PARIS, FRANCE - MARCH 16: Yellow vests (Gilets jaunes) protesters set on fire newsstands on the Champs-Elysees during the 18th consecutive Saturday national protest (Act XVIII demonstration) in Paris, France on March 16, 2019. (Photo by Mustafa Yalcin/Anadolu Agency/Getty Images)
Anadolu Agency via Getty Images “Ceux que j’appelle les Ingouvernables (l’ultragauche) parasitent, chaque samedi davantage, une couleur jaune devenue un prétexte commode pour contester violemment le capitalisme et l’État.”

 

Une grande explication sur les mots s’impose. Ce qui s’est passé samedi sur les Champs-Élysées dépasse dorénavant les origines du mouvement des Gilets Jaunes.

Finissons-en tout d’abord avec la formule de “Gilets Jaunes radicalisés”: ceux qui saccagèrent l’avenue phare de Paris appartiennent à la galaxie de l’ultragauche où s’inscrivent au nombre de ces adeptes de la violence comme mode d’expression individuel.

Ces derniers ne veulent que soulager une brutalité à laquelle n’importe quel prétexte idéologique ou revendication catégorielle pourrait servir de drapeau circonstanciel.

Ajoutons quelques casseurs pour faire bonne mesure (c’est-à-dire des opportunistes qui en profitent pour faire leur marché), et l’on aura à peu près épuisé la typologie globale des personnes que durent affronter les forces de l’ordre durant plusieurs heures.

Il faut cesser d’ignorer ce qui crève les yeux. Ceux que j’appelle les Ingouvernables (l’ultragauche) parasitent, chaque samedi davantage, une couleur jaune devenue un prétexte commode pour contester violemment le capitalisme et l’État, symbole et cœur –à leurs yeux– de toutes les “dominations”.

Ils défient indiscutablement la République et n’appellent aucune complaisance politique.

Quels sont les objectifs du black bloc? Profiter d’un rassemblement pour le prendre en otage, le détourner de son objectif initial afin d’y substituer une démonstration de force.

Il s’agit de rendre visible une critique brutale du système politique et économique, de l’État et du capitalisme. D’où, cette appellation de technique du coucou: le bloc s’installe dans un mouvement social, une manifestation, un événement où sa présence n’a jamais été souhaitée par la majorité des participants, puis il la parasite. Il prend ses aises et pond ses œufs dans le nid des autres…

Il n’exprime aucune revendication, il se met en scène et témoigne de l’existence d’une contestation radicale, violente, de toute forme de pouvoir, du refus de n’importe quel réformisme ou compromis avec l’ordre existant. Il n’appelle pas à la Révolution ailleurs et pour demain, mais encourage ici et maintenant l’émeute, l’insurrection permanente.

Les black blocs utilisent la technique du coucou: le bloc s’installe dans un mouvement social, une manifestation, un événement où sa présence n’a jamais été souhaitée par la majorité des participants, puis il la parasite.

Les participants des blacks blocs les plus structurés idéologiquement imaginent contribuer à une fragilisation progressive du pouvoir, à une déstabilisation graduelle (à l’image des effets d’un poison lent), capable à terme de mettre à bas toute volonté et tout appareil de domination. C’est une sorte de lutte à coups de flash-mobs (mobilisations éclairs) sauvages contre les “maîtres du monde” (une expression employée par cette mouvance). Un black bloc a aussi vocation à montrer la colère et à la rendre spectaculaire, ce qui autorise sa médiatisation. Ajoutons qu’il cherche, le temps d’un événement, à créer une “Zone d’autonomie temporaire”, c’est-à-dire un espace qui échappe au contrôle de l’État et à l’empire du capitalisme.

Entendre la souffrance sociale de la “France périphérique”, oui, bien entendu! Et sur ce point il reste un long chemin à faire pour réconcilier le peuple et ses élites, dont l’arrogance des décennies passées découvre depuis le mois de novembre sa triste conséquence. Car il s’agit bien de cela: l’exaspération de la majorité confrontée à la sécession des gouvernants qui apprirent collectivement à négliger cyniquement la nation qui leur donne mandat. Mais tolérer la sauvagerie, non! Lire la suite

 

Eric Delbecque Chef du pôle intelligence économique de l’IFET, auteur du livre “Les Ingouvernables

 

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