VaERa : un échange vif entre l’Éternel et Moïse? Vidéo

PARASHAT VAERA 5780 EN TERMES DURS

par Caroline Elisheva Rebouh le 23.01.2020

 

Les Sages ont enseigné à tous ceux qui veulent étudier deux principes de base : le premier concerne tout d’abord l’emploi du Nom divin: le Tétragramme par exemple indique une notion de miséricorde, d’amour alors que le Nom divin incluant en lui une notion de justice tandis que le nom Elo-kim renferme la notion de rigueur et de justice.

Le deuxième enseignement de base concerne les verbes dire/parler qui peuvent aussi renfermer des indications d’amour ou de rigueur selon que sont employés les verbes « emor » ou « daber », racines : alef-mem-resh ou daleth-beth-resh qui insinue un propos dur, acerbe.

Cette sidra ne commence pas vraiment un chapitre (le titre de cette péricope est tiré du troisième verset du chapitre 6 de shemot). Pour quelle raison, HaShem adresse-t-IL des propos durs en réponse au prophète ?

La réponse est simple: Moïse, à la fin du chapitre précédent exprime le fait que la mission dont HaShem l’a chargé a profondément bouleversé sa personnalité. Ils font suite à la critique que Moïse s’est permis d’exprimer.

Analyse : en reprenant les termes contenus dans les versets 22 et 23 du chapitre 5, on comprend que Moïse, est empreint de gravité devant une situation qu’il était à des lieues d’imaginer depuis l’endroit où il habitait, et vivait paisiblement depuis 40 années.

Il est écrit : vayashev וישב. Ce petit mot signifie plusieurs choses à la fois : vayashev c’est-à-dire : il est revenu, tout comme on revient sur un fait ou on revient d’une surprise ou comme on revient sur un comportement ou encore comme on s’assied pour réfléchir et comprendre.

Il est aisé de s’imaginer, un homme de 80 ans, plein de vigueur et de désir d’accomplir la mission qui lui a été confiée dans un pays où il est né, où il a grandi mais avec lequel il a perdu tout contact depuis 40 ans….

Tout se passe comme si cet homme prenait conscience que ce rôle est en fait trop grand pour lui car, nous savons que Moïse est la modestie-même, Moïse n’a pas confiance en lui-même, il est conscient du fait que depuis cet « accident » qu’il eut lorsqu’il n’était qu’un tout jeune enfant, Moïse est beau, mais il ne peut s’exprimer avec aisance et, il a besoin de quelqu’un pour l’aider.

Après la première intervention du tandem Moïse-Aharon, Pharaon a choisi délibérément d’écraser de sa toute puissance les esclaves hébreux qui construisent le pays au mépris de leur vie.

Désormais, les esclaves devront continuer à produire la même quantité de briques mais ils devront s’inquiéter de s’approvisionner en matières premières pour « remplir leur contrat ». Mission impossible.

Moïse le voit et cela l’insupporte. Sa sensibilité et l’amour qu’il voue à ses frères l’amènent au désespoir et c’est plein d’amour envers D. et plein de compassion pour ce peuple, qu’il ose s’adresser à D. en lui demandant : pourquoi rends-Tu la vie de ce peuple aussi dure ?

Voici une remarque en passant : Moïse s’adresse à l’Éternel en employant le nom Ado- naï en toutes lettres tel qu’on prononce le Tétragramme et il parle à l’Éternel avec crainte et amour en employant le verbe alef-mem-resh……

Ensuite, il résume l’action en s’étonnant : « depuis que j’ai parlé à Pharaon la situation a empiré » et dans ce verset il a employé le verbe daleth-beith-resh soit : il a parlé durement au roi d’Egypte et la sanction s’est envenimée.

Or HaShem a perdu patience et, le texte de la parasha nous confie ce qui s’est alors dit : le Créateur rapporte à Moïse que lorsqu’il S’est révélé à Abraham, à Isaac ou à Jacob, aucun d’eux ne Lui a demandé :« quel est Ton nom? » mais toi Moïse tu M’as questionné et tu voulais savoir qui Je suis, quel est Mon nom ? Tu as voulu savoir comment tu devrais te présenter….

Les paroles dures adressées à Moïse sont une sévère invective mais juste au début car, HaShem ressent beaucoup de miséricorde pour ce grand homme qui n’hésite pas, dès son premier entretien avec D. à se séparer de son épouse et de lui imposer une sorte d’ascèse de manière à toujours être disponible et pouvoir répondre immédiatement à l’Éternel…..

HaShem après avoir souligné ce qu’IL avait à reprocher reprend son langage d’amour. Et la suite des événements va être dévoilée, une partie seulement car Moïse va assister à la sortie d’Egypte à la défaite de Pharaon, puis à celle d’Amalek mais….. la guerre des 7 rois qui habitèrent en Cana’ân pendant l’esclavage en Egypte, cela Moïse ne le verra pas car il n’entrera pas en Cana’ân.

