PouRiM: Les secrets de la Meguila d’Esther (lecture)

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PouRiM: Les secrets de la Meguila d’Esther (lecture)

Caroline Elishéva REBOUH Mars 2019

 

Voici en substance ce qu’écrit le Yalqout Chimoni (Esther, chapitre 7, paragraphe 1058), à propos des mots : « L’homme adversaire et ennemi, ce méchant Haman » (Esther 7, 6) :
« La colère du roi éclata, et elle fut attisée par le Satan. Il descendit dans le jardin du palais, dans lequel les fils de Haman étaient occupés à couper des arbres, ce qui accrut d’autant plus son courroux? »

Et à propos des mots : « Et le roi se leva, dans sa fureur, du festin » ( Ibid. 7, 6), il est écrit dans ce même Midrach :
« [Lorsque le roi fut descendu dans le jardin du palais], il rencontra des anges à l’apparence humaine qui y déracinaient des arbres. Il leur demanda : ?Que faites-vous ?? Ils répondirent : ?Nous agissons sur l’ordre de Haman !? Il remonta alors dans la chambre du festin, où il vit Haman tombé sur le divan sur lequel était Esther. Pourquoi est-il écrit : nofèl (en train de tomber), alors qu’il aurait fallu écrire : nafal (il était tombé?) ? Rabbi Elazar a enseigné : Cela nous apprend qu’un ange est venu et qu’il l’a fait tomber sur Esther? »

Selon une autre version ( Midrach rabba Esther 10, 9), c’est l’ange Mikhael qui a commencé de couper les arbres du palais royal afin d’intensifier la colère du roi Assuérus, et c’est le même ange Mikhael qui a poussé Haman sur Esther.

Contrairement à ce que semble suggérer la question posée, il ne résulte nullement de ces Midrachim que le roi Assuérus a été indifférent à ce que lui avait dit Esther. Il serait plus exact de dire que Hachem a « mis les bouchées doubles », si l’on peut dire, pour que cette scène s’achevât par une « happy end » : la pendaison de Haman.

Le dernier « coup de pouce » divin a été l’intervention de Harvona, l’un des « eunuques » (Esther 7, 9).

Le même Midrach Yalqout Chimoni nous apprend qu’il faisait partie des ennemis des Juifs, mais que le Saint béni soit-Il a suscité le prophète Elie, à qui Il a donné l’apparence physique de cet « eunuque » en le chargeant d’annoncer au roi qu’une potence avait été préparée par Haman pour Mardochée.

Jacques KOHN zal

Lundi 9 mars 2020:
Jeûne (du matin au soir); à la fin de la journée 1ère lecture de la Méguila

 Mardi 10 Mars: Fête de Pourim (2ème lecture de la Meguila)
Festin de Pourim (Michté) 

 

QUE SE CACHE-T-IL DERRIÈRE LE TEXTE DE LA MEGUILLAT ESTHER ?

Caroline Elishéva REBOUH le 09.03.2020

 

Je vous propose ici un petit voyage dont l’objectif est de trouver quelques étincelles, quelques éclats de lumière cachés et éparpillés parmi les monceaux de “klipoth”. La présence de ces étincelles permettra aux “murailles” spirituelles qui nous empêchent de progresser de parvenir à chasser l’obscurité….

Un peu comme à Hanouka où les Maccabim ont mené une lutte acharnée contre l’impureté imposée par les Grecs qui voulaient annihiler notre identité.

La meguila d’Esther (ou rouleau d’Esther), traite d’une histoire qui eut lieu en Perse, à l’époque du règne d’Assuérus, dans la ville de Suse. Le roi Assuérus qui, depuis peu, régnait sur la Perse et 127 Etats/Provinces était marié à une reine nommée Vashti. Assuérus avait dressé un banquet offert aux personnages importants au cours duquel il commanda à son épouse, la reine Vashti de se produire devant les commensaux pour montrer son inénarrable beauté.

La reine refusant, le roi se trouva vexé et, ses conseillers critiquèrent de manière acerbe le comportement de la reine, prétextant qu’il mettait en péril l’autorité maritale/masculine. C’est alors qu’Assuérus mit Vashti à mort et il fallut recruter une nouvelle souveraine.

Trois nouveaux personnages entrent en scène si je puis me permettre ; Haman, premier ministre dirions-nous aujourd’hui. Mordékhay et Esther. Mordékhay est un Juif érudit qui gravite autour du palais mais refuse obstinément de saluer ou de se courber devant Haman.

Celui-ci est épris de grandeur et se trouve prêt à tout pour satisfaire son orgueil. Esther est orpheline. Elle est d’une très grande beauté. Elle est la nièce et fille adoptive de Mordékhay.

