TERRORISME ISLAMIQUE : LES METAPORPHOSES DE LA FOLIE

 

N’est pas fou qui veut…

…par contre, trop de politiciens et trop de journalistes hexagonaux nous disent sans sourciller que la plupart des terroristes qui ensanglantent notre pays sont des fous, des irresponsables au sens pénal du terme, sans parfois même attendre les conclusions des expertises psychiatriques. Ils sont donc fous surtout s’ils sont musulmans alors que nous savons que c’est parmi eux que vient la majorité des terroristes. Les convertis à l’islam ne manquent pas non plus parmi les plus radicaux d’entre eux. Ils seraient même les plus barbares ! Par contre et assez curieusement, si des terroristes ou des assassins à la voiture bélier ne sont pas musulmans, ils risquent bien d’être qualifiés de responsables de leurs actes. En la matière, il y aurait donc deux poids, deux mesures, voire un retournement complet des « diagnostics » politiques et médiatiques quand on passe d’un pays à un autre, surtout quand les médias français ou les politiques commentent un attentat commis en Israël ! Nous verrons cela après, mais en attendant, revenons à la question de la folie. Chacun connaît l’une des fameuses Pensées (1670) de Pascal : « Les hommes sont si nécessairement fous que ce serait être fou par un autre tour de folie de n’être pas fou ». Pascal s’inscrit ici dans une certaine continuité avec l’Eloge de la folie (1511) d’Erasme et rappelle que la folie est bien inscrite au cœur de l’homme du fait de l’irrationalité de ses pensées, du fait des débordements pulsionnels dont il peut être victime, du fait aussi comme le disaient nos talmudistes, que les bons ont des rêves mauvais. Pascal n’aborde pas la folie du point de vue psychopathologique, mais il aime le fol comme on l’aimait à la Renaissance. Mais dans le même temps en ce XVIIe siècle, sous Louis XIV, on a fait entrer  le fou et d’autres indigents dans les maisons spécialisées, antichambres de nos hôpitaux psychiatriques où ils ont été attachés, triés, classés et parfois traités de la meilleure mais aussi hélas, de la pire façon. Il faudra attendre la loi de 1838, l’acte « libérateur » de Pinel, les classifications du XIXe siècle et notamment celles de Freud sur lesquelles je m’appuie ici pour éclaircir de façon durable le champ des maladies mentales réparties, pour le dire rapidement, entre les névroses, les psychoses et les perversions. Malgré les assauts des classifications américaines des DSM I, II, III, IV et V,  (Diagnostic and Statistical of Mental Discorders) la classification freudienne tient le coup car elle reste d’une belle cohérence, à quelques nuances près. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) utilise aussi une classification détaillée des troubles mentaux appelée CIM-10, si bien que nous avons tout de même la possibilité de mesurer avec une relative justesse si un tel ou un tel est fou ou non. Pour Freud, chacun appartient à l’une des structures de personnalité citées plus haut. Entre elles, les frontières restent étanches : si  on est névrosé, on n’est pas psychotique. Autrement dit, n’est pas fou qui veut ! Pour faire court, on peut dire que la folie résulte donc d’une augmentation à l’intérieur de la structure d’un déséquilibre pulsionnel, d’un quantum d’affects qui déroute le sujet et dont il faut rechercher les causes dans l’enfance, dans l’éducation, dans la sexualité, dans la castration, dans l’Œdipe, dans l’inconscient… soit par refoulement, (névrose) déni, (perversion) ou forclusion (psychose). Plus près de nous, Lacan, dans la lignée freudienne, ramène le fonctionnement psychique et son disfonctionnement à l’usage et à la suprématie du signifiant, autrement dit, il le rapporte au langage. En 1946, au Colloque de Bonneval, Lacan proclame à  l’auditoire et à l’adresse du célèbre psychiatre Henri Ey : « L’être de l’homme, non seulement ne peut être compris sans la folie, mais il ne serait pas l’être de l’homme s’il ne portait pas en lui la folie comme limite à sa liberté ». Lacan insiste donc sur la responsabilité et l’irresponsabilité du sujet en cas de folie alors même qu’elle fait partie de lui comme étant une dimension possible de son destin, du destin de ses pulsions en somme. Nous savons aussi que la folie est affaire de culture, de société, qu’elle est relative au regard et à l’avancement qu’une société pose sur elle, si bien que le fol de la Renaissance n’a que peu à voir avec le malade mental contemporain, jugé parfois irresponsable de ses actes comme certains terroristes. Depuis Freud et bien d’autres, en plus des DSM et de la CIM-10, nous disposons donc de moyens cliniques et psychopathologiques pour présumer de la folie ou non d’un sujet, même si l’expertise en la matière n’est pas une science, même si un juge peut tenir compte d’une expertise psychiatrique qu’à titre indicatif. Les tests de personnalité comme le Rorschach (le test des taches d’encre) et bien d’autres, peuvent  aussi préciser le diagnostic psychiatrique avec une certaine fiabilité.  Mais les pistes se brouillent davantage quand des politiques et des journalistes s’en mêlent au nom de l’idéologie ou de la stratégie communicationnelle qu’ils servent. En la matière, il y a donc comme je l’écrivais plus haut, deux poids, deux mesures !

