Israël : se marier officiellement par Zoom devient réalité
En Israël, on a inventé le start-up nation, le high-tech, le houmous revisité… et maintenant le mariage halakhique par Zoom avec un clin d’œil à l’Utah. Il fallait y penser : pour dire « ani le-dodi », plus besoin de billet pour Chypre, mais d’une bonne connexion internet, d’un rabbin sous la houppa… et d’une officiant civile assise tranquillement dans le désert américain.
Depuis quelques années, le paysage matrimonial israélien ressemble à un casse-tête géant. Pour un mariage juif reconnu, la voie royale reste le Grand Rabbinat, gardien du monopole religieux : pas de mariage civil local, peu de souplesse pour les couples mixtes ou « compliqués », et des procédures parfois plus longues qu’un discours de rabbin à Yom Kippour. Beaucoup de couples préféraient donc s’envoler se marier à l’étranger, souvent à Chypre.
La pandémie de Covid-19 a soudain fermé les frontières… mais ouvert une fenêtre Zoom. L’État de l’Utah a autorisé des mariages civils à distance : l’officiant est dans un bureau à Salt Lake City, le couple dans son salon à Tel-Aviv ou Haïfa, et hop, un certificat de mariage américain parfaitement légal. Après une bataille juridique, les tribunaux israéliens ont obligé le ministère de l’Intérieur à enregistrer ces « Utah weddings », y compris ceux célébrés entièrement par visioconférence. De là à dire que le Wi-Fi est devenu un nouvel accessoire de mariage, il n’y a qu’un pas.
C’est là qu’entre en scène Hupot, organisation orthodoxe fondée par le rabbin Aaron Leibowitz, très connue pour avoir déjà secoué le marché de la cacherout avant de s’attaquer au monopole du mariage. Hupot propose des cérémonies 100 % halakhiques mais plus inclusives : la mariée peut participer activement sous la houppa, une femme peut réciter une bénédiction, et on peut choisir un rabbin ou une rabbine orthodoxe qui parle au couple plutôt qu’au registre. On reste dans l’orthodoxie, mais sans la bureaucratie XXL du Grand Rabbinat.
La nouvelle « innovation » de Hupot, c’est le mariage double : d’un côté, la houppa en Israël, avec tous les codes traditionnels ; de l’autre, au même moment, une cérémonie civile via Zoom avec une officiant agréée dans l’Utah. Cette dernière, Ariel Ross, Israélienne installée là-bas et développeuse logiciel de profession, s’est fait licencier pour célébrer ces mariages en ligne. Résultat : en un quart d’heure, le couple décroche une ketouba, une bénédiction, et un certificat de mariage américain valable auprès du ministère de l’Intérieur israélien – le tout pour environ 1 700 shekels, facture officielle incluse, sans enveloppe « pour le chauffeur ».
Qui choisit ce parcours un peu fou entre Jérusalem et Salt Lake City ? Un public très varié : des couples laïcs allergiques au Rabbinat, des religieux sionistes qui veulent une houppa stricte mais plus ouverte, des Israéliens dont la judéité n’est pas reconnue par l’administration, ou simplement des jeunes qui aiment autant la tradition que la liberté de choix. La voie de l’Utah, elle, a déjà servi à des milliers de couples, y compris des couples mixtes ou de même sexe, qui trouvent dans ce système une manière de contourner les blocages locaux sans renoncer à leurs droits civils.
Hupot ajoute une autre couche, moins glamour mais cruciale : l’accord prénuptial halakhique obligatoire. Avant de briser le verre, les futurs époux signent un document prévoyant des sanctions financières en cas de refus de guet. Une sorte d’assurance anti-série télévisée où l’un des conjoints reste « enchaîné » pendant des années. L’idée est simple : protéger les deux parties et limiter les drames, tout en restant dans le cadre de la halakha.
Au final, ces mariages « Zoom casher » ne détrônent pas le Grand Rabbinat, mais ils entament clairement son monopole. Ils offrent une nouvelle option à ceux qui veulent rester dans la tradition juive tout en tenant à leur autonomie personnelle. Certains y voient une menace, d’autres une saine concurrence. En attendant que le législateur, les juges et les rabbins se mettent d’accord, les couples, eux, se marient. Entre la houppa et la webcam, ils tracent leur propre chemin – à condition, bien sûr, que la connexion ne plante pas au moment du « mazal tov ».
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Ça, spirituellement Lo tov…là on dérive à mon humble avis.