Une journée à la plage à Netanya, où je déteste toujours la France mais j’adore les juifs français

Netanya en août n’est pas une station balnéaire. C’est une véritable migration humaine, avec ses parasols, ses pastèques, ses licornes gonflables, douze mille sacs en plastique et au moins une grand-mère qui crie sur un enfant de quarante-trois ans.

La Méditerranée scintille. Les falaises brillent. Le ciel est d’un bleu criard. La promenade donne l’impression que Dieu, après avoir achevé la création du monde, s’est reculé, a admiré son œuvre, puis a permis à quelqu’un de construire une pizzeria casher juste à côté.

Et partout, absolument partout, il y a des Juifs français.

On entend du français depuis l’ascenseur. Du français depuis les transats. Du français depuis l’eau. Du français parlé par un homme qui se dispute avec un autre qui semble être à la fois son frère, son cousin, son associé, son cardiologue et son ennemi juré.

Netanya est devenu l’endroit où les Juifs français viennent profiter de la Méditerranée sans qu’on leur dise que leur étoile de David perturbe l’ordre public.

La France les a perdus.

Israël les a obtenus.

Il s’agit de l’un des plus grands échanges commerciaux de l’histoire moderne.

La France a connu des marches antisémites, une confusion morale, des politiciens qui parlent pendant dix-huit minutes sans communiquer une seule pensée reconnaissable, et une obsession nationale consistant à se soumettre à toute idée terrible pourvu qu’elle soit enveloppée dans un vocabulaire intellectuel.

Israël a accueilli des familles juives, des entreprises florissantes, d’excellentes boulangeries, des tables de Shabbat bruyantes, des techniques de stationnement agressives et des gens capables de se plaindre en deux langues avant le petit-déjeuner.

Nous avons gagné.

Pour être clair, je ne déteste pas tous les Français. Cela impliquerait de tous les rencontrer, et j’ai des courses à faire. Je déteste la France en tant qu’idée. La France gouvernementale. La France pompeuse. La France qui donne des leçons à Israël sur les proportions alors que des quartiers entiers de Paris obligent les Juifs à dissimuler leur identité comme s’ils faisaient passer de l’uranium en contrebande à l’aéroport Charles de Gaulle.

La France est une fervente défenseure des droits humains universels. Elle se mobilise simplement énormément dès que les Juifs les réclament.

Les instances politiques françaises sont capables de détecter un permis de construire israélien pour un appartement à quatre mille kilomètres de distance, mais peinent étrangement à remarquer les Juifs agressés dans leurs propres rues.

Un Juif porte une kippa à Jérusalem : provocation coloniale.

À Paris, un Juif retire sa kippa par crainte d’être agressé : des tensions sociales complexes qui nécessitent un dialogue.

La France maîtrise parfaitement cette manipulation linguistique. On ne parle jamais d’antisémitisme. On parle de « colère sociale », de « tensions au Moyen-Orient », de « frustration des jeunes ». Apparemment, hurler à la mort des Juifs est devenu une forme d’action communautaire.

Puis ces mêmes responsables français apparaissent à la télévision, prennent l’air d’un directeur d’école déçu et expliquent qu’Israël doit faire preuve de retenue.

Retenue?

La France est incapable de contrôler une manifestation à un carrefour sans mettre le feu à la moitié de la campagne.

Les agriculteurs français, exaspérés, recouvrent les bâtiments gouvernementaux de fumier. Les chauffeurs de taxi bloquent Paris. Des adolescents renversent des voitures. Toute la nation se met en grève suite à la proposition de prendre sa retraite avant 97 ans.

Mais Israël, encerclé par des armées terroristes dotées de missiles, de tunnels, de drones et de manifestes génocidaires, devrait réagir avec le calme émotionnel d’un professeur de yoga.

L’hypocrisie pourrait donner à l’Europe l’énergie nécessaire pour traverser l’hiver.

Néanmoins, les Juifs français sont magnifiques.

Ils arrivent à Netanya habillés comme pour la plage, comme si la plage avait un maître d’hôtel. Les Israéliens déambulent en chemises délavées, sandales dépareillées et maillots de bain achetés pendant la seconde guerre du Liban. Le Juif français, lui, apparaît en lin blanc, lunettes de soleil, sandales de marque et suffisamment de parfum pour influencer la météo maritime.

Sa femme est impeccable. Ses enfants sont impeccables. Même le sac de Bamba de la famille semble importé.

Ils ne se contentent pas d’entrer sur la plage. Ils y font une entrée.

Puis, en l’espace de onze minutes, ils deviennent israéliens.

Quelqu’un leur vole leur ombre.
Un enfant perd une sandale.
Le parapluie se replie.

Un maître-nageur hurle quelque chose d’incompréhensible dans un haut-parleur.

Le père se met à argumenter avec les lois de la physique.

Maintenant, sa place est ici.

C’est là toute la beauté d’Israël. Peu importe que vous veniez de Casablanca, Paris, Johannesburg, Moscou, Brooklyn, Buenos Aires, Addis-Abeba ou d’une banlieue où le plus grand point de repère juif était le rayon casher de Costco. Israël vous intègre à son rythme national.

Vous arrivez avec élégance.

Trois semaines plus tard, vous vous énervez contre une application de stationnement.

Vous arrivez en parlant français.

Six mois plus tard, vous mélangez l’hébreu, le français, l’argot arabe et des gestes de la main qui pourraient être interprétés par les avions.

Vous arrivez en croyant que les files d’attente sont des dispositifs bien organisés.

