Le Général McMaster: l’Irak ne doit pas s’aligner sur l’Iran,

les Kurdes doivent bénéficier d’une sécurité totale et de leur prospérité 

 

President Donald Trump (R) shakes hands with US National Security Adviser General McMaster. AP photo
Le Président Donald Trump (Droite) sert la main de son Conseiller Général à la Sécurité Nationale McMaster. AP photo

 

WASHINGTON DC— Le Conseiller à la Sécurité Nationale des Etats-Unis, le Général McMaster déclare qu’il est important pour l’Amérique de préserver un Irak stable, mais un pays qui ne soit pas l’allié de l’Iran, en ajoutant qu’il faut organiser une médiation afin de réguler les tensions actuelles entre les Kurdes et l’Irak, devant permettre aux Kurdes de jouir d’une parfaite sécurité et de leur prospérité.

NDLR : Il semble, en effet, que seule cette voie médiane permettra au Kurdistan de retrouver sa cohérence politique interne, soit l’unité indispensable et le mode de développement qui induise, à moyen terme, l’organisation d’un commerce extérieur avec certains de ses voisins proches ou lointains. Sur le plan électoral lui-même, Massoud Barzani aurait dû procéder à des élections en 2015, d’où l’aggravation des rivalités et tensions internes, avec deux autres partis ou clans réclamant son départ : les Talabani de l’UPK et Gorran, dirigé par Omar Saïd Ali, partisan de négociations, vers un « divorce à l’amiable » à moyen terme avec l’Irak, mais évitant le « coup de force ». 

D’autre part, Haidar al-Abadi semble plus « modéré » et plus « pro-occidental » que ses concurrents aux prochaines élections irakiennes, notamment Nouri al-Maliki, proche de Soleimani et qui fait campagne sur le retour de la loi fédérale à Kirkouk. La campagne lancée le 16 octobre permet à al-Abadi de « capitaliser » une certaine popularité, en évitant de faire sombrer l’Irak totalement du côté de l’Iran. 

« Aussi ce que nous souhaiterions voir en Irak est un Etat stable qui puisse choisir de ne pas s’aligner sur l’Iran », a déclaré le Général H.R McMaster devant la Fondation pour la Défense des Démocraties, jeudi. « Et ce que nous aimerions faire est de continuer à assister les Irakiens pour accomplir ce que le Président nous a demandé de faire comme travail avec nos alliés et partenaires » [Un contrôle de la frontière irako-syrienne aux environs d’Abu Kamal par des forces qui ne soient pas une filiale du Corps des Gardiesn de la Révolution iranienne : les Américains cherchent donc à conserver la maîtrise de l’intérieur de l’armée irakienne, ainsi qu’une certaine tempérance dans les velléités indépendantistes kurdo-syriennes et kurdo-irakiennes.].

« Cela consiste à détruire Daesh et à empêcher qu’un autre groupe comme Daesh, un autre groupe djihadiste takfiri ou Salafiste resurgisse, en réalisant trois choses fondamentales », a t-il précisé : « Leur interdire tout sanctuaire et bases logistique, couper tous les financements et vaincre leur idéologie, c’est clair? ».

[Ces derniers bastions se trouvent actuellement sur les rives de l’Euphrate, ainsi que les moyens de vendre du pétrole et du gaz clandestinement. Les forces démocratiques syriennes sont sous un pilotage mixte kurdo-arabe, mais sunnite, qui peuvent avoir l’aval de cette confession des deux côtés de la frontière, alors que le régime Assad est d’abord sous le contrôle chiite du Hezbollah et de l’Iran : d’où la pacification se fera également selon les préceptes instaurés lors du « Surge » de David Petraeus en Irak, dans l’Anbar, dans les années 2006-2008. L’erreur américaine a été un retrait précipité en 2011 sous la férule d’Obama, petit « cadeau » accompagnant son accord nucléaire et qui n’a fait que renforcer l’Iran au détriment du reste du Moyen-Orient. La résolution fondamentale de la question sunnite en Irak (d’où la présence récente d’un Ministre saoudien à Raqqa) et, plus tard, en Syrie est la condition sine qua non d’un apaisement de la région,d’une part, et d’un recollage des pots cassés entre Chiites irakiens -indépendants de l’Iran- et Kurdes d’Irak, limitant l’influence iranienne à Bagdad.]

McMaster affirme que le but de l’Iran est d’affaiblir l’Irak et d’y installer un gouvernement qui soit totalement dépendant de Téhéran.

« Les Etats-Unis ont un intérêt prédominant à ce que l’Irak soit fort. Je voudrais dire que les autres qui opèrent à l’intérieur de l’Irak et qui subvertissent l’Irak, l’Iran en particulier, tentent de maintenir l’Irak dans une situation perpétuelle de faiblesse et ils appliquent à l’Irak ce que vous pourriez désigner comme un modèle du Hezbollah au Liban, où on trouve un gouvernement faible, un gouvernement qui est délibérément et continuellement affaibli et un gouvernement qui devient nécessairement dépendant de l’Iran pour obtenir un soutien, alors que l’Iran devient de plus en plus malfaisant et influent au sein de groupes armés qui agissent en dehors du contrôle du gouvernement ».

Le Conseiller américain à la Sécurité Nationale a poursuivi en disant que l’Iran tente d’appliquer le modèle (« Hezbollah ») visant à créer des groupes miliciens en Syrie, au Yémen et en Irak, tout comme il l’a déjà fait au Liban.