Mordékhay entend que l’on cherche à recruter des jeunes filles parmi lesquelles l’une d’elles sera choisie comme épouse pour le roi. Il en fait part à Esther à laquelle il défend de dévoiler son identité juive. Selon ses prévisions, Esther est élue et épouse le roi.
Entre temps deux faits ont lieu :
1 – Haman est exaspéré de voir que le seul juif qui ne se prosterne pas devant lui est Mordékhay et il ourdit un très vaste et funeste projet pour tirer sa vengeance : tuer tous les Juifs disséminés dans les 127 provinces dirigées par Assuérus. Une date est choisie : le 13 adar.
2 – En “traînant” aux abords du palais, Mordékhay qui était polyglotte et connaissait tous les langages parlés dans cet empire, surprend un complot dont l’objectif fut d’attenter à la vie du souverain. Il en fait aussitôt part à sa nièce en la priant d’avertir le roi de sa part.
Mordékhay, encore lui, entend l’avis envoyé dans toutes les provinces que le 13 Adar sera la date de l’arrêt de mort de tous les Juifs de l’empire. Il avertit Esther et lui impose d’aller provoquer une entrevue avec le roi. Cependant, c’est un très grand danger car elle n’a pas été convoquée par son époux. C’est alors qu’elle propose que le peuple jeûne 3 jours et 3 nuits pour pouvoir mener son projet à bonne fin.

C’est alors que sera démasqué Haman et que furent sauvés tous les Juifs.
Nous allons donc, à présent, nous livrer à une analyse du texte qui présente des parallèles avec certains passages de la Torah.

Haman est un descendant d’Amalek et Rabbi Shim’on d’Ostropoli croise les noms de Bil’am et de Ama-lek en apposant ces deux noms l’un sous l’autre, la première syllabe de Bil’am donc Bil’ se trouve au-dessus de Am(a) et la seconde syllabe du premier nom ‘am se trouve au-dessus de la deuxième syllabe du deuxième nom ce qui permet de lire horizontalement tout comme verticalement Bil’am et Amalek les deux hommes qui se sont illustrés par leur perfidie (parmi tant d’autres)…..

Ce “carré” est un exemple de “concentré d’impureté” (de klippoth). Et, d’après le même système, Bil’am est “attaché” par son essence à Amalek nous pourrons constater que l’amour est indissociable de la crainte de D. : la crainte se dit : yir’a et l’amour ahava en apposant les deux syllabes de ces deux mots les unes au-dessus des autres, il sera possible de lire horizontalement ou verticalement yir’a et ahava.

La différence qui oppose Israël (valeur numérique 541) à Amalek (valeur numérique 240) est 301 qui n’est autre que la valeur numérique de “esh” ou feu qui symbolise le feu sacré qui règne dans le Temple tant pour la consumation des sacrifices, le feu qui va aider à la consumation de l’encens ou encore au feu des lumières de la Menora….

Ce feu étant sacré, si l’on procède à un décompte cabalistique appelé “élévation” (leha’âloth) ce qui consiste à ajouter l’unité du vocable par lui-même, ESH acquiert une valeur de 302 (301+1=302). Afin d’élever chaque action vers le KETER, il suffit AVANT d’entreprendre une action telle qu’entrer à la synagogue pour prier de stopper notre élan un bref instant suffisant pour se concentrer et s’imprégner de crainte et d’amour pour le Créateur, ainsi qu’il est écrit dans les psaumes (V, 8) :
ואני אבוא ביתך ואשתחוה אל היכל קודשך ביראתך
Et moi, par Ta Grâce infinie, je viendrai dans Ta Demeure et je me prosternerai dans Ton Saint Temple imprégné de Ta Crainte.
Procédons à l’analyse du nom de Mordékhay : Ce prénom est d’une valeur numérique de 274 = רעד = tremblement (de crainte) car cet homme qui était très savant était habité d’une très grande crainte de D.

Mordékhay est un descendant de Benjamin, seul fils de Jacob à ne pas s’être prosterné devant Esaü puisqu’il n’était pas encore né… il est donc logique qu’il ne veuille pas non plus s’incliner devant Haman.

274 est aussi la valeur numérique de “RAV HESSED” c’est-à-dire que cet homme est vertueux. Le début du verset 8 du psaume 5 dit : BEROV HASDEKHA dont la valeur est 302 c’est-à-dire qu’en entrant dans le Temple, on s’imprègne du “feu sacré” et on exprime sa propre volonté d’élever nos actes et nos paroles vers le plus haut sommet : 302 tel que nous l’avons exprimé précédemment.