Israël vous en guérit immédiatement.

Netanya est la ville idéale pour cette transformation car elle est à la fois magnifique et complètement folle.

La mer, calme et ancestrale, s’étend au pied des falaises de grès, vers l’ouest, en direction de civilisations qui, pendant des siècles, ont dicté aux Juifs où ils pouvaient vivre. Derrière elle se dresse une ville peuplée de Juifs qui ont ignoré ces interdictions.

Il y a quelque chose de profondément satisfaisant là-dedans.

Des Juifs français, assis sur le rivage de l’État juif, mangent des sandwichs, regardent leurs enfants courir librement et parlent ouvertement de leur identité juive. Pas de voix chuchotées. Pas de colliers cachés. Pas de regards insistants sur Israël avant d’évoquer le sujet. Pas de vérifications pour savoir si le restaurateur a développé des opinions révolutionnaires sur le sionisme entre l’entrée et le dessert.

Juste des Juifs.
Des Juifs bruyants, bronzés, repus et querelleurs.
Juifs libres.

Voilà ce que l’Europe n’a jamais compris du sionisme. Le sionisme n’était pas une demande d’approbation, mais la fin de toute demande.

Pendant des siècles, les Juifs ont vécu au gré des émotions des rois, des prêtres, des foules, des gouvernements, des universités, des journaux et de tous les illuminés qui avaient découvert qu’il était plus facile de blâmer les Juifs que de redresser l’économie.

Puis nous sommes rentrés à la maison.
La France peut désormais publier des communiqués.
Israël possède une force aérienne.

Cela semble avoir bouleversé l’ordre naturel européen.

Ils préféraient le Juif comme pièce de musée. Silencieux. Historique. Assez mort pour susciter la compassion, mais pas assez vivant pour se défendre.

Un Juif décédé reçoit une plaque commémorative.

Un Juif vivant, armé d’un fusil, fait l’objet d’une enquête des Nations Unies.

Les Juifs français de Netanya le comprennent mieux que quiconque. Ils connaissent cet étrange pacte européen : vous pouvez être juif, mais faites-le discrètement. Vous pouvez soutenir Israël, mais seulement lors des fêtes culturelles où l’on sert du houmous. Vous pouvez vous souvenir des persécutions antisémites, à condition de ne jamais en tirer de conclusions.

Israël propose une toute autre proposition : amenez votre famille, votre accent, vos recettes, vos opinions, vos exigences impossibles en matière de pain et votre conviction que tous les problèmes peuvent être résolus en appelant fort votre cousin.

Bienvenue chez vous.

La communauté juive française de Netanya a insufflé une énergie extraordinaire à la ville. Les synagogues sont pleines. Les restaurants affichent complet. Les prix de l’immobilier ont atteint un tel niveau qu’acquérir un appartement pourrait nécessiter la vente d’une république européenne de taille moyenne. Les boulangeries françaises se sont multipliées. Même les croissants semblent ici plus sionistes.

À Paris, un croissant est une viennoiserie.

Un croissant à Netanya, c’est la réussite des réfugiés.

Assise près de l’eau, j’observais les familles éparpillées sur le sable. Des grands-parents sous des parasols. Des adolescents qui prenaient des photos. Des petits enfants qui se jetaient dans les vagues avec cette confiance téméraire propre à l’enfance. Des parents qui criaient des avertissements auxquels personne n’écoutait.

Ce n’était pas simplement une journée à la plage.

C’était l’histoire juive de porter de la crème solaire.

L’Empire romain a disparu.

Les Croisés sont partis.

L’Union soviétique n’existe plus.

Le mandat britannique est terminé.

Le gouvernement français continue de publier des communiqués, mais il faut accepter qu’aucune civilisation ne disparaît en un seul après-midi.

Et nous y voilà.

De retour sur la côte méditerranéenne.

Construire des villes.

Élever des enfants.

Parler hébreu.

Argumenter en français.

Manger de la pastèque de façon inappropriée.

Créer du trafic là où il ne devrait logiquement pas y en avoir.

La France a peut-être offert au monde les beaux-arts, une gastronomie d’excellence et l’étonnante croyance qu’une écharpe puisse être considérée comme une personnalité.

Mais les Juifs français ont donné à Israël quelque chose de mieux : eux-mêmes.

Je continuerai donc à me moquer de la France. Elle l’a bien mérité. Un pays qui considère Israël comme le problème central du Moyen-Orient, tandis que les Juifs parisiens dissimulent leur identité, s’est volontairement lancé dans la satire.

Mais les Juifs français ?

Je les adore.

J’aime leur passion, leur style, leurs familles, leur fierté juive farouche, leur capacité à transformer une synagogue tranquille en un lieu qui ressemble à un match de football de championnat, et leur refus de s’excuser d’être en vie.

Ils n’ont pas abandonné la France.

La France les a abandonnés.

Netanya les a accueillis avec des plages, des balcons, des boulangeries, des chauffeurs impossibles et des taxes municipales capables de provoquer une détresse spirituelle.

Autrement dit, Israël les a accueillis comme il se doit.

Au coucher du soleil, le ciel de Netanya s’était paré d’orange et de rose. Les tours qui bordaient la falaise captaient les derniers rayons du soleil. Les familles commençaient à ramasser serviettes, jouets, restes de goûter et enfants qui, prétendant ne pas être fatigués, s’écroulaient le visage dans le sable.

Les voix françaises continuaient de résonner autour de moi.

J’ai souri.

La France peut garder ses conférences.

Nous garderons ses Juifs.

Merci Yonah pour ton message

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