balak, Bil’âm hésite encore à maudire Israël et, finalement, comme nous le savons tous, D. transforme toutes les paroles du prophète non-juif en bénédictions multiples.
En homme de grande expérience et connaissant la faiblesse de la nature humaine, le sorcier conseille à Balak de « lâcher » les femmes du camp moabite et c’est ainsi que ces femmes, belles et peu farouches, peu sans faut, attirèrent les Israélites se rendant au marché. Revêtues de leurs plus beaux atours, elles s’approchèrent de ces hommes venant acheter des aliments ou des tissus, et offrirent leur meilleur vin dans leurs arrière-boutiques et là, une fois enivrés elles détournaient les hommes vers les idoles des Moabites : à cette époque, il était permis de boire (même du vin) et de manger avec des non juifs. C’est après cette faute que fut promulguée l’interdiction de boire du vin ou de fraterniser avec un repas avec des non-juifs.
Pinhas, va, à ce propos, faire un « kiddoush HaShem » majestueux : surprenant Zimri couché avec Cozbi la Moabite, il va transpercer les parties génitales des deux protagonistes (1) de sa lance de manière à ce qu’aucune réfutation ne fût possible….
Peu de personnes ont eu l’insigne honneur de voir une parasha dédiée à leur nom surtout les personnages de premier plan de l’histoire juive, ainsi, les sidroth dont le nom est celui d’une personne sont les suivantes : Noé, Jéthro, Korah, Balak, PINHAS (2).
Or Noé bien qu’étant désigné comme Ish Tsadik, un homme vertueux, n’était pas Juif. Jéthro (Yithro), était un idolâtre qui se convertit par la suite, Korah bien qu’il ait fomenté toute cette révolte avait des mérites et appartenait à la tribu de Lévy, Balak était Moabite or il est écrit à propos des Moabites que jamais un fils de Moabite ne pourra compter dans la communauté de D.
Alors, pourquoi a-t-il eu l’honneur d’avoir une parasha à son nom ? Les réponses sont les suivantes : Balak bien qu’étant Moabite et idolâtre, sacrifiait à D. 42 bêtes chaque jour, ceci est son mérite personnel puis, c’est par le mérite des vertus d’une Moabite : Ruth, que descendra le Roi David et que d’elle viendra aussi le Messie ! Et Pinhas dont nous parlerons très prochainement…
« Que tes tentes sont belles ô Jacob »
Rashi et d’autres commentateurs tracent un parallèle entre cette sidra et la péricope évoquant la ligature d’Isaac car, en effet, une terminologie pratiquement identique se retrouve dans les deux parashioth ainsi qu’il apparaîtra ci-dessous.
La Torah nous enseigne donc que Bil’âm s’est levé tôt (vayakom) le matin, scella son ânesse et se mit en chemin avec ses deux serviteurs mais, il le fit avec empressement car il savait que Balak accèderait à toutes ses demandes et il désirait contenter Balak pour pouvoir satisfaire sa propre soif de grandeur et de puissance alors qu’Abraham tel que cela est décrit dans la parasha de la ligature d’Isaac (Genèse chapitre 22, versets 1 à 19 parashath vayéra) en se levant tôt (vayashkem) le matin mettait tout son empressement à accomplir la volonté divine et pas la sienne propre.
Rashi met en exergue ces différences terminologiques : vayashkem et vayakom mais aussi la différence entre le hamor d’Abraham et l’ânesse (aton) de Bil’âm car, le Maharal nous enseigne que l’âne d’Abraham (hamor) nous met en lien avec la matérialité du monde, et, lorsqu’Abraham « chevauche » son âne, cela signifie qu’il domine cette matérialité alors que lorsque Bil’âm « chevauche » son ânesse ce sont bien d’autres significations qui nous sont suggérées par le fait que le féminin opposé au masculin nous rappelle que l’ânesse a été assujettie par l’impureté.
Mais, le mérite de Balak était qu’il savait, à la perfection, manier tous les secrets se terrant dans les noms de l’Eternel et c’est pourquoi sa force résidait dans le fait qu’il maniait parfaitement bien le nom d’HaShem en 42 lettres et sacrifiait donc 42 pièces de bétail.