 

 Deux poids, deux mesures !

 

Nous nous souvenons combien d’opposants aux régimes communistes se sont retrouvés enfermés en psychiatrie car un opposant d’alors était nécessairement un fou, un dérangé, un déséquilibré qui  décidément ne comprenait rien au bonheur communiste ! Même dans nos démocraties occidentales, alors que les pouvoirs politiques et judiciaires sont censés être séparés, le juge, n’échappe pas non plus à sa propre subjectivité, à son idéologie politique, faisant parfois fi des textes de loi susceptibles pourtant de lui garantir une certaine neutralité dans son jugement. Aujourd’hui, la folie supposée ou non d’un terroriste semble davantage dépendre de sa nationalité, du pays dans lequel il commet son crime, de sa couleur de peau, et de sa religion que de son acte ou de ce à quoi lui-même se réfère le plus souvent : Le Coran, Allah…Il a beau d’ailleurs le crier, le revendiquer haut et fort, en France, on ne le croit pas ! Nos médias et nos politiques pensent sans doute qu’il faut décidément être vraiment fou pour faire cela au nom de l’Islam. Pour preuves, Kobili Traoré, l’assassin islamiste de Sarah Halimi après que son crime ait été étouffé par la presse et les politiques pendant des mois a été jugé d’emblée irresponsable de ses actes puis mis en examen pour acte volontaire, donc, je crois, finalement responsable, par la juge d’instruction, laquelle pourtant n’a pas retenu le qualificatif d’acte antisémite. Elle ne pouvait tout de même pas aller jusque-là, car enfin, nous sommes en France et en France, comme chacun  sait, il n’y a pas d’antisémitisme ! Ainsi, un musulman qui tue au nom de l’Islam, en hurlant des  Allahou Akbar et en récitant des sourates du Coran est, sans doute, pour nos médias et nos politiques, nécessairement fou, et surtout pas qualifié d’antisémite par la juge, car on ne peut pas commettre un acte aussi horrible au nom de l’Islam. De plus, pour certains médias et certains politiques, l’Islam reste incompatible avec le terrorisme, alors que curieusement, la plupart des actes terroristes d’aujourd’hui sont commis au nom d’Allah et non pas aux noms de Marx ou de la Révolution prolétarienne, ou même de l’extrême droite… bien que l’on ait aussi connu cela ! Pour nos bien-pensants encore, l’Islam au nom duquel se font  pratiquement tous les actes terroristes  n’est qu’un prétexte car la religion musulmane est non violente. Seulement voilà, faut-il encore et encore l’écrire, la religion musulmane n’est pas un prétexte au terrorisme car l’appel à la violence figure dans son texte même, dans lequel on peut lire la condamnation des Juifs, des Chrétiens et des apostats… Les sourates ne manquent pas pour appeler au meurtre ou à la soumission de tous ces mécréants ! Suffit donc de lire le Coran pour s’en rendre compte ! Au contraire, David Patterson, l’individu de 32 ans,  un non musulman donc qui a foncé dans une pizzeria de Sept-Sorts, tuant une petite fille de 13 ans et blessant 12 autres personnes a été qualifié  de responsable de ses actes alors qu’il était sous l’emprise de stupéfiants et présentait manifestement un état de décompensation s’apparentant à ce que l’on appelle une psychose cannabique. Mais s’il n’est pas fou, c’est tant mieux car il purgera sa peine comme meurtrier et non comme sujet irresponsable de ses actes.

