Un film documentaire à voir ABSOLUMENT
Génie absolu et érudit hors normes, il enseignait les mathématiques, la philosophie et maîtrisait une trentaine de langues. Pourtant, il dormait sur des bancs publics, traversait les continents seul, sans famille, sans passé déclaré, sans identité officielle. On ne le connaissait que sous un nom : « Monsieur Chouchani ». Vagabond à l’apparence de clochard, prophète pour les uns ou imposteur pour les autres, il fascinait et déroutait tous ceux qui l’approchaient. Parmi ses milliers d’élèves : le prix Nobel Elie Wiesel et le philosophe Emmanuel Levinas. Qui était réellement cet homme qui semblait tout savoir et ne rien révéler ? Comment un homme sans nom est-il devenu le maître spirituel de certains des plus grands penseurs du XXᵉ siècle ? Monsieur Chouchani demeure l’une des grandes énigmes du XXᵉ siècle et l’un des dix hommes les plus mystérieux n’ayant jamais existé. À la fois quête et enquête, ce film part sur les traces de cet homme.
Vous pouvez vcoir ce film sur https://www.justwatch.com/fr/film/lenigme-chouchani
MONSIEUR CHOUCHANI
Monsieur Chouchani (en hébreu : מר שושני Mar Chouchani) est un rabbin, philosophe, talmudiste et maître à penser juif, né à la fin du XIXe siècle (peut-être le ) possiblement à Brest-Litovsk (Empire russe) et mort à Montevideo le (le 26 Tevet 5728 dans le calendrier hébraïque). Il enseigne dès avant la Seconde Guerre mondiale. Après la guerre, de nombreux rabbins, philosophes et écrivains, comme Léon Askénazi, Emmanuel Levinas, Raymond Cicurel, Shalom Rosenberg ou Elie Wiesel, se réclament de son enseignement. Il est considéré comme une figure majeure de la vie intellectuelle juive du XXe siècle.
Comme il aime à cultiver le secret, la date et le lieu de sa naissance ainsi que les circonstances de sa vie jusqu’aux années 1930 demeurent une énigme. De fait, « Chouchani » semble n’être qu’un pseudonyme qu’il se serait choisi, et ses disciples et les enquêteurs ne peuvent qu’émettre des conjectures sur sa véritable identité. Ainsi, les noms de Mordechai Rosenbaum, Hillel Perlman ou Bensoussan ont été proposés, mais les recherches récentes tendent à privilégier la piste Hillel Perlman. Sa mémoire prodigieuse est en revanche attestée, ainsi que l’étendue de ses connaissances, qu’elles concernent le Talmud, la philosophie ou les sciences comme les mathématiques et la physique nucléaire.
La fascination qu’il exerce par ses capacités intellectuelles et le mystère qu’il entretient autour de sa personne contribuent à faire de Monsieur Chouchani une légende de son vivant et plus encore après sa mort.
Une identité mystérieuse
Le véritable nom de M. Chouchani est sujet à spéculations, même pour ses disciples qui font différentes hypothèses. Selon le professeur Shalom Rosenberg de l’université hébraïque de Jérusalem, il s’appellerait Hillel Perlman. Rosenberg affirme que Chouchani lui a raconté avoir effectué un voyage au départ de Jérusalem vers les États-Unis au début des années 1920. Or, il établit un parallèle entre cette information et un courrier datant de 1915 environ, dans lequel le rabbin de Jérusalem Abraham Isaac Kook demande au rabbin Meir Bar-Ilan, à Cincinnati, d’accueillir un de ses étudiants nommé Perlman. Par ailleurs, dans un article paru en janvier 2018 pour le cinquantième anniversaire de la disparition (en yiddish : yortsayt) de M. Chouchani, Yael Levine présente une photographie de Hillel Perlman prise vers 1912 pendant ses études dans la yechiva du rabbin Kook à Jaffa : la comparaison avec les photographies connues de Chouchani suggère, pour certains, que Perlman est bien Chouchani.
De son côté, Elie Wiesel mentionne dans ses écrits que son véritable nom est Mordehaï Rosenbaum. Ce dernier nom expliquerait le surnom Chouchani qu’il se serait en fait lui-même choisi : en hébreu Shushan (שושני) et Rose en yiddish signifient tous deux « rose ». Néanmoins, sur la base de ses recherches en 2015, Yael Levine affirme qu’Elie Wiesel savait que son maître était bien Hillel Perlman : il l’aurait appris du neveu de Chouchani, le rabbin Mintz, lors d’une rencontre avec lui quelques mois après la mort de Chouchani. Le silence de ce neveu, qui ne fait ni publication ni communication officielle sur ce qu’il sait, pose question. Elie Wiesel en fait de même mais explique qu’il tait la véritable identité de son mentor par fidélité à sa mémoire.