Le roi de Moav (3), Balak, était le fils de Tsipor, lequel avait assisté à la défaite de Sihon, roi des Amoréens, et de Og Roi du Bashan, il en conçut un tel effroi qu’il décida de combattre par lui-même le peuple juif et jura de mettre Israël hors de combat. Pour atteindre son but, il préconise à son fils de s’assurer les bons services de Bil’âm.
Cependant, malgré tout l’or et les honneurs fournis par Balak, Bil’âm hésite encore à maudire Israël et, finalement, comme nous le savons tous, D. transforme toutes les paroles du prophète non-juif en bénédictions multiples. Et, il n’empêche que Bil’âm profère 4 prophéties sur l’avenir du peuple juif confronté à ses ennemis.
Bil’am, lui-même, s’exprime en confiant que l’Eternel est son D. mais, il était un être aux actes si abjects qu’il devint repoussant par lui-même.
Les trois grandes fautes qui éveillent la colère d’HaShem sont l’idolâtrie, les effusions de sang et les incestes. Rappelons que c’est par inceste que les filles de Loth ont donné naissance à ces deux peuples que D. exècre : Ammon et Moav. Le peuple d’Israël par son adhésion à la doctrine de la Torah a accepté de s’opposer à ces trois fautes qui enflamment la colère divine en leur opposant l’observance des mitsvoth de la Torah, par le culte et la bienfaisance4, mais aussi en calquant son comportement sur celui des patriarches et en fuyant les honneurs, en ne cédant pas aux bas instincts ni à la jalousie mais au contraire en étant humbles, miséricordieux et en faisant le bien autour d’eux.
Dans la Guemara de Baba Bathra, les Sages émettent à propos de cette péricope, une opinion reprise aussitôt par Rashi : il est écrit : « Moïse a écrit son livre et la Parasha de Balak ». Qu’est-ce à dire ? De tous les récits rapportés dans la Torah, le seul dans lequel il n’existe pas de témoin est celui de Balak car, lorsque le prince de Moav s’entretient avec Bil’âm, aucun témoin d’Israël ne s’y trouve en dehors d’HaShem qui rapporte toute l’histoire en la dictant à Moshé rabbénou !
Pour ce qui concerne le prodige prévu dès le premier vendredi de l’Humanité de donner à l’ânesse de Bil’âm la possibilité de s’exprimer et de formuler des remontrances à l’encontre de son maître, les Sages font remarquer qu’à ce propos il n’existe pas de témoin non plus car les seuls « personnes » présentes étaient l’Ange et Bil’âm….
Bil’âm constatant que l’ânesse dévie de sa route, frappe l’animal sauvagement à trois reprises, à tel point que celui-ci récrimine en lui reprochant de ne pas essayer de comprendre la raison qui se cache devant cette étrange conduite et le reproche est clair : comment oses-tu vouloir maudire un peuple qui observe les 3 fêtes de pèlerinage5 ? Les Sages voient dans ces trois fuites du sentier normal des allusions claires en relation avec les trois patriarches et avec les 3 fêtes de pèlerinage : Abraham Isaac et Jacob. En effet, en descendant du sentier pour se diriger vers les champs, c’est une allusion à Souccoth, en se dirigeant vers les vignes, l’allusion est à Pessah et lorsque l’ânesse n’a plus vers où se tourner c’est une allusion à Shavouoth où le peuple n’a eu d’autre choix que d’accepter la Torah.
L’ânesse reproche, d’après le Midrash, à son maître, malgré les apparences, de tenir absolument à maudire Israël de manière à ravir à ce peuple le mérite de ses patriarches, car Abraham lutta contre l’idolâtrie, Isaac contre les effusions de sang et Jacob contre les unions illicites. Les parallèles sont poussés encore plus loin : en effet, Abraham demande à Sara de pétrir des « galettes » correspond aux matsoth de Pessah, le bélier sacrifié en lieu et place d’Isaac est le shofar qui retentit sur le Mont Sinaï lors de la promulgation de la Torah et Souccoth car Jacob habitait dans des tentes et il est décrit comme איש אהלים.