« Aussi, c’est facile à dire, comme je viens de le mentionner et très difficile à réaliser », a souligné McMaster devant ce panel d’experts. « Cela implique un effort soutenu et sophistiqué (complexe), mais l’objectif est un Irak stable qui s’en sorte plus fort et qui ne soit pas aligné sur l’Iran – évidemment, il devra avoir une relation équilibrée avec son eet ses autres voisins-« .

C’est en ce sens que McMaster pense qu’une Région du Kurdistan forte est cruciale pour bâtir un Irak stable et fort.

« Et ce que nous voulons voir en Irak, pour qu’il devienne fort,c’est une région du Kurdistan qui soit elle-même forte, où nous avons constitué des partenariats de très longue date, qui ont une valeur énorme et qui, vousle savez, ont porté le fardeau de la brutalité de Saddam Hussein durant de très longues années et auprès desquels nous sommes intervenus, vous le savez, en leur nom, après 1991 et ils ont pu bénéficier d’une sécurité et d’un bien-être que nous avons contribué à apporter dans cette région – afin de construire des communautés phénoménales à Sulaymaniyah, et Erbil ainsi qu’à Dohuk.”

Il a relié, comparativement, les villes kurdes à celles de l’Europe : « Je veux dire que ce sont de réelles villes prospères comme dans le Sud de l’Europe, que vous découvrez quand vous vous rendez dans la région kurde ».

McMaster a tenu à souligner que les Etats-Unis doivent organiser cette médiation entre les Kurdes et l’Irak d’une manière qui les aiderait à maintenir et préserver leur stabilité, et à développer leur prospérité économique.

« Mais ce que nous avons besoin de faire c’est de parvenir à relancer la médiation de ce conflit d’une façon qui permette à nos amis Kurdes de bénéficier de la sécurité, du mieux-être et de la prospérité qu’ils ont déjà bâties depuis tant d’années maintenant, et pas d’encaisser un recul par rapport à cette situation antérieure ».

Le Général Mcmaster a déclaré que les Américains ont suggéré au Président Kurde Massoud Barzani que l’agenda retenu pour ce référendum n’était pas juste, mais que, quoi qu’il en soit, Washington doit maintenant se débrouiller avec la réalité telle qu’elle est.

« Aussi, mais, c’est évident, nous en sommes là où nous en sommes actuellement », a t-il dit. « Comme vous le savez, Jalal Talabani est récemment décédé et que D.ieu offre la paix à son âme et des condoléances à sa famille, et ce qui fait partie des complications, il y a de véritables luttes internes – au sein même de l’UPK en tenant compte de l’habileté des Iraniens à tirer avantage de ce genre de situations, c’est sûr.

Il a souligné que « l’Iran est très fort pour dresser les communautés les unes contre les autres. Ce sont des méthodes qu’ils partagent avec les groupes comme Daesh, avec Al Qaïda, vous  savez, ils dressent les communautés, les clans les uns contre les autres, ils manipulent les conflits tribaux, ethniques et confessionnels pour gagner de l’influence en se présentant ensuite comme le patron et le protecteur de l’un des deux camps dans le conflit et ensuite, ils utilisent cette invitation pour entrer dans la danse, ce qui contribue a=à faire progresser leur propre agenda et, dans le cas de l’Iran, je pense que c’est un concept hégémonique très poussé ».

McMaster a tenu à souligner que les « sentiments du Président Trump sont aux côtés du peuple kurde et du peuple irakien ».

Il a déclaré que « le message des Etats-Unis doit être que l’Iran doit arrêter d’utiliser des groupes armés illégaux en Irak afin de faire progresser ses propres intérêts aux dépends du peuple irakien et aux dépends de la sécurité, de la stabilité dans la région ».

[C’est un discours presque trop « raisonnable » qui contraste avec le « romantisme ambiant » alimenté par les images des Peshmergas et des YPG seuls démocrates, et Freedom Fighters dans un Moyen-Orient livré aux dragonnades chiites et sunnites. La vision israélienne du conflit est inconditionnelle du côté des aspirations à un Kurdistan qui agglomère potentiellement les régions de Rojava, voire à terme, le Sud-Est de la Turquie au moins comme zones franches économiques et de co-développement. Néanmoins, si on oublie les éléments fondamentaux à l’origine de l’éclosion du Monstre Etat Islamique et, par conséquence directe, de l’offre iranienne de participation « anti-terroriste » bon marché et expansionniste vers la Méditerranée, on perd le fil de la manipulation en cours.

Mais McMaster est peut-être trop optimiste sur le cours de la médiation qu’il entend lancer : pendant ce temps, les milices Hashd al-Shaabi vont poursuivre leur guerre de harcèlement, de la même façon que le Hezbollah induit un état de guerre permanente entre le Liban ou la Syrie et Israël. A ce titre, le Kurdistan ne doit rien lâcher du contre-poids militaire qu’il offre dans la région, comme il faut progressivement dégraisser le mammouth de l’armée irakienne de ses éléments panchiites les plus arrogants et viser un démantèlement de ces milices. sans quoi l’Etat Fédéral perdre, de toute façon toute crédibilité ]

Commentaires : Marc Brzustowski sur un texte de Rudaw 25/10/2017

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