La folie d’un terroriste est donc toute relative pour nos médias et nos politiques, bien que l’on ait les outils cliniques et psychiatriques pour en mesurer le degré. On ne parle plus de folie quand le terrorisme a lieu hors de notre hexagone surtout quand ces mêmes actes ont lieu en Israël. En Europe,  en Espagne, en Allemagne, en Grande-Bretagne, en Finlande, passe encore, solidarité européenne oblige, mais pas en Israël ! Alors, curieusement, toutes les données cliniques, pourtant universelles, (le DSM, les classifications de l’OMS) dont nous disposons, s’inversent et perdent de leurs substances, de leur pertinence dans les discours de nos journalistes et surtout de nos politiques. Témoin donc, ce qui ce passe en Israël…

 

Les limites de la folie et…

 

…les frontières du terrorisme. Curieusement pour nos médias et nos politiques français, nourris au biberon de la gauche, de l’extrême gauche et de l’écologie, cela fait beaucoup, pour eux donc, la qualification d’actes terroristes disparaît quand elle est commise par un palestinien ou un arabe israélien. Alors qu’en France ce même terroriste musulman aurait été jugé fou et irresponsable, en Israël, le tueur d’une adolescente, l’assassin d’une personne âgée, celui qui massacre une famille, le tueur au couteau d’une policière ou d’un garde-frontière, tous perdent leur qualificatif de terroristes et deviennent sous la plume de nos journalistes et de nos politiques, pas tous heureusement, des résistants, des désespérés, des victimes de la politique répressive israélienne. Ils ne sont plus fous mais bien conscients de leurs actes de résistance et bien responsables de ce qui n’est plus un meurtre mais une agression, presque de la légitime défense en somme et qui font d’eux des héros, lesquels auront droit d’avoir une rue, une école à leur nom dans les Territoires palestiniens. Qui plus est, quand ces terroristes sont tués, ce ne sont plus que de malheureux Palestiniens, voire de simples individus abattus presque sauvagement alors qu’ils ne faisaient que sortir de leur poche leur canif ou que par hasard, ils venaient de trouver une kalachnikov, tombée du ciel, c’est le cas de le dire, une agression par Allahkalachnikov en somme, qui s’était mise à tirer toute seule… Comme quoi quand la folie et l’irresponsabilité mentale des musulmans islamiques passent la frontière de la France jusqu’en Israël, pour les mêmes faits, on n’a pas les mêmes causes, ni les mêmes analyses comme celles des « spécialistes » de C dans l’air sur France 5, style Pascal Boniface pour n’en citer qu’un parmi tant d’autres ou mieux encore, de l’AFP. C’est à croire que nos « élites », en nous trompant par leurs discours fumeux voudraient aussi nous rendre fous en brouillant ainsi les messages dont les seuls bénéficiaires sont les terroristes qui, même sous les bombes de la coalition qui leur explosent la tête, peuvent malgré tout, rire de nos démocraties, qui plus est, rire aux éclats et peut-être même… comme des fous.

 

Par ©Jean-Marc Alcalay

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