Six mesures immédiates à prendre si on veut vraiment vaincre Daesh

Giora Eiland a parlé à Fathom de six mesures que la coalition doit prendre pour vaincre Daesh :
Coopérer avec la Russie, persuader la Turquie de jouer un rôle plus constructif, soutenir à fond les forces kurdes sur le terrain, assurer l’afflux de renseignements directement exploitables, qu’on puisse traduire immédiatement en frappes minutées et efficaces afin de détruire Daesh, voter une résolution de l’ONU qui dise clairement à tout Etat, entreprise ou individu qui commerce avec Daesh qu’il se verra imposer des sanctions très douloureuses et lancer une véritable guerre des idées pour éradiquer cette idéologie.
Ancien Chef du Conseil Israélien de Sécurité Nationale, poste qu’il a occupé entre 2004 et 2006, Eiland a servi durant 33 ans dans les Forces de Défens d’Israël (Tsahal), a dirigé la Branche de la Planification Stratégique à la fin de la carrière. Il est désormais chercheur principal associé à l’Institut d’Etudes de Sécurité Nationale de Tel Aviv. Cette interview s’est déroulée le 4 décembre.
D’un point de vue purement militaire, Daesh est très faible. Il ne dispose pas de force aérienne, de missiles de longue portée ni ds’armes si sophistiquées. Cependant, en dépit de tout cela, Daesh est une organisation très dangereuse. Son idéologie totalitaire parle droit au coeur et à l’esprit de très nombreux Musulmans, et pas seulement en Irak et en Syrie, mais dans beaucoup d’autres pays, particulièrement en Occident. Et bien qu’il n’ait jusqu’à présent utilisé que des armes conventionnelles, s’il a acquis des armes non-conventionnelles, en particulier des armes chimiques et biologiques, ses djihadistes jubileraient sûrement de les utiliser. Daesh essaiera également d’employer des méthodes de cyberterrorisme afin de faire s’effondrer des infrastructures technologiques. Nous ne devons, en aucun acas, sous-estimer Daesh.
L’Occident semble manquer de volonté à prendre six premières mesures nécessaires si on veut vaincre Daesh :
Coopérer avec la Russie, persuader la Turquie de jouer un rôle plus constructif, soutenir à fond les forces kurdes sur le terrain, assurer l’afflux de renseignements directement exploitables, qu’on puisse traduire immédiatement en frappes minutées et efficaces afin de détruire Daesh, voter une résolution de l’ONU qui dise clairement à tout Etat, entreprise ou individu qui commerce avec Daesh qu’il se verra imposer des sanctions très douloureuses et lancer une véritable guerre des idées pour éradiquer cette idéologie.
Coopérer avec la Russie
D’abord, il doit se dégager une bien meilleure coopération entre la Russie et l’Occident. Je sais qu’il y a là des intérêts conflictuels, en particulier en Syrie, mais la priorité doit être claire.Il est important que la communauté internationale travaille ensemble pour vaincre Daesh et qu’elle discute ensuite des questions en suspend, exceptionnellement difficiles à résoudre. Les Russes méritent vraiment un certain crédit pour leur perspicacité et leur prévoyance. Ils avaient déjà identifié l’éventualité du’un Califat Islamique il y a environ 12 ans. Ils en parlaient très clairement et explicitement, en mettant en garde contre le fait que le vide généré à la suite de la guerre d’Irak de 2003 conduiraient, en définitive à la création d’un Etat Islamique. Il est clair, aujourd’hui, qu’ils étaient loin d’avoir tort. Cela a peu de sens pour l’Occident de ne pas coopérer avec la Russie contre un ennemi commun.
Faire pression sur la Turquie
Deuxièmement, alors que la Turquie est un membre éminent de l’OTAN, elle ne cesse d’opérer contre les intérêts mêmes de l’OTAN. Soyons très clair sur ce point : la Turquie assiste Daesh directement et indirectement et en ce sens, la Russie a raison à 100%. La Turquie combat en réalité les Kurdes et uniquement eux, empêchant toute assistance concrète aux Kurdes, alors que les Kurdes sont les seules forces amicales qui combattent vraiment Daesh sur le terrain. C’est très dur pour eux, parce qu’ils sont faiblement équipés et parce que les Turcs passent leur temps à couper les routes de leur approvisionnement et de leur réapprovisionnement.