Il serait né à la fin du XIXe siècle : vers 1890 pour les uns ou plus précisément le 9 janvier 1895 pour d’autres. Son lieu de naissance varie également selon ses disciples et les chercheurs : Tanger au Maroc, Safed dans l’Empire ottoman (aujourd’hui en Israël), Brest-Litovsk dans l’Empire russe (aujourd’hui en Biélorussie), Pologne ou Lituanie.
Son visage est connu par six photographies d’identité prises à quatre âges différents. Chouchani est souvent décrit comme d’apparence sale et miséreuse.
Enfin, il ne laisse aucun écrit qui aurait pu témoigner de son identité ou de ses voyages. Néanmoins, Elie Wiesel atteste posséder des manuscrits de Chouchani mais qui demeurent, selon lui, « indéchiffrables », et d’autres manuscrits sont en possession de Shalom Rosenberg.
Les secrets d’une identité
Les éléments d’identité de M. Chouchani demeurent inconnus et il apparaît même, selon les témoignages, qu’il fait preuve d’une attention jalouse à ne pas les révéler : ainsi refuse-t-il de participer à tel rite qui l’aurait obligé à dévoiler son nom. En outre, aux dires de personnes déclarant appartenir à sa famille — mais sujets à caution selon Salomon Malka qui les a recueillis —, Chouchani leur aurait expressément demandé de ne plus le contacter ni le rechercher.
À sa mort, une fois encore, le mystère de son identité persiste puisqu’il est enregistré sous trois noms différents dans le registre de décès : Mardoqueo Bensoussan, Chouchani et Ohnona, le nom de jeune fille de la mère de Bensoussan. De plus, un quatrième nom est noté dans la marge, en hébreu cette fois : Mordehaï Ben Sasson.
Une mémoire exceptionnelle
Élément qui contribue à faire naître et à entretenir l’aura de légende qui entoure Monsieur Chouchani, sa mémoire exceptionnelle frappe d’emblée toute personne qui le rencontre : elle est décrite comme photographique et absolue. Elle lui permet ainsi de retenir le contenu de tout livre qu’il lit, comme le Talmud : Elie Wiesel raconte ainsi que Chouchani est capable de réciter la suite de toute partie du texte quand on en lui donne les premiers mots. De la même manière, il est supposé avoir appris le vocabulaire du français en s’enfermant quinze jours dans une chambre d’hôtel pour mémoriser un dictionnaire. C’est un
Pourtant, cette capacité exceptionnelle d’hypermnésie ne constitue pas ce qui retient ses disciples auprès de lui. Sa mémoire se double en effet d’une intelligence lui permettant de faire des liens entre tous les éléments de son savoir.
Un infatigable voyageur
On retrouve des témoignages du passage de Chouchani dans pratiquement toutes les régions du monde : en Asie (Inde), en Europe (Europe orientale (dans son enfance), Allemagne (années 1920), France (années 1930, puis dans l’après-guerre), Suisse (durant la guerre), en Afrique du Nord et au Proche-Orient (Tunisie, Maroc, Algérie, Palestine ottomane puis mandataire (années 1910-1920), en Amérique (États-Unis (années 1920), Uruguay (1955-1963), etc. Et en France même, on le signale à Strasbourg, Paris, Taverny et Annemasse. Pour ce faire, il utilise des faux papiers d’identité. Ainsi on lui connaît au moins un faux extrait de naissance établi à Casablanca en 1952 avec l’aide d’Émile Sebban (1922-2013), alors directeur de l’École normale hébraïque de Casablanca. Par ailleurs, il est établi qu’il est hyperpolyglotte : il parle couramment et sans accent plus d’une dizaine de langues dont le français, l’allemand, l’hébreu, différents yiddish, l’anglais, l’arabe, l’espagnol et comprend le ladino, le russe, le hongrois, etc.
La raison de ce perpétuel besoin de mouvement demeure inexpliquée : « D’où venait-il ? […] Que cherchait-il à atteindre ? », demande Elie Wiesel avant d’avouer son ignorance. Parmi les diverses hypothèses, on peut trouver : une enfance tellement vagabonde qu’il n’aurait jamais connu d’autre mode de vie; la fuite du souvenir d’une enfance malheureuse[2] ou d’un drame familial; le besoin inextinguible de se faire de nouveaux disciples.