C’est par cette élévation que chacun parvient à lutter contre la part d’Amalek (le mauvais penchant) qui tente de se faire une place en nous.
En étant pointilleux envers soi, on a toutes les chances d’arriver à la sainteté accessible à tout un chacun pour peu que l’on veuille s’élever.

LE FESTIN : Au début de la meguila d’Esther, est décrit le palais d’Assuérus qui, voulait rivaliser en magnificence avec ce que fut celle du Temple de Jérusalem. Aussi, de manière allégorique, les différents matériaux avec lesquels fut construit ce palais sont au nombre de 13 tout se passant comme s’il avait voulu se mesurer à la construction du Tabernacle.

Par ailleurs, lors de la destruction du Temple de Jérusalem, 5,400 ustensiles d’or furent subtilisés et Assuérus en faisait un usage permanent et qui plus est lors du banquet qui dura 180 jours….. en effet, pour que sa grandeur soit célébrée, Assuérus exigea que chaque jour soient exposés 30 ustensiles différents qui furent dérobés au Temple et, chaque jour Assuérus revêtait les vêtements du Cohen Gadol !

DECOUVERTE DU DESSEIN D’HAMAN : Le dialogue qui s’instaure entre Mordékhay et Esther est empreint de désespoir : Mordékhay signifie qu’Esther a un rôle à jouer pour sauver son peuple et il a confiance, HaShem ne les abandonnera pas. Esther craint de tout perdre en s’exprimant ainsi : כאשר אבדתי, אבדתי en prononçant le mot perdre à deux reprises elle montre qu’elle va perdre ses “deux mondes” (celui-ci et celui à venir)…..

LE JEÛNE : Tous doivent jeûner dans l’empire d’Assuérus pendant trois jours et trois nuits. Il est indispensable (même à notre époque profiter de ce temps pour penser, réfléchir, se repentir et prier, lire des tehilim). Après que le jeûne soit terminé, à minuit, il est conseillé de lire avec beaucoup de concentration le psaume 22 qui demande au Saint béni soit-IL de ne pas nous abandonner et de prendre notre supplique avec Miséricorde. Prier pour TOUT LE PEUPLE D’ISRAEL car toute personne qui prie pour les autres avant de prier pour lui-même sera exaucé en premier.

LES MITSVOTH DE POURIM : En hébreu les quatre mitsvoth de Pourim commencent par la lettre Mem : MIKRA MEGUILA….. MATANOTH LA EVYONIM……MISHLOAH MANOTH…… MISHTE….

MIKRA MEGUILA c’est écouter la lecture de la Meguila avec une grande attention sans se laisser distraire par le bruit des crécelles lorsqu’est prononcé le nom d’Haman ou de ses proches. Il est recommandé de se déplacer dans la mesure du possible vers une synagogue pour entendre cette lecture. Si cela n’est absolument pas possible, il est possible de demander à quelqu’un de venir lire la meguila à domicile et si aucun des cas de figure n’est réalisable il existe des sites internet proposant la lecture de la meguila selon des rites différents comme par exemple : www.akadem.org/vie-juive/les-fetes/pourim.

MATANOT LA EVYONIM : Des dons aux pauvres. Aujourd’hui, avec la possibilité des dons en ligne, s’offre la possibilité de faire un don le jour de Pourim mais, si l’on craint que le don ne soit pas remis à temps, il est possible de donner avant Pourim en spécifiant que le don est “POUR POURIM”.

MISHLOAH MANOTH : l’envoi de “cadeaux” sous-entend qu’il faille donner au minimum 2 sortes d’aliments/mets comestibles à un minimum de deux personnes.

MISHTE : Festin, Il est recommandé de faire un bon repas festif au cours duquel règnera une grande joie.

BOIRE DU VIN : Il est une habitude répandue de croire qu’il faille absolument s’enivrer pour Pourim. En vérité, il suffit de boire un verre de vin ou d’une autre boisson alcoolisée pour se sentir un peu différent de son état normal. On a coutume d’illustrer le fait de boire du vin par l’adage : נכנס יין יצא סוד Lorsque le vin pénètre, le secret s’échappe (sort) ceci est basé sur le fait que le vin (yayin) et le secret (sod) ont la même valeur numérique =70.

D’aucuns pensent que boire procure de la joie qui en réalité n’est qu’extérieure car il existe dans l’être humain un fond de tristesse mêlée à de la joie et, le SECRET DE POURIM est d’arriver à FAIRE SORTIR LA JOIE INTERIEURE ceci ne s’obtient pas en s’enivrant plus que de raison au point d’en perdre toute dignité, au point de s’avilir en titubant en tombant ou… pire…..

