MaTToT-Massé 5780: ne pas attirer la convoitise 

Caroline Elishéva REBOUH 2018   Raphaël DRAÏ

Cette année, la première des trois semaines étant shabbat « pinhas », le shabbat qui suit  est « mattot-mass’ê ».

 

La parasha commence par les lois sur les vœux et les promesses en tous genres . Qu’est-ce qu’un vœu ou un serment ? Circonstances, particularités, a-t-on la possibilité de les annuler comment et de quelle manière ? Quelle est la valeur d’une simple parole prononcée sous l’emprise de sentiments divers : colère, jalousie, peur, ferveur, amour …. et quelle est son implication dans la vie quotidienne. Qu’en est-il d’une promesse prononcée à la légère par l’homme, la femme ou l’enfant ?

Un vœu pourra porter sur une période bien déterminée ou pour la vie entière et s’il n’est pas réalisé, il peut devenir un handicap pour l’avenir même de la personne intéressée. C’est la raison pour laquelle, si un homme adulte prononce un vœu et que par la suite il regrette de l’avoir formulé il pourra demander à un groupe de trois personnes d’annuler sa promesse et, si le vœu a été émis par une femme, son mari peut l’en délier de même qu’il peut le faire pour sa fille ou son jeune fils mais dès arrivés à l’âge des mitsvoth ils devront procéder tel que doit le faire un homme adulte.

Par la suite, la Torah rapporte comment sera fait le partage des terres de Cana’an selon les tribus au moment de l’entrée dans ce pays offert par HaShem à Son peuple…

Pourtant dès le début du chapitre 32, la Torah met en relief l’immense richesse dont jouissent les tribus de Réouven et de Gad : des troupeaux immenses, considérables.

Les Sages s’interrogent sur le fait que le texte mette en relief les possessions de deux façons différentes pour Réouven, il est question de nombreux troupeaux quant à Gad il est dit : des troupeaux considérables.

Le Kli Yakar émet son opinion : après la guerre opposant le peuple aux Midianites, dans le butin que les Bené Israël avaient la permission de s’attribuer, figuraient les troupeaux et tous les biens matériels pouvant être purifié et, certaines personnes selon certains critères.

Rabbi Ephraîm de Lounshitz les nombreux troupeaux rien de spécial à signaler sinon que les Réouvénites surent s’approprier de très nombreuses bêtes mais pour les descendants de Gad, ce qui fut remarquable est qu’ils avaient privilégié la qualité à la quantité car, les chèvres qu’il possédait étaient de celles, très robustes, dont il est question dans la guemara Taanit 25a (récit des chèvres étant sorties de la forêt en rapportant des ours sur leurs cornes – voir récit joint).

Les ressortissants de ces deux tribus avaient repéré une région au-delà du Jourdain où ils désirèrent s’installer car ils y avaient vu des pâturages immenses pour leurs troupeaux.

Avant la parcellisation du futur Etat d’Israël, des représentants des tribus de Ruben, de Gad et la moitié de la tribu de Menashé vinrent trouver Moïse pour lui demander d’intercéder en leur faveur et de leur attribuer dès à présent leurs territoires du côté est du Jourdain, étant encore en Cisjordanie…..

De manière à obtenir gain de cause, lorsqu’ils exposèrent leur plan à Moïse, ils cherchèrent à mettre en évidence leurs biens matériels, et comment, en hommes d’affaires avisés, ils devaient chercher à s’installer dans une région où leurs troupeaux pourraient se développer.

L’opposition qu’ils rencontrèrent fut que cette demande semblait provenir d’un désir de retranchement du peuple et s’il arrivait que quelque peuple que ce fût vint à attaquer les autres familles, eux se retrouveraient en deçà du Jourdain et ne prêteraient pas main forte à leurs frères.

Ils assurèrent Moïse du contraire : ils se joindraient au reste du peuple mais, là encore Moïse trouva un argument à leur opposer : au lieu de baser leur argumentaire sur la recherche d’un bien-être pour leurs femmes et leurs enfants, ils firent valoir leurs intérêts économiques (à savoir leurs possessions) aussi la réprimande ne se fit-elle pas attendre de la part du plus grand prophète que l’Univers ait connu et leur apprit dans quel ordre préférentiel devaient se placer se qui était cher à leur cœur.

