Edgar Hilsenrath en séance de dédicaces lors du Salon du Livre 2010 — URMAN LIONEL/SIPA
L’auteur du « Nazi et le Barbier » s’est éteint ce dimanche 30 décembre.
CULTURE – C’était une grande figure de la littérature allemande. Edgar Hilsenrath s’est éteint ce dimanche 30 décembre à l’âge de 92 ans, comme l’a annoncé son éditeur français Le Tripode dans un communiqué.
Né en 1926 à Leipzig en Allemagne, Edgar Hilsenrath grandit dans une famille de commerçants juifs. Il a 7 ans quand Hitler prend le pouvoir.
À ce moment-là, son père reste au pays mais décide d’envoyer sa famille en Roumanie, car « en ce temps là, c’était un pays libre.
L’antisémitisme était présent mais pas officiel », expliquait Edgar Hilsenrath au micro de France Culture dans l’émission « Mémoires du siècle ».
En octobre 1941, il est déporté avec son frère et sa mère dans le ghetto de Moguilev-Podolski en Ukraine: « Cette ville était totalement détruite par les bombes parce que quelques semaines avant, il y avait la guerre. Elle était séparée en deux: une partie pour les Juifs, devenue un ghetto, et une autre pour les Ukrainiens. Chaque nuit, des Roumains venaient pour arrêter des Juifs et les déporter vers l’Est ».
En mars 1944, les Russes libèrent le ghetto. L’année suivante, Edgar Hilsenrath rejoint la Palestine où il reste un an.
En 1946, il part en France pour retrouver toute sa famille à Lyon. Tous émigrent finalement vers les États-Unis pour s’installer à New-York.
Carrière d’auteur
Il commence son premier roman en 1940 à l’âge de 14 ans. Ce premier script n’a jamais été publié car il a disparu.
Alors qu’il est à Lyon, il entreprend dans un bistrot la rédaction de « Nuit », où il narre son expérience du ghetto et en fait une violente satire de la cruauté.
Son style est burlesque, parfois cru: « Écrire des choses grotesques, c’est ma façon de rire de la mort. Je veux qu’elle vous reste en travers de la gorge » dit-il.
Paru en 1964 en Allemagne, son roman est par la suite censuré par son éditeur: « Sa femme était une philosémite. Il m’a dit qu’on ne pouvait publier un tel livre car il donnait une description négative de certains Juifs » a déclaré l’auteur.
Finalement, seulement 1000 exemplaires ont été publiés, mais le livre est passé inaperçu en Allemagne. Traduit en anglais, celui-ci paraît aux Etats-Unis en 1966 et devient un best-seller se vendant à près de 500.000 exemplaires.
C’est son deuxième roman, « Le Nazi et le Barbier », paru pour la première fois en 1971 aux Etats-Unis, qui fait de lui un auteur mondialement connu.
Même s’il a été édité dans 22 pays et traduit en 16 langues, cette histoire de la double naissance d’un nazi et d’un Juif a pourtant été vivement contesté.
D’après Le Monde, près de soixante maisons d’édition ont refusé de le publier.
Malgré les critiques, « Nuit » et « Le Nazi et le Barbier » sont devenus des classiques et font partie du programme de littérature dans les classes allemandes.
Dans sa carrière, Edgar Hilsenrath ne s’est pas contenté d’écrire sur le génocide des Juifs.
Dans « Le conte de la pensée dernière », il raconte l’histoire d’un paysan arménien immigré aux États-Unis et accusé à son retour de l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand à Sarajevo.
Il compare le génocide arménien à la Shoah: « On les avait oubliés alors qu’ils ont été massacrés pendant la Première Guerre mondiale ». Une œuvre qui lui a valu le prix Alfred Döblin.
Artiste engagé
Edgar Hilsenrath a été à l’initiative d’une association « Une Nuit en Allemagne » où il a lutté avec une cinquantaine d’auteurs allemands contre le racisme, la xénophobie, et l’antisémitisme.
L’objectif est de lire des textes littéraires dans les foyers où les demandeurs d’asile trouvent un accueil précaire.
En Allemagne, la lecture de ces textes connaît un succès qui ne cesse de croître.
En 1997, Edgard Hilsenrath a publié le roman faisant la synthèse de toutes ses expériences: « Les aventures de Ruben Jablonski ».
Son ultime livre, « Terminus Berlin », a été publié en Allemagne en 2006 et doit sortir en France en février.
Kamesh Catapoulé
![]() |
![]() |









































Certainement une Grande Âme. Il est parti le même jour anniversaire que le fondateur de la ‘Hassidoute’ Habad, le Bal Hatania, R Shneour Zalman de Lyadi… Z’Ts’L