Le Rav Kook détailla les degrés qui mènent l’homme de son état normal à un état d’ébriété complète (peu recommandable) :
1 – Etre “bien” ou “pris de vin” en hébreu להיות מבושם. C’est un homme qui a bu mais qui est encore capable de faire un devar Torah (discours).
2- Celui qui a encore conscience et savoir se contrôler.
3- Celui qui ne sait plus du tout se contrôler et il est absolument interdit d’en arriver là !!!
Rabbi Nahman de Braslev enseignait à ce propos qu’il faut boire à condition de ne pas oublier que nous sommes en présence du Maître du Monde.
D’autres Rabbanim recommandent de ne pas se laisser aller à boire plus que ne l’indique le bon sens car il ne faut jamais oublier en présence de QUI nous nous trouvons : דע לפני מי אתה עומד.

POURIM ET YOM HAKIPPOURIM : y a-t-il un lien entre ces deux fêtes ? L’une est Pourim appellation qui vient du mot POUR signifiant SORT et KIPPOUR qui signifie RACHAT. Cependant, les Sages évoquent la possibilité de pouvoir lire KE-POURIM soit : comme Pourim. Qu’est-ce à dire ?

Pourim est un jour profane qui est parsemé de mitsvoth à accomplir par le biais desquelles nous ferons ressortir la kedousha contenue dans ce jour où nous pouvons cuisiner, voyager, travailler…

Tandis que pour Kippour, qui est un jour plus que saint, nous nous garderons de toute pensée profane car, les dons aux pauvres et les envois de cadeaux sont des mitsvoth de démonstration d’amour gratuit et de la volonté de rétablir une justice sociale, la lecture de la meguila s’inscrit dans la volonté d’observer la mitsva du souvenir (zakhor eth amalek) et le festin est fait pour rendre grâce à HaShem d’avoir sauvé Son Pëuple.

Il est important de noter que lors de chaque shabbat et de chaque fête il y a la mitsva de faire le kidoush ce qui n’existe pas pour Pourim en particulier car pour Hanoucca qui est aussi une fête où tout est permis sauf que pendant les huit jours de Hanoucca il y a obligatoirement un shabbat pendant lequel on fait le kidoush !

Lorsqu’il est écrit dans la Meguila que Mordékhay fait face à tous (עומד מול כולם) cela signifie que tous ses efforts tendent à se conduire de telle façon que la sainteté de l’étincelle divine contenue dans chaque être, ressort et que lorsqu’un juif se tient face aux nations on perçoit la présence divine en quelque sorte.

Mordékhay HaYéhoudi (le Juif Mordékhay) est d’un total de 314 ce qui équivaut à Sha-day (nom d’HaShem dans Sa volonté de préserver Ses Créatures). Mordékhay le Juif conscient de son devoir de représenter HaShem, ne fait pas le jeu des nations et ne s’assimile pas.
Haman et Zeresh sa femme, étaient versés en sorcellerie et savaient fort bien se servir de toutes les sciences occultes. Haman était un fin psychologue et savait comment manipuler ceux qui l’entouraient.

Ahashvérosh (Assuérus) craignait de nuire aux Juifs car il savait déjà tout ce que l’Eternel avait fait en faveur de Son Peuple pour le sauver aussi n’accepta-t-il pas le projet d’anéantir le peuple juif aussitôt.

C’est alors qu’Haman peaufina son projet en citant au roi la phrase suivante qu’il ne sut traduire correctement : ישנו עם אחד פרוד ומפוזר Il y a un peuple dispersé…. “Yeshno” est une déclinaison du mot yesh = il y a et Haman interpréta selon la racine du verbe dormir en traduisant “il dort” (sous-entendu HaShem dort) et c’est ainsi qu’il réussit de convaincre Assuérus en l’assurant qu’HaShem dort et ne se rendrait pas compte que le peuple serait massacré…..

Cette fois, encore ce massacre, ce génocide, visait à exterminer le peuple dans son intégralité.

Au contraire, lorsque les Grecs envahirent la Judée, ils n’aspiraient qu’à une seule chose : nous démunir de notre identité et effacer notre mémoire.

Joyeux Pourim HAG SAMEAH LEPOURIM!

Caroline Elishéva REBOUH

 

Vidéo: www.france.tv/france-2

5 COMMENTS

  1. Une question ou deux: 1. Y a-t-il le moindre support factuel a ce conte oriental ? 2. jusqu’a quelle epoque remonte la designation, en Perse, du monument dont il a ete un peu question recemment comme tombeau d’Esther et Mardochee ?

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