Israël compte ses femmes sacrifiées

Une femme tuée tous les neuf jours : derrière cette statistique glaçante, 34 vies brisées en 2025 simplement parce qu’elles étaient des femmes. Ce chiffre fait de 2025 une année record en Israël, un tournant où la violence de genre cesse d’être une succession de « drames familiaux » pour devenir une crise nationale.

Parmi ces 34 victimes, 27 ont été tuées dans un contexte de violences conjugales. Dans 17 cas, l’arme du crime était un fusil ou un pistolet. Ce sont des disputes qui dégénèrent, des menaces anciennes qui se concrétisent, des femmes qui avaient parfois déjà alerté les autorités. Les chiffres officiels rejoignent ceux d’observatoires indépendants qui recensent, sur la même période, plus de trente féminicides et, au total, une quarantaine de femmes assassinées en Israël. Les détails varient selon les sources, mais toutes convergent sur une réalité : jamais les femmes n’ont été aussi exposées.

Les services d’aide juridictionnelle du ministère de la Justice voient affluer les demandes. Entre janvier et octobre 2025, 4 139 dossiers de violences conjugales ont été ouverts, contre 2 837 sur la même période en 2024, soit une hausse de 44 %. Derrière ces chiffres, il y a des demandes d’ordonnances de protection, des mesures d’éloignement, des appels d’urgence déposés par des femmes convaincues que la prochaine scène de violence pourrait être la dernière.

Et pourtant, ces procédures ne représentent que la partie visible d’un phénomène bien plus vaste. De nombreuses victimes ne portent jamais plainte, par peur de représailles, par dépendance économique ou par pression sociale. Les rapports des centres de crise pour victimes de violences sexuelles font état de dizaines de milliers de sollicitations par an, signe que les violences faites aux femmes – qu’elles soient physiques, sexuelles ou psychologiques – s’inscrivent dans un continuum qui dépasse largement les seuls homicides.

Les experts interrogent les causes de cette explosion. Beaucoup lient la hausse des féminicides et des violences conjugales au climat général d’insécurité que traverse le pays depuis la guerre déclenchée en octobre 2023. Stress post-traumatique, incertitude économique, tensions communautaires : autant de facteurs qui rendent les foyers plus vulnérables aux dérapages violents. Des études menées sur les années 2023–2024 montrent déjà que les signalements de violences domestiques ont presque doublé après le début de la guerre.

S’y ajoute une donnée particulièrement inquiétante : la prolifération des armes à feu. Depuis octobre 2023, plus de deux cent mille licences de port d’arme ont été délivrées à des civils, transformant de nombreux foyers en lieux où une dispute peut, en quelques secondes, devenir irréversible. Les rapports récents soulignent qu’en 2025, l’arme la plus utilisée pour tuer des femmes en Israël est désormais le pistolet ou le fusil, parfois légalement détenu.

Autre facteur pointé du doigt : la radicalisation des discours sur les réseaux sociaux. Les menaces, le harcèlement en ligne, la banalisation des propos misogynes créent un climat où la violence semble plus acceptable. Dans certains milieux, notamment au sein de la société arabe, se mêlent encore règlements de comptes et « crimes d’honneur », ce qui complique la prévention et l’intervention des autorités.

Face à cette situation, le 25 novembre, Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, ne se contente plus d’être une date symbolique. Le ministère des Affaires sociales lance une campagne stratégique de grande ampleur. Particularité notable : le message s’adresse directement aux hommes, souvent auteurs de ces violences, en les encourageant à demander de l’aide avant qu’il ne soit trop tard. Spots télévisés, messages radio, vidéos en ligne renvoient vers un site internet dédié qui recense les services disponibles dans tout le pays : lignes d’écoute, centres de traitement, dispositifs d’hébergement d’urgence.

Cette campagne s’inscrit dans un plan national plus large, associant plusieurs ministères, censé renforcer les refuges, améliorer la formation des forces de l’ordre et accélérer les réponses judiciaires. Les précédents rapports du Contrôleur de l’État ont pourtant épinglé des retards dans la mise en œuvre de ces programmes et une utilisation incomplète des budgets alloués. Désormais, la question est de savoir si l’État parviendra à traduire ses promesses en actes concrets et mesurables.

Car au-delà des clivages politiques, le débat porte sur une exigence minimale de protection. Retirer les armes des foyers à risque, faire respecter les ordonnances d’éloignement, garantir des places en refuge et un accompagnement psychologique digne de ce nom ne relèvent ni de la gauche ni de la droite : c’est le test de la capacité de la société israélienne à protéger celles qui, trop souvent, paient de leur vie son incapacité à agir à temps.

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2 Commentaires
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meller danielle

epouvantable

Yéochoua

Lamentable. Exploiter la détresse des victimes de violences conjugales comme argument contre la liberté de port d’arme, quand on sait que ce sont très souvent des civils armés qui neutralisent les terroristes et que les tueries sont limitées.
Par exemple : le dernier attentat au carrefour routier de Ramot, à Jérusalem. Sans l’intervention de ce jeune orthodoxe, les terroristes étaient partis pour faire au moins 50 morts.