Moïse n’est pas le seul à leur faire comprendre dans quelle mesure ils se sont trompés : en effet, les Hazal, à travers les différents midrashim opposent eux aussi leurs raisons : les êtres humains, la famille, doivent primer en toutes choses…..mais surtout savoir que les êtres humains reçoivent 3 cadeaux de la part du Ciel : la Sagesse (hokhma), la Valeur/force –guevoura) et la Richesse (Ôsher עושר-). Quiconque possède la Crainte du Ciel, sait ceci et Tanhouma insiste en ajoutant car D fait choir ou fait s’élever qui IL désire.

Le Ktav Sofer, met en exergue le fait que cet entretien entre Moïse et les dirigeants de Gad et Réouven revient sur lui-même à plusieurs reprises car, enseigne-t-il : “on n’attache aucune confiance à celui qui s’enorgueillit de son argent” car, si l’homme craignait D il saurait que les choses changent et que le Créateur opère les changements qu’IL désire selon le comportement de chacun !

La parasha commence par l’énumération des nombreuses étapes qu’ont franchies les bné Israël depuis l’Egypte jusqu’à leur entrée en Israël pour nous montrer qu’en réalité, s’il n’avaient pas commis de fautes et suscité le courroux divin, ils auraient pu toucher au but du voyage en onze jours au lieu d’errer pendant 40 années.

En fait pour certaines étapes, ils ont séjourné de nombreuses années comme ce fut le cas à Kadesh Barnéâ.

En dénombrant ces stations (42), le Shlah HaKadosh opère un rapprochement entre ce nombre d’étapes et l’un des noms sacrés de D. qui comporte 42 lettres ainsi que cela est exposé dans la supplique Ana bekoah dans lequel on invoque la clémence divine pour que l’Eternel de Sa main droite (clémence = midat harahamim) nous sauve et nous pardonne nos péchés et que la clémence subordonne la justice (midat hadin) .

Le chiffre de 42 se retrouve au sujet des villes de refuge et des 42 villes construites dans cette périphérie pour sa part, le Sefat Emet, fait un rapprochement entre les 42 mots contenus dans le premier paragraphe du Shema Israël, les 6 mots du verset “Shema Israël” étant pour lui une allusion aux six villes de refuge.

C’est à propos du verset 53 du chapitre 33 que nos Sages ont défini en quelque sorte les règles premières du “yishouv haaretz” c’est-à-dire de la façon dont nous devons “peupler” ce pays où D. habite, d’après Nahmanide qui classe ce verset parmi les commandements positifs.

C’est aussi dans cette parasha qu’il est question des villes abri (âré miklat) qui seront situées sur tout le territoire de manière à permettre à toute personne ayant attenté à la vie d’une tierce personne sans intention, par inadvertance, de se mettre à l’abri de ceux qui voudraient éventuellement “venger ” le sang de la victime. La période de séjour dans la ville abri est limitée à la durée de vie du Cohen HaGadol.

Le Tirgoum Yonathan implique la responsabilité du Grand Prêtre qui, à Yom Kippour doit prier, entre autres, dans le Saint des Saints pour qu’au cours de l’année qui vient, aucune transgression sexuelle, aucune faute d’idolâtrie, et qu’aucun crime par inadvertance ne soient commis.

Caroline Elishéva REBOUH


MA Hebrew and Judaic Studies
Administrative Director of Eden Ohaley Yaacov

LE SENS DES MITSVOT PARACHA MASSEÎ

 Raphaël DRAÏ Z'l

L’Eternel parla à Moïse en ces termes: « Parle aux Enfants d’Israël et dis leur: « Comme vous allez passer le Jourdain pour gagner le pays de Canaan, vous choisirez des villes propres à vous servir de cités d’asile (âréi miklat): là se réfugiera le meurtrier homicide (rotséah’) par imprudence (bicheghagha). Ces villes servirent chez vous d’asile contre le vengeur du sang (goël) afin que le meurtrier ne meurt pas avant d’avoir comparu devant l’assemblée pour être jugé (lamichpat) »  (Nb, 35, 9 à 12). Bible du Rabbinat.

Une fois libérée de l’esclavage, de l’oppression des corps et de la servitude des âmes, une collectivité humaine-pleinement humaine, ne change pas de nature magiquement. Ce changement exige un long, un continuel travail.

Elle reste à la merci d’incidents et d’accidents. Lorsque ceux-ci surviennent, l’important est de les réparer afin que ce travail non seulement ne s’interrompt guère mais que le peuple concerné en retire profit sous forme d’un enseignement transmissible de génération en génération.