Les 3 fêtes de pèlerinage correspondent aux trois patriarches par conséquent d’après plusieurs commentateurs.
Le pouvoir que Bil’âm possédait est qu’il savait tirer parti des évènements et de chaque instant. Il savait par exemple à quel moment il était impossible de maudire car à cet instant, l’esprit divin était empli de miséricorde et d’amour pour Son peuple.
Rashi, pour sa part, ajoute une appréciation qui ne manque pas d’intérêt à propos des fêtes de Pessah et de Souccoth qui durent 7 jours : « celui qui travaille à Hol HaMoëd6 de Pessah et de Souccoth est considéré comme un idolâtre » pour étayer cette opinion, le Ben Ish Hay7, stipule que lors de la faute du veau d’or, une phrase a été prononcée : « voici ton dieu, Israël » et trace un parallèle avec une autre phrase prononcée à propos des fêtes de pèlerinage : « voici tes fêtes Israël ». Le Ben Ish Hay ajoute que la faute du veau d’or a duré 6 heures en tout et pour tout et, selon lui, pour se purifier de la faute du veau d’or, il faut utiliser le principe du 1/60ème, il faut donc multiplier ces 6 h par 60 ce qui fait 360 h. C’est-à-dire donc qu’après 360 heures de « devékout » ou de communion pleine et entière avec HaShem, le peuple se purifie de ses fautes. Or, reprend le grand penseur de Bagdad, 360 heures cela fait exactement 15 jours soit les 7 jours de Pessah en entier et les 8 jours de Souccoth avec Simhat Torah y compris les jours de Hol HaMoëd !
Chez les Bné Israël, ce qui emplissait Balak de terreur, est le moment où l’on lisait dans le « campement » le SHEMA ISRAEL. Balak, roi de Moav, descendant de Terah comme les enfants d’Abraham en lisant ces paragraphes de la profession de foi du Juif pratiquaient en même temps l’un des commandements les plus simples que le Juif doit mettre en pratique : étudier la Torah. En récitant ces trois paragraphes tirés de la Torah, le Juif lit deux fois par jour (et trois fois avec la lecture d’avant le coucher), 245 mots du texte sacré et en ajoutant à la fin les trois mots HaShem Elokéykhem Emeth (l’Eternel est votre D. Emeth – c’est la vérité-) on arrive à 248 mots. Les Hazal ont partagé les 613 commandements en 248 membres et 365 tendons/nerfs etc… La lecture du Shémâ nous fait prendre conscience du fait que nous nous armons trois fois par jour contre les mauvais instincts et, c’est ainsi que Pinhas dont nous exposerons les mérites en partie dans la parasha portant son nom, prit en main sa lance (en hébreu : romah dont la valeur numérique est 248) pour, d’un tour de main spécifique, dénoncer aux yeux de tous la faute qui causa le fléau mortel qui avait commencé à s’étendre dans tout le campement auprès des hommes qui avaient succombé à la faute. Cette lance (romah) est donc un symbole fort : celui de la protection.
Pinhas était un Cohen fils du Cohen Gadol Eleazar et petit-fils du Premier Grand Prêtre Aharon. En brandissant d’un geste sûr cette lance sur le bas-ventre de ce couple formé par Zimri et Cozby, Pinhas montra par où ce couple avait fauté, par un miracle et par sa force inouïe, ce héros biblique réussit à brandir ces deux personnes vivantes sans que ne soit versée une seule goutte de sang ce qui aurait rendu impur un cohen…………..
C’est par cet acte que le fléau mortel cessa de sévir et que ceux qui n’avaient pas suivi les fauteurs de trouble ont eu la vie sauve.
Entre Nahshon ben Aminadav qui, par bravoure, se jeta dans les flots de la Mer des Joncs pour donner confiance au peuple et Pinhas ben Eléazar qui dénonça la faute commise entre Juifs et Moabites, nous apprenons que seule la Foi en l’Eternel peut nous apporter la Sauvegarde.
Caroline Elishéva REBOUH ד »ר קרולין אלישבע רבוה בן אבו Etudes Juives
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