Jérusalem 67 : la guerre vue à hauteur d’homme
Le film Jérusalem ’67, présenté en avant-première mondiale au Festival du film juif de Miami, revisite la guerre des Six Jours à travers un prisme rarement exploré : celui des civils pris dans le tumulte. Réalisé par Oded Raz, connu pour ses séries False Flag et Maktub, ce drame en anglais s’éloigne des récits militaires traditionnels pour offrir une fresque profondément humaine.
« Ce n’est pas un film sur les batailles, mais sur les gens », explique Raz. « J’ai voulu raconter la guerre à travers ceux qui l’ont vécue, non pas comme des soldats, mais comme des habitants d’une ville assiégée. »
Une guerre racontée depuis les rues de Jérusalem
L’action se déroule en juin 1967, alors que Jérusalem se trouve au cœur du conflit entre Israël et les pays arabes voisins. Le film suit Sarah, interprétée par Yael Grobglas (Jane the Virgin), une mère de famille et guide touristique qui se retrouve happée par la guerre en tentant de récupérer ses enfants à l’école. Formée comme secouriste, elle devient conductrice d’ambulance et soigne les blessés dans toute la ville.
Ce personnage s’inspire d’Esther Arditi, infirmière héroïque décorée, connue pour avoir risqué sa vie pour sauver des soldats sous le feu.
« Sarah fait un choix moral difficile : rester sur le terrain plutôt que rejoindre ses enfants dans un abri. Ce dilemme maternel résume toute la tension du film », souligne le réalisateur.
À ses côtés, Itzik Cohen (Fauda) incarne Rafi, un médecin compatissant, et Daniel Gad joue Moshe, son mari partagé entre son devoir familial et son engagement dans la Brigade de Jérusalem — un corps hétéroclite composé de citoyens de tous horizons : artisans, professeurs, avocats, immigrants récents. Cette diversité, selon Raz, « est le reflet de l’âme même de Jérusalem, une ville où cohabitent différences et destin partagé ».
Un réalisme émotionnel et historique
Raz, qui a grandi à Jérusalem, s’est appuyé sur des témoignages réels et ses propres souvenirs militaires pour restituer le chaos des premiers jours de la guerre. Le film montre une ville coupée en deux, où la peur et la solidarité coexistent à chaque instant.
L’une des scènes les plus marquantes montre un enfant frôlant la mort après avoir poursuivi un ballon près de la ligne de front : un simple geste d’enfance devient symbole de la fragilité du quotidien.
Le réalisateur a voulu tourner sur des lieux authentiques : la colline des Munitions, la rue Jaffa, le musée Rockefeller, le Mont Sion et surtout le Mur occidental, filmé dans la zone étroite du “Petit Kotel”, avant son agrandissement d’après-guerre. « C’était essentiel de ressentir la pierre, la poussière, la lumière réelle de Jérusalem », confie Raz. « Les acteurs jouaient sur un sol chargé d’histoire, et cela a donné une émotion qu’aucun fond vert ne peut reproduire. »
Une humanité partagée
Si la guerre reste en toile de fond, le cœur du film est la compassion. Dans une scène clé, Sarah risque sa vie pour sauver un enfant arabe blessé dans la Vieille Ville. « Elle ne voit plus d’ennemi, seulement la souffrance », explique Raz. « En aidant les autres, elle se reconstruit elle-même. »
Par son approche, Jérusalem ’67 dépasse le cadre d’un film historique. C’est une réflexion sur le courage ordinaire, la fragilité humaine et la capacité à choisir la vie au milieu de la destruction.
Le film sera projeté aux côtés d’autres œuvres majeures, dont Bibas : Assassinés pour être juifs du réalisateur oscarisé Juan José Campanella, et Lettre à David de Nancy Spielberg et Tom Shoval, consacrée à un otage libéré après la guerre d’Israël de 2023.
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