Il est évident que la Turquie achète du pétrole à Daesh ; le Président Poutine a totalement raison sur ce point. De plus, la Turquie ne prend pas les mesures nécessaires pour empêcher l’afflux de recrues de Grande-Bretagne, de France et d’ailleurs vers Daesh en Syrie (et vice-versa, en matière d’attentats en Occident). Et, en m’exprimant en tant que personnalité militaire, concernant cet avion russe SU-2U russe abattu, lorsque j’ai pris en compte toutes les informations disponibles, y compris et surtout celles diffusées par les Turcs, il apparaît clairement qu’il ne s’agissait de rien d’autre que d’une embuscade calculée. Les Russes patrouillent le long de la frontière ; ils ne pénètrent pas en Turquie, mais volent le long de la frontière. Il existe un bout de territoire où la carte connaît une courbe soudaine en pointe vers le Sud et l’avion russe a simplement franchi cette petite enclave en ne posant aucune menace que ce soit pour les territoires turcs proprement dits.
10 à 17 secondes pour décoller et intercepter, c’est très peu. Les Turcs maintenaient donc probablement leurs F16 en l’air dans l’attente que quelque chose de ce genre finirait par se produire. Ils cherchaient une situation telle que celle-ci parce que cela créerait des tensions inutiles entre l’OTAN et la Russie, tensions qui, en aucun cas ne servent les intérêts de l’Occident [rappelons qu’à l’époque, Hollande aux prises avec le pire attentat en France depuis la 2nde Guerre Mondiale était alors en quête d’une coalition internationale et revenait justement de Moscou] Donc tous les autres membres de l’OTAN doivent envoyer un message très clair à la Turquie.
Soutenir les Kurdes par tous les moyens
Troisièmement : les Kurdes sont nos partenaires les plus fiables (et les seuls), aussi devons-nous absolument les soutenir de façon juste et appropriée. Ce sont les forces les plus fidèles et les plus engagées contre Daesh, non parce qu’ils sont désireux de servir l’Occident, mais parce qu’ils veulent sauver leur propre mode de vie. Aussi, si la communauté internationale veut absolument n’envoyer aucune force terrestre sur le terrain, il n’a pas le choix que d’apporter toute l’assistance nécessaire occidentale aux Kurdes. Et pourtant, contre toute logique, ils demeurent faiblement équipés et l’interruption par les Turcs des livraisons qui leur sont destinées est parfaitement tolérée par la soi-disant « coalition ». [NDLR : Actuellement le bouclier turc contribue à l’encerclement de la ville d’Afrin par le groupe terroriste Al Nusra, selon un plan similaire à l’encerclement de Kobané par Daesh, en septembre à décembre 2014. Et personne ne réagit pour ne pas embarrasser la Turquie?]
Pire : les Kurdes se plaignent avec justesse non seulement du manque d’assistance militaire et d’équipement,mais aussi de l’absence de réelle coordination de leurs manoeuvres au sol avec le soutien aérien qui pourrait leur être apporté pour être réellement efficaces. Des conseillers occidentaux pourraient être stationnés parmi les Kurdes afin de mieux coordonner les frappes aériennes, de façon à ce qu’à chaque fois qu’ils mènent une offensive au sol, ils puissent bénéficier d’un soutien aérien plein et rapproché. Cela les aiderait beaucoup, mais jusqu’à présent, il y a peu de connexion entre la façon dont les Kurdes mènent leurs opérations sur le terrain et les frappes aériennes très sporadiques qui sont lancées par les forces occidentales.
Coordonner les renseignements
Quatrièmement, il doit y avoir un effort majeur pour produire des renseignements coordonnés.Il y a au moins quatre sources différentes de renseignements, tous aussi essentiels les uns que les autres, en vue d’une campagne coordonnée contre Daesh. La première est le renseignement visuel, recueilli par les caméras, les satellites et les drones qui volent 24h/24. Le second est le renseignement par signaux qu’on peut localiser, intercepter et écouter à travers les communications : radios, textes, téléphones mobiles et ainsi de suite. Le troisième, c’est le renseignement humain qu’on obtient en recrutant des agents qui travailleront pour vous.
Il existe des systèmes qui vous permettent de recruter les bonnes personnes qui vous donneront la bonne information. Il n’y a pas nécessairement besoin que ce soient des gens qui appartiennent à Daesh. Ils peuvent aussi être des personnes ordinaires qui vivent dans les villes telles que Raqqa ou Mossoul et qui peuvent renseigner. Et, en dernier, vient l’Internet, qui vous apporte une énorme quantité de renseignements divers. Cependant, de façon à être efficace, vous devez créer un Centre qui puisse recevoir et utliser toutes ces diverses formes de renseignement et qui les traduise ensuite en cibles qui doivent être attaquées la minute suivante.
