« Dictionnaire sur l’antisémitisme » le tome 2 de Régis Boussières

Vous trouverez ci-dessous un petit extrait de mon deuxième Tome « Dictionnaire sur l’antisémitisme » qui va aborder les liens entre l’antisionisme, le négationnisme et l’antisémitisme.

Exemples de chasse aux sorcières

Un colloque sur l’histoire des Juifs de France au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme a vu cinq chercheurs français se désister car des chercheurs venant d’Israël étaient aussi invités.
« Cette affaire est la face visible d’un ostracisme rampant » juge Paul Saloma, Président du Musée. Le vice président du Sénat, le communiste, Pierre Ouzoulias s’interroge sur « ces preuves d’honorabilité exigées des seules universités israéliennes ». « Des universitaires français demandent-ils à leurs homologues américains de dénoncer la politique de Trump ? » interroge le sénateur.
On tombe dans des amalgames : « Vous êtes Juifs=vous soutenez le gouvernement Netanyahou=vous êtes complice du génocide à Gaza. » Comme le dit Arthur dans Franc-Tireur n°204 : « C’est tellement injuste. Je ne vois pas pourquoi un chanteur ou une chanteuse israélienne serait responsable des actions de son gouvernement. Quand Slimane a représenté la France, il n’était pas responsable de la politique d’Emmanuel Macron ! S’attaquer au milieu artistique est d’autant plus absurde que la majeure partie des chanteurs israéliens, comme d’ailleurs les cinéastes, sont de gauche et vent debout contre Nétanyahou et depuis bien avant le 7-octobre. Boycotter le cinéma israélien, c’est idiot… et contre productif. Après l’Eurovision, il y aura la Fifa avec le football. Mais là aussi, boycotter l’équipe d’Israël de foot, c’est une blague. La plupart des joueurs sont des arabes israéliens, et musulmans ! (ce qui démontre qu’il n’y a pas d’apartheid en Israël-NDLA). »

Le 21 octobre 2025, l’organisation de gauche Le Printemps Républicain publie un communiqué afin de condamner la violence des « antisionistes » concernant Iannis Roder : « Iannis Roder qui enseigne l’histoire-géographie dans un collège REP de Seine-Saint-Denis est membre de la fondation Jean-Jaurès et responsable des formations au Mémorial de la Shoah. Il a été invité à Science-Po Lyon pour donner une conférence intitulé « juger sous Vichy » dans le cadre d’une formation organisée par l’École nationale de la magistrature. En réaction, des associations d’étudiants antisionistes ont exigé son annulation en raison de : « l’absence de dénonciation claire de Iannis Roder de la politique israélienne à Gaza, du génocide en cours du peuple palestinien et du fait de ses prises de position, insoutenables ». Et pour compléter le propos : « Roder génocidaire-Science Po complice » ou « Sciences Pistes antisionistes ». Ensuite, si 40 étudiants se sont bien inscrits, seulement 4 se sont présentés. Et au final, Iannis Roder a dû être exfiltré par les services de sécurité de l’école ». Si un chercheur veut faire une conférence dans une université, il doit obéir aux antisionistes et dire sur la place publique qu’il dénonce « le génocide à Gaza » sinon c’est les menaces, la censure, la violence… C’est donc la fin de la liberté de conscience et d’expression, seuls ceux qui pensent « comme il faut » ont le droit de s’exprimer. Notons qu’il existe d’autres guerres en ce moment (au Soudan, en Ukraine par exemple) mais là personne n’oblige les chercheurs à condamner tel ou tel belligérant, sous peine de chasse à l’homme… L’université devrait être un lieu du savoir et de la liberté d’expression, de la controverse et des discussions argumentées. Ce n’est pas le cas : « Les amis de la vérité sont ceux qui la cherchent et non ceux qui se vantent de l’avoir trouvée » disait Condorcet.