Car un peuple c’est exclusivement dans la longue durée qu’il se forme et se transforme. Tel est l’objet des prescriptions précitées.

Dans la vie d’un peuple libre, il est donc inévitable que des incidents surviennent et que des accidents se produisent.

Il faut alors distinguer entre ceux qui sont véritablement indépendants de la volonté de leurs auteurs matériels et ceux qui résulteraient d’une mal-intention délibérée, d’une préméditation.

L’institution des villes dites de refuge, des ârei miklat, est destinée aux meurtriers de la première catégorie, si l’on pouvait ainsi parler ; ceux qui ont causé une mort mais sans intention de la donner.

Pour éviter que le meurtrier par inadvertance ne soit lui-même exposé à l’impulsion vengeresse, impulsive, du « rédempteur » (goël) de ce sang versé-et afin d’éviter que celui-ci à son tour ne s’expose à la vengeance du goël de sa propre victime, en un cycle de représailles infinies-il lui faut avant tout pouvoir se mettre à l’abri de ces poursuites physiques. D’où, comme on vient de le voir, l’institution de ce réseau de villes, situées les unes par rapport aux autres à des distances qui permettent de les atteindre sans encombre, de sorte à échapper avant tout au premier mouvement vengeur du proche de la victime.

On soulignera le sens des réalités qui sous-tend cette prescription: ce premier mouvement n’est pas dénié, comme si les êtres humains étaient déjà arrivés à un degré qualitatif si élevé qu’ils seraient déjà de purs esprits.

Les humains en général, et ceux qui ont connu l’esclavage en particulier; ceux qui ont accumulé brimades, bastonnades, injures, mépris, ont accumulé tant de ressentiment, tant de rancune mutique, que l’explosion en est possible à propos de n’importe quel aléa de la vie.

Cette réalité est prise tellement à bras le corps, si l’on pouvait encore s’exprimer de cette manière imagée, que le Principe des Principes énoncé dans le Lévitique n’enjoint pas d’emblée, nous le savons: « Et tu aimeras ton prochain comme toi-même » mais: « Tu ne te vengeras pas et tu ne garderas pas rancuneet tu aimeras ton prochain comme toi même: Je suis l’Eternel (Lev 19, 18) ».

Lorsque s’est produit un accident par inadvertance, la perte pour le proche de la victime risque de s’avérer tellement cruelle et insupportable que, dans son esprit, le sens et l’énoncé de ce verset pourraient d’un coup s’effacer.

C’est pourquoi il importe tout autant que l’auteur du meurtre involontaire puisse se mettre à l’abri de l’impulsion vengeresse – encore que la notion même de « rédempteur du sang », de goël hadam, ne se réduise pas à l’idée de vengeance au sens commun.

Cependant, la possibilité de se réfugier dans une ville de cette sorte ne signifie aucunement que le meurtrier s’y mette à l’abri pour jouir là d’une impunité complète, le temps que la colère du goël s’apaise, et qu’il en ressorte pour reprendre la vie comme avant, au risque de récidiver.

Sa présence dans la ville de refuge doit s’accomplir à de toutes autres fins et dans un autre état d’esprit. En présence des lévites de la ville il doit d’abord s’adonner à l’étude de la Loi.

Car la notion d’inadvertance n’exclut pas celle de responsabilité. Il lui faudra comprendre également comment l’incident ou l’accident est survenu matériellement et en quoi il en va de sa responsabilité personnelle (défaut d’attention, vérifications insuffisantes, entretien négligé).

C’est l’un des principes essentiels du droit sinaïtique de délimiter strictement le domaine du droit civil et celui du droit pénal. Les dispositions juridiques inhérentes aux villes de refuge maintiennent sans doute le meurtrier sur le versant du droit civil. Il n’empêche que jugement doit être fait.

Se mettre à l’abri de l’impulsion vengeresse ne veut pas dire déni de justice. Au contraire. Le meurtrier par inadvertance devra en fin de compte passer devant un tribunal de sorte qu’il s’interroge sur son implication personnelle dans l’occurrence du dommage fatal et surtout qu’il en répare les suites, pour autant qu’elles puissent faire l’objet d’une réparation.

Thérapeutique du temps par le temps.

 Raphaël DRAÏ Z’l

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