Ce n’est pas du tout ce qui est en train se se produire. Jusqu’à présent, les efforts en matière de renseignement ont été très sporadiques et faiblement organisés, et ils manquent cruellement de procédure opérationnelle adaptée. Mais vous n’avez pas besoin de plus de 24h pour prendre une décision et être efficace. Il vous suffit d’avoir un drone qui vole dans l’espace 24h/7jours sur 7 pour obtenir l’information en temps réel et attaquer les cibles qui s’imposent dans les minutes qui viennent, ou même quelques secondes suffisent. Je n’ai pas du tout été impressionné par les sorties qui sont menées par les Américains, les Britanniques et les Français, les Hollandais ou qui que ce soit. Ils ne pourraient être efficaces qu’en étant fondés sur des renseignements en temps réel. La coopération internationale dans ce domaine renforcerait granddement l’efficacité des frappes aériennes.
La prise de Ramadi [que réoccupent partiellement l’armée irakienne et les milices chiites, actuellement], il y a environ 6 mois, est un exemple flagrant de la raison pour laquelle c’est absolument nécessaire et à quel point la faillite des renseignements peut entraver l’effort de guerre. Ramadi est une grande ville et un noeud stratégique sur la principale route entre Bagdad et Amman en Jordanie, située sur les rives du plus grand fleuve d’Irak. Cette ville a été conquise en un seul dimanche, en plein jour, alors que des centaines de véhicules Toyota emmenaient des centaines de djihadistes de Daesh, du Nord vers cette ville à travers le terrain ouvert de la plaine désertique. Cela ne leur a pris que quelques heures pour arriver dans la ville. Peut-on imaginer une proie plus facile pour les drones? Cet afflux en trombe n’a même pas été interrompu par ‘Occident et cela reflète une faillite du renseignement accessible.
Le renseignement est crucial dans le combat contre le terrorisme. Nous subissons une vahgue d’attaques terroristes en Israël depuis plus de 10 ans et les mesures que nous avons prises pour réprimer et contenir cette vague suggère trois enseignements en matière de guerre des renseignements qui puissent être appliquées contre Daesh aujourd’hui.
D’abord et avant tout, nous avons produit un réel effort pour recruter des gens qui travailleraient pour nous. Nous recrutons des gens, non pas parce qu’ils veulent à tout prix nous aider,mais parce qu’on tire partie de la faiblesse des gens : vous savez certaines choses sur eux et à cause de l’embarras que cela pourrait leur causer, à cause du prix qu’ils pourraient devoir payer, vous parvenez à les manipuler et à les faire travailler pour vous.
Deuxième leçon : les renseignements vraiment utiles sont fondés sur leur capacité à être pro-actifs, préventifs,mais les services de renseignement occidentaux tendent actuellement à rester relativement passifs. En matière de renseignements, vous prenez des cibles potentielles et en faites quelque chose. Vous manipulez les membres de leur famille, leurs proches, d’autres personnes. Vous créez une chaîne de réaction qui les mettra à découvert avant qu’ils ne nuisent. C’est un monde terriblement sale (absolument dégueulasse),mais il est complètement justifié parce qu’il permettra de sauver des centaines de vies.
Troisième leçon : Les renseignements efficaces tirés de l’écoute des signaux requiert une énorme patience. Le problème n’est pas tant de localiser vos sources aujourd’hui pour qu’elles soient efficaces demain. Cela prend des années avant que vous ne parveniez à créer une carte sur laquelle vous pouvez observer et surveiller chaque téléphone, chaque ordinateur portable, ordinateur potentiel ou quel que soit l’engin technologique que l’ennemi utilise.
Le Royaume-Uni a commencé sa campagne aérienne par des frappes contre les puits de pétrole que détient Daesh. Approximativement 70% des revenus de Daesh proviennent des dérivés du pétrole.Il possède de nombreux puits de pétrole autant en Syrie qu’en Irak et, jusqu’à présent, l’Occident ne les a pas bombardés systématiquement, parce qu’on ne veut pas générer de problèmes environnementaux et parce que tout le monde croit qu’un jour c’est nous qui profiterons de ce pétrole. Mais nous devons bien comprendre que c’est la guerre.
Au cours de la Seconde Guerre Mondiale, vous détruisiez l’infrastructure économique de l’ennemi et ensuite vous la reconstruisiez par un Plan Marshall après la guerre. C’est exactement ce qui doit se passer actuellement. Cela ne suffit pas que deux avions bombardent quelque chose. Nous devrions faire voler des centaines de sorties par jour et mener à la totale destruction de tous ses puits de pétrole. Après la défaite de Daesh, bien sûr, tout cela devra être reconstruit, mais on oit comprendre qu’on ne peut pas vaincre Daesh grâce à des frappes aériennes symboliques. Il doit y avoir un effort concerté de telle sorte qu’en quelques jours Daesh perde 70% de ses revenus. C’est essentiel et cela aurait dû être commencé il y a plus de deux ans. Il est incompréhensible d’essayer de savoir pourquoi l’Occident s’est dérobé à sa toute première mission depuis si longtemps.
