Le Krav Maga, l’art martial israélien, est de plus en plus tendance à Paris

Pour certains, la religion reste hors du ring. Pour d’autres, la religion s’y trouve tout-à-fait centrale

Dans une ruelle sombre d’un faubourg paupérisé de cette ville, cinq hommes n’ayant que la violence en tête ont rapidement encerclé le jeune Netanel Azoulay, âgé d’à peine 17 ans et son frère plus âgé, Yaacov.

« Sales Juifs, vous allez mourir! » a hurlé un des hommes.

L’incartade liée à la conduite automobile s’est rapidement transformée en quelque chose de physique, alors qu’un des assaillants était