L’inflation bondit aux Etats-Unis

Les prix à la consommation ont augmenté de 0,9 % en octobre, soit une hausse de 6,2 % sur un an, selon les chiffres publiés mercredi. Un niveau record depuis plusieurs décennies qui va attiser les débats politiques et met la pression sur la politique monétaire.

Coup de -très- chaud sur l’inflation aux Etats-Unis. L’indice des prix à la consommation a bondi de 0,9 % au mois d’octobre, poussant la hausse à 6,2 % sur un an, selon l’indice CPI publié mercredi par le BLS. Une augmentation que les Américains n’avaient pas vue depuis plus de trente ans, depuis novembre 1990 exactement. Alors que l’inflation était concentrée sur quelques secteurs il y a encore six mois, elle est désormais répandue dans la plupart des produits de consommation, pointe l’office statistique : l’énergie et l’alimentation, mais aussi le logement, les véhicules d’occasion et les voitures neuves. En excluant l’alimentation et l’énergie, la hausse des prix atteint 0,6 % en octobre sur un mois, et 4,6 % sur un an.

La nouvelle poussée des prix va nourrir le débat politique. Les républicains se sont déjà saisis depuis des mois des premières hausses de prix pour critiquer l’action de l’administration Biden, et notamment ses plans de sauvetage . Les causes sont en réalité multiples, depuis la hausse des cours du pétrole jusqu’à l’arrêt d’un oléoduc perçu comme un effet déclencheur de la hausse des prix dans l’énergie au printemps.

Le marché automobile est quant à lui perturbé par les pénuries de microprocesseurs, qui ont dopé les prix des voitures d’occasion. Pour compenser leur moindre production, les constructeurs ont quant à eux limité les rabais sur les ventes. Dans les services, le transport aérien ou les locations de voitures ont aussi profité de la reprise du trafic ces derniers mois pour rattraper une part de l’activité et des marges perdues.

 

Le sujet est pris très au sérieux à la Maison blanche. Jusqu’ici, le président Joe Biden assurait que sa politique d’investissements dans les infrastructures, en fluidifiant certaines chaînes d’approvisionnement, pouvait desserrer l’étau de l’inflation. Possible mais elle ne réglera pas la situation de court terme ni la pression politique de ses opposants comme les élus Républicains. Conscient des risques politiques et économiques d’un tel dérapage des prix, le président démocrate a reconnu mercredi que « l’inflation fait mal au portefeuille des Américains ». Il a aussi indiqué que inverser la tendance de l’inflation était désormais pour lui «une priorité».

La Fed sous pression

Début novembre, le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, a estimé que l’inflation pourrait bien ne redescendre qu’à compter du deuxième ou du troisième trimestre l’an prochain. Les prix bénéficieront alors notamment d’un effet de base, le mouvement de hausse ayant lui aussi démarré au printemps cette année. La banque centrale a reconnu que les goulots d’étranglement étaient plus longs à se résorber que prévu, et que l’inflation « élevée » reflétait « en grande partie des facteurs qui devraient être transitoires », avec un emploi du conditionnel nouveau.

Pour d’autres, comme Jonathan Baltora, économiste chez Axa IM, « ce chiffre d’inflation est un signal d’alarme pour les banques centrales, l’inflation est plus haute et plus durable qu’attendu ».

Face au risque d’emballement induit par la croissance des bas salaires, qui pourrait créer une boucle « prix-salaires », Jerome Powell a toutefois temporisé. « Si les salaires devaient augmenter de manière persistante et substantiellement supérieure à l’inflation et aux gains de productivité, cela pourrait exercer une pression à la hausse ou à la baisse sur les marges, et pousser les entreprises à augmenter leurs prix en conséquence », a-t-il reconnu. Mais « nous n’avons pas jusqu’ici de preuve de cela », a-t-il estimé début novembre. Et il a renvoyé à plus tard un premier relèvement des taux d’intérêt, pointant notamment un marché de l’emploi encore convalescent.

La révision du cadre de la politique monétaire en matière d’inflation l’an dernier change aussi un peu la donne. « C’est le problème d’une politique maintenant basée sur les données plutôt que sur les attentes », décrypte Gregory Daco, chef économiste US à Oxford Economics. « Avant, la Fed raffermissait quand elle s’attendait à une hausse des prix. Maintenant elle dit « voyons d’abord l’inflation et ses développements ». C’est une bonne politique, mais qui tombe à un mauvais moment », estime l’économiste.

Véronique Le Billon (Bureau de New York) le 10 nov. 2021 à 16:24

Alors que l’inflation était concentrée sur quelques secteurs il y a six mois, elle est désormais répandue dans la plupart des secteurs. (CHANDAN KHANNA/AFP)

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