A quelques jours des élections générales en Israël, on ne connaît pas encore le gagnant mais on sait déjà qui seront les perdants: les citoyens de l’Etat d’Israël, qui n’ont pas compris les raisons et les enjeux de ce recours au suffrage populaire dans un système qui les tient en otages depuis plusieurs décennies déjà.

Quel que soit le résultat du vote mardi prochain, un gouvernement sera formé autour d’un Premier ministre dont le grand parti ne représentera que 20% des membres de la Knesset. Le Likoud et l’ex-parti travailliste seraient chacun très heureux d’obtenir 25 sièges dans la future Knesset et considéreraient ce résultat comme une victoire. Etant donné qu’il leur faudra aller chercher 36 autres mandats chez leurs partenaires, cela suppose que le futur cabinet israélien sera composé d’au moins cinq partis et que les petites formations pourront obtenir dans la coalition une surreprésentation par rapport au nombre effectif de leurs électeurs.

Dérive ou perversion d’un régime politique dont nous apprécions par ailleurs la vitalité, la liberté et l’activisme parlementaire, la démocratie israélienne est bien malade. Dans ces conditions nous assistons à plusieurs phénomènes qui doivent nous inquiéter.

-Tout d’abord on constate que la crise n’est plus l’exception, mais la norme, car aucune mandature ne peut plus aller à son terme, empêchant ainsi tout gouvernement de mener une politique à longue échéance. Or sur des dossiers comme le logement, il est indispensable de mettre en œuvre des projets en se fondant sur une conception de l’urbanisme, qui ne peut en aucun cas s’accomplir dans l’instantané.

– Second phénomène la montée de mouvements populistes ou sectoriels, dont l’apparition n’est pas nouvelle mais qui disposent aujourd’hui des moyens de la technologie moderne et des stratégies propres aux réseaux sociaux. Le premier effet de cette évolution est l’abaissement désolant du niveau des débats dans la campagne électorale, qui se résume à quelques clips humoristiques diffusés sur la toile et qui en disent long sur le degré d’analyse des conseillers en communication et des experts en stratégie politique des divers partis.

Conséquence collatérale de cette campagne, les émissions humoristiques font florès et les hommes politiques se prêtent de bonne grâce à ce jeu, et même elles amusent beaucoup le public israélien, qui adore la satire, elles participent de cette tendance à déconsidérer la politique, à la rendre ridicule et inutile.

Autre effet pervers de ces élections, et probablement l’unique changement important de la carte politique, c’est qu’elles auront permis l’unification des partis arabes et l’augmentation du nombre de leurs députés. Cette union des forces politiques de la minorité arabe, que tout sépare pourtant idéologiquement, a été rendu possible par les vices et les failles du régime politique en place.

Allons voter, chacun selon ses convictions, parce que c’est le plus petit commun dénominateur du courage politique 

Michaël Bar-Zvi

Khaf Alef Be adar 5775

Chronique du 12 mars 2015

 

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