Pourquoi l’Egypte ne veut pas des Palestiniens de Gaza
L’appel à l’évacuation du nord de la bande de Gaza a eu un impact massif sur la population. En l’espace d’une semaine, plus d’un million de personnes ont été contraintes de quitter leur domicile, créant ainsi une situation de crise humanitaire.
Un autre aspect clé de cette situation est le rôle de l’Égypte, qui partage une frontière avec la bande de Gaza. Alors que certaines personnes déplacées se sont dirigées vers Rafah, l’un des sept points de sortie de Gaza qui offre un accès à l’Égypte, Le Caire a refusé d’accueillir des réfugiés sur son territoire. Les raisons de cette décision sont multiples.
Premièrement, l’Égypte a exprimé des préoccupations sécuritaires. Le président égyptien Abdel Fatah Al-Sissi est arrivé au pouvoir en destituant Mohamed Morsi, un dirigeant du parti islamiste des Frères musulmans. Le Hamas est considéré comme une émanation de ce mouvement, et l’Égypte craint que l’accueil de réfugiés de Gaza ne soit une opportunité pour les combattants du Hamas de s’infiltrer sur son territoire, ce qui pourrait aggraver les tensions déjà existantes.
De plus, l’Égypte se souvient de « Septembre noir » en Jordanie en 1970, lorsque des terroristes palestiniens ont tenté de renverser la monarchie jordanienne. Cette tentative de coup d’État a conduit à l’expulsion de l’OLP vers le Liban et a alimenté la guerre civile libanaise, en grande partie en raison de la présence de réfugiés palestiniens.
La région du Sinaï, adjacente à Israël, est également confrontée à un conflit interne majeur. Le groupe « Ansaïr Baït al-Maqdis » est devenu la « Province du Sinaï » après avoir prêté allégeance à l’État islamique en 2014. Ce groupe militant a pour objectif la libération de la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem et milite en faveur de la « palestinisation » de Jérusalem. La présence de combattants du Hamas infiltrés parmi les réfugiés de Gaza pourrait alimenter ce groupe, ce qui soulève des préoccupations supplémentaires.
L’Égypte est confrontée à un dilemme géopolitique complexe. D’une part, elle est consciente de l’importance de son rôle en tant que médiateur régional et souhaite éviter une détérioration de la situation. D’autre part, l’accueil de 2,2 millions de réfugiés palestiniens de Gaza pourrait être un fardeau considérable. L’Égypte est déjà un pays surpeuplé avec une économie fragile et ne souhaite pas voir une nouvelle vague de réfugiés entrer sur son territoire.
Cependant, l’Égypte peut également percevoir cette situation comme une opportunité pour obtenir une aide internationale plus importante. L’augmentation de l’aide militaire américaine, des subventions occidentales et des fonds des agences de l’ONU pourrait inciter l’Égypte à lever ses réserves concernant l’accueil des réfugiés de Gaza. L’Égypte reçoit déjà une aide militaire substantielle des États-Unis en échange de la paix, et cette aide est cruciale pour les autorités au pouvoir. De plus, l’Égypte bénéficie d’un soutien financier de l’Arabie saoudite, un levier de pression potentiel que les Américains pourraient activer pour influencer la position du président Al-Sissi.
La réputation de l’Égypte dans le monde arabo-musulman est également en jeu. Accueillir les réfugiés de Gaza, dont la probabilité de retour dans leur région d’origine serait faible, pourrait être perçu comme une trahison de la cause palestinienne. L’Égypte a historiquement soutenu les Palestiniens dans leur lutte pour un État souverain, et cette position est également celle de la Ligue arabe dont Le Caire est le siège.
En fin de compte, l’Égypte est confrontée à un équilibre délicat entre des considérations économiques, sécuritaires, et géopolitiques. L’accueil des réfugiés de Gaza serait une décision lourde de conséquences, avec le potentiel de fragiliser la position diplomatique de l’Égypte dans la région.
Au-delà des implications humanitaires et géopolitiques, l’opération « Sabre de fer » pourrait avoir des répercussions majeures sur la stabilité de la région. La position géopolitique de l’Égypte, en tant qu’allié historique d’Israël, est essentielle pour maintenir l’équilibre régional. Une déstabilisation en Égypte en raison d’une décision d’accueil des réfugiés pourrait affaiblir cette alliance et perturber les dynamiques de sécurité dans la région.
Israël, de son côté, poursuit ses efforts pour contrer le Hamas et réduire sa menace pour la sécurité nationale. La stratégie consistant à éloigner les Gazaouis du nord de la bande de Gaza est liée à la conviction qu’il est difficile de séparer le Hamas de la population locale, car le groupe contrôle de nombreux aspects de la vie quotidienne des habitants. Cependant, cette approche soulève des questions sur la manière dont les civils seront affectés par l’opération.
En conclusion, l’opération « Sabre de fer » d’Israël dans la bande de Gaza a des implications majeures à la fois sur le plan humanitaire et géopolitique. Les décisions de l’Égypte concernant l’accueil des réfugiés de Gaza auront un impact significatif sur la situation régionale. La stabilité du Moyen-Orient demeure précaire, et ces événements récents illustrent à quel point les décisions prises par les acteurs régionaux clés peuvent influencer l’avenir de la région.
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