Documentaire
Le réalisateur Michael Grynszpan a réalisé un film documentaire intitulé L’Énigme Chouchani (The Shoshani Riddle en anglais) – le vagabond qui savait tout. Il a travaillé sur cette enquête pendant plus de dix ans (de 2012 à 2023) en partant sur les traces de Monsieur Chouchani à travers le monde, notamment en France, Israël, Maroc, Etats-Unis, Italie, Suisse et Uruguay. À chacune de ces étapes, il a fait des découvertes inédites. On voit le réalisateur dans le film fouiller les archives de plusieurs pays,trouver des photos et documents jamais encore publiés sur Monsieur Chouchani et recueillir des dizaines de témoignages précieux éclairant sa personnalité, dont un entretien exclusif avec Elie Wiesel dans son bureau à New York en 2015. Cet entretien est sans doute le dernier d’Elie Wiesel avant sa mort en 2016.
Durant ses recherches en Uruguay, Michael Grynszpan a participé et filmé la hazkara(cérémonie de commémoration de la mort) des cinquante ans du décès M. Chouchanidans le cimetière où il est enterré. Il a rencontré sur place un vieil élève de M. Chouchani qui lui donne une piste pour découvrir la vérité sur son maître.
En Israël, Michael Grynszpan a rencontré celui qui fut l’homme de confiance de Monsieur Chouchani pendant de nombreuses années : Moché Schweber. Ce dernier lui ouvre l’accès à un coffre secret à Jérusalem où était caché l’héritage spirituel de son maître Monsieur Chouchani, depuis son décès en 1968. Cette découverte est le tournant du film car Moché Schweber était le contact en Israël de l’association « Les amis du Professeur Chouchani », association française loi de 1901, qui comptait parmi ses fondateurs Emmanuel Levinas et son ami le Docteur Nerson, association qui conservait secrètement les cahiers de M. Chouchani.
Le réalisateur montre dans le film les statuts de cette association qui se donne pour but « d’assurer la défense et la diffusion de la pensée et de l’œuvre de M. Chouchani, notamment :
*de rechercher et de conserver tous manuscrits de M. Chouchani, ainsi que sa bibliothèque personnelle
*de publier l’ensemble de ses écrits
*d’assurer la continuité et l’intelligence de sa pensée et de son œuvre par tous les moyens. »
Le réalisateur s’est ainsi vu confier l’étude des cahiers de Monsieur Chouchani qui étaient entreposés pendant des dizaines d’années dans ce coffre, tous ceux qui avaient tenté de les déchiffrer ayant semble-t-il abandonné.
Cette rencontre avec Moshé Schweber et la découverte de ces écrits secrets forment donc le tournant du film et de notre compréhension de Monsieur Chouchani. Il s’agit d’une « révolution copernicienne » dans l’approche du personnage car l’étude approfondie de ces documents permet de comprendre ce que pensait réellement le génial Chouchanisans intermédiaire, quelle était sa vision du monde et non plus seulement ce que pensaient les autres de lui ou ce que les témoins prétendaient se souvenir qu’il disait. Le rapport direct avec les enseignements de Monsieur Chouchani, ses états d’âme, ses voyages, sa quête et ses fulgurances passent par l’étude sérieuse de ces milliers de pages.
On voit dans le film Grynszpan travailler assidûment sur ces écrits secrets de M. Chouchani et commencer à les déchiffrer à l’aide de l’informatique, des années avant leur remise à la bibliothèque nationale. Il montre ainsi des passages de ses trouvailles dans les cahiers à Elie Wiesel et au professeur Shalom Rosenberg qui s’extasie devant le texte d’une page déchifrée par Grynszpan où Chouchani explique quel serait le plus beau passage de toute la Bible selon lui.
Au-delà du personnage extraordinaire qu’était M. Chouchani, ce film traite aussi du sujet de la connaissance humaine et de ses limites, de l’étude et de l’interprétation. Cette enquête menée comme un polar est divisée en quatre parties : Pshat, Drash, Remez et Sod. Ces quatre niveaux d’interprétation de la Bible dans la tradition juive sont résumés par l’acronyme PaRDeS (פַּרְדֵּס), qui signifie « verger » ou « jardin ». Chaque lettre représente une méthode d’exégèse différente, allant du sens littéral au sens mystique. Le message de Monsieur Chouchani était de ne pas se satisfaire d’un premier niveau superficiel de compréhension du monde mais de toujours approfondir et de perpétuellement se remettre en question.
Ce film a remporté un énorme succès lors de sa sortie en Israël et a obtenu le prix du meilleur documentaire de 2024 par l’Union des Critiques de Cinéma d’Israël.
Il a aussi remporté le Lys d’Or du meilleur documentaire ainsi que le Prix du public au Festival du cinéma israélien de Montréal. Selon le Jérusalem Post le film est devenu un film culte.
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