Utiliser l’arme des sanctions
Cinquièmement, la résolution 2249 du Conseil de Sécurité des Nations-Unies était une étape positive, et il est fort étrange que jusqu’à présent, il n’y a eu aucune résolution de l’ONU affirmant clairement que tout Etat, toute entreprise ou tout individu qui commerce avec Daesh s’expose aux plus graves et uax plus douloureuses sanctions. C’est une décision tellement simple à prendre que je suis certain qu’elle recevrait l’approbation de toutes les parties concernées, en particulier les Russes. C’est une mesure essentielle si on veut fermer les vannes du cours des revenus de Daesh.
Lancer la bataille des Idées
Sixièmement, nous devons nous engager totalement dans la bataille des idées : parler aux Musulmans en présentant non seulement le dossier en disant que Daesh a tort, mais en exposant inlassablement qui sont ces gens, qui, d’un côté sont extrêmement cruels et de l’autre, extrêmement et complètement corrompus, mais s’érigent en « modèles ». Daesh est très au point concernant les médias, réussissant à atteindre des centaines de milliers de partisans potentiels en Occident en utilisant les réseaux sociaux. Pour combattre cette tendance, nous devons mener une véritable guerre médiatique. Nous devrions commencer par fermer certains de ces sites [notamment ceux alimentés par le satellite français d’Eutelsat] et nous assurer qui ni YouTube ni aucun autre ne diffuse ces horribles images et vidéos en ligne. Je ne vois pas que ce soit à la veille d’arriver.
Le point de conclusion est simplement que la communauté internationale n’a pas encore développé de stratégie claire et n’est pas encore prête à prendre les mesures indispensables pour vaincre Daesh. Je dois insister sur le fait qu’à ce point, je ne pense pas que ces mesures devraient inclure de déployer des forces occidentales sur le terrain. Cela devrait comprendre les activités que j’ai soulignées, chacune d’entre elles étant relativement simple à mettre en oeuvre, relativement peu coûteuses et pas énormément risquées. Pourtant, pour certaines raisons, nous ne constatons qu’un étalage de faiblesse. Il est vraiment difficile pour moi de comprendre pourquoi il en va ainsi de cette situation. Je m’attendrais à ce que les pays occidentaux dominants adoptent une approche bien plus proactive et des mesures bien plus sévères contre un ennemi déclaré de la totalité du monde civilisé.
AUTEUR
Adaptation : Marc Brzustowski
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J’espère que ce brillant stratège et patriote israélien ne va pas se faire traiter « de bolchévique débile » ou « de juif de cour »par certain, car attention, il ne dit ni rien de plus ni rien de moins que ce que j’ai annoncé depuis un mois. que ce soit au sujet des seuls alliés fiables d’Israël, des tapis de bombes qui devront vitrifier toute l’infrastucture de l’ennemi comme ce fut le cas de l’Allemagne – là aussi, on pourrait pleurer sur les ces innocents nazis de Dresdre, ce n’est pas mon cas –
A l’époque où cette interview a eu lieu, les relations entre le Kremlin et les Forces kurdes étaient déjà établies. Depuis les deux chaînes gouvernmentales n’ont cessé de nous nourrir de reportages élogieux sur les Peshmergas, reporters à l’appui (il y a actuellement 3 reporters russes sur place). Et déjà, les Kurdes recevaient une aide technique et logistique de la Russie, mais depuis l’affaire du bombardier russe pris dans une embuscade, la Russie va surement déclencher une aide militaire massive à ces combattants et vraisemblablement les aider au sol par un support aérien (comme ça Poutine pourra abattre indirectement des avions turcs dans le Kurdistan ou en Irak!) autour de la ville d’Afrin. Les Russes sont parfaitement renseignés sur les positions de Daesh ou des groupes terroristes qui agissent pour lui. De même que leur nouveau système hypersophistiqué de contrôle aérien couvre la Syrie dans sa totalité à un mètre carré près. Malgré cela, l’IAF a pu mener ses raids contre les bases du Hizbollah et itaniennes en territoire syrien sans être inquiété. On en a même pas parlé ici. Ceci est un signe extrêmement rassurant sur la coopération russo-israélienne – mais là j’enfonce des portes ouvertes -cette coopération se renforce encore plus depuis le cas de l Turquie. Pendant des années, les deux seuls pays à montrer du doigt le trafic turque avec Daesh ou le terrorisme en général, sont Israël et la Russie. L’occident a préféré fermer les yeux comme il y a 80 ans avec le nazisme. L’occident préfère diaboliser Israël (l’état le « plus dangereux pour la paix mondiale » pouvait-on lire dans des sondages de l’UE il y a quelque temps) Depuis que la Russie ose tenir le front à l’impérialisme de l’OTAN -qui protège si bien la Turquie – elle aussi a été diabolisée.
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