Ainsi peut-être est-il possible de comprendre pourquoi la lettre ‘hé appartenant à la racine resh-alef-‘hé du verbe voir n’est pas visible….

Car, la lettre ‘hé est la lettre qui symbolise le nom d’HaShem et, si le mot vaéra ne se termine pas avec un ‘hé c’est parce que tout n’est pas à dévoiler.

Lorsqu’Abraham a « vu » ce qui s’était passé pendant les 10 générations d’Adam à Noé, Abraham comprit pourquoi le déluge eut lieu. De même, il comprit la raison de ce qui arriva lors de la génération de « HaPlaga ».

Mais, lorsque dut avoir lieu la destruction de Sodome et Gomorrhe, Abraham procéda à un marchandage, cherchant à éviter la destruction en prétextant qu’un juste ne devrait pas avoir à mourir pour un impie. Car, le juste prie pour les autres mais pas pour lui.

Lorsqu’un homme demande à HaShem d’intervenir pour lui apporter ce dont il a besoin cet homme prie pour lui-même et pas pour un tiers.

Lorsqu’un juste (tsadik) prie pour un tiers ou pour le peuple entier en faisant abstraction de lui-même, ce que le tsadik va prononcer sera exécuté par le Saint béni soit-IL.

La suite de la parasha montre une escalade à la fois dans l’intensité portée à la population égyptienne (en dehors des bené Israël et de Goshen), dans l’impossibilité pour les hartoumim égyptiens (sorciers) d’effectuer de telles manifestations ce qui va amener les sorciers eux-mêmes à reconnaître que « le doigt de D est là » disent-ils au Pharaon mais, et surtout, ces 7 plaies citées dans cette péricope, vont amener graduellement cet être si sûr de lui qu’est le roi d’Egypte, à un point de non-retour, à un point où, touché dans sa chair, il ne pourra plus reculer et il sera contraint de se rendre devant la TOUTE PUISSANCE DE D. !

Pendant toute cette période où les descendants de Jacob séjournèrent en Egypte, l’esclavage n’apparut pas tout de suite.

Les exactions et tous les arrêtés contre cette population qui se distinguait tant des autres ressortissants s’abattirent progressivement sur elle. L’intensité fut progressive jusqu’à se « raffiner » dans la torture morale et physique…

Et, malgré la souffrance une clameur, une plainte, s’élança du cœur des esclaves vers le Créateur c’est ainsi qu’HaShem « entendit » le cri des suppliciés.

La pacification se passe en trois degrés : la guerre, la prière et la pacification. C’est selon ce schéma qu’Abraham construisit sa plaidoirie en faveur des gens de Sodome : « Ne tue pas les gens de Sodome pour que personne ne puisse dire que Tu es cruel ! C’est pourquoi HaShem fit passer devant les yeux du patriarche toutes les générations précédentes et tu comprendras ainsi pourquoi J’AI puni toutes ces générations qui t’ont précédé !

Yalkout Shim’ôni rapporte qu’en fait la démarche de Moshé Rabbénou est la même à une « petite » différence près : Moïse questionne D. en substance : pourquoi la punition est-elle tombée sur la descendance de Jacob et pourquoi pas sur Ishmaël et/ou Esaü ? Pourquoi a-t-il été chargé, lui, Moïse d’opérer toutes ces tractations pour quelles raisons a-t-il été choisi ?

Et, pourquoi cette faute et celle des eaux de la discorde (mey mériva) ont elles pesé si lourd dans la balance ?

Pourquoi Moïse, dont les mérites sont si grands qu’il a pu converser avec le Saint béni soit IL face à face, lui qui a pu conduire le peuple de D. hors d’Egypte, lui qui a reçu des « mains » de D. les tables de Pierre gravées par HaShem, aucune miséricorde n’a pesé en sa faveur pour ces deux fautes ? Moïse n’a-t-il pas plaidé en faveur de ce peuple si dur lors de la faute du veau d’or ?

Le Maharal de Prague élargit sa pensée à propos de ce qui est dit : le juste décide et HaShem réalise (הצדיק גוזר וה’ מקיים) Abraham n’a rien demandé pour lui il a prié pour autrui comme le fait un juste.

Moïse n’a rien demandé pour lui non plus mais il faisait partie de ce peuple qu’il a défendu tout au long de cette mission dont il fut chargé… mais…. Il attendait tout d’HaShem au contraire d’Abraham qui a acquis un terrain lekhol hadorot (pour l’Éternité) pour servir de sépulture à Sara puis à lui-même et à son fils et son épouse et à l’un de leur fils et l’une de ses épouses…

De même, les enfants de Jacob furent ensevelis dans des territoires achetés. Les trois patriarches agirent et vécurent d’après les circonstances et jamais ne s’élevèrent contre les décisions ou les demandes d’HaShem.

Caroline Elishéva REBOUH

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