Iannis Roder a expliqué à L’express du 30 octobre 2025 ce qui s’était passé. Pour lui ces jeunes « entretiennent un antisémitisme au nom du Bien ». il dit « je me suis rendu à l’IEP dans le cadre d’une conférence organisée sur le thème « Juger Vichy ». (…) A mon arrivée, un comité d’accueil propalestinien m’attendait dans les étages. On m’a discrètement fait passer derrière ce groupe de jeunes gens vêtus de keffiehs et abordant des drapeaux palestiniens. L’un d’eux a dit : « C’est lui, c’est lui ! » Lorsque j’ai voulu préparer mon diaporama, je me suis rendu compte que les câbles avaient été volés. J’ai appris par la suite que la salle avait été nettoyée juste avant mon arrivée pour faire disparaître des tracts qui avaient été collés sur les tables. Sur le tableau était écrit : « Iannis casse-toi ». » Notons ici l’atmosphère digne d’une chasse à l’homme, une atmosphère de lynchage. On tente de le repérer pour l’empêcher de faire sa conférence, on sabote la salle, on lui ordonne de « se casser ». On ne cherche pas le débat, la confrontations des arguments et des idées, les milices de la censures sont-là. Une fois dans la salle, Iannis Roder a voulu faire sa conférence sur Vichy, mais explique-t-il «dès que j’ai commencé à parler, les manifestants se sont mis à hurler dans le couloir des slogans que je ne comprenais pas bien. J’ai juste entendu des mots comme « Gaza » ou « colonisation ». Certains manifestants ont donné de grands coups sur la porte avant que les agents de sécurité n’interviennent. A la fin de mon allocution, on m’a fait sortir par une porte dérobée. Mais à l’extérieur, les gens qui m’attendaient mon aperçu et ont commencé à courir vers nous en criant dans leur mégaphone. » Par la suite, il revient sur les pseudo-revendications de ces étudiants qui n’ont que la violence, la menace et la censure comme argument. « Le 13 octobre, la directrice de Science Po Lyon, Hélène Surrel, avait reçu ces étudiants. Leurs revendications étaient les suivantes : « Nous demandons que cette conférence soit annulée, dans l’absence de dénonciation claire de Iannis Roder, de la politique israélienne à Gaza, du génocide en cours du peuple palestinien et du fait de ses prises de position insoutenables ». De quelles prises de position parlent-ils ? Je ne vois pas ce que j’aurais pu dire qui soit « insoutenable » pour une personne sensée. Le fait que je récuse, m’appuyant sur le droit et l’Histoire, l’emploi du terme « génocide » dans le cadre de ce conflit, sans pour autant nier l’étendue des drames qui se sont déroulés à Gaza, ferait de moi non seulement leur ennemi mais aussi un complice de soi-disant « génocidaires » voire un « génocidaire », c’est-à-dire l’auteur d’un crime imprescriptible ! Or, que fait-on d’un « génocidaire » ? On le poursuit sans relâche et on le châtie. Cela, ils semblent l’avoir retenu… » Iannis Roder rappelle que l’université doit être « un lieu où l’on dit être capable de débattre de manière apaisée et argumentée en s’appuyant sur la science et la connaissance ». Mais ces étudiants propalestiniens sont des fanatiques, des intolérants incultes. Iannis Roder cite un autre exemple « Javier Leibiusky, un collègue de l’Institut nationale des langues et civilisations orientales, parti présenter son livre sur les Juifs dans l’Empire ottoman dans une libraire de Séville en Espagne, s’est vu sommé de se positionner au préalable sur le fait d’être « sioniste ou antisioniste ». Ce qui sous-entend que les gens identifiés comme Juifs seraient tenus de dire s’ils se situent du « bon » ou du « mauvais » côté. Il s’agit là, très clairement, d’une forme d’antisémitisme ».

Cela rappelle les mises en scènes sous Mao lors de la révolution culturelle : des professeurs se faisaient insultés et humiliés par les gardes rouges sur la place public devant les universités. Ils étaient accusés d’être des « réactionnaires » des « intellectuels » qu’il fallait faire taire via la violence, l’intimidation. Mao détestait les intellectuels, les chercheurs et les gardes rouges étaient tout aussi ignares qu’intolérants. En France de nombreux gauchistes (dont de nombreux étudiants) trouvaient « génial » la pensée de Mao. Le « palestinisme » a remplacé le maoïsme. C’est la « nouvelle cause révolutionnaire » à la mode. Or, pour la cause tous les moyens (y compris ultra-violents) sont bons. Mao lui-même avait expliqué que « la révolution n’est pas un dîner de gala ».

Régis Boussières

Je vous rappelle que le Tome 1 est toujours en vente (Amazon, Pricminister, FNAC…) ou directement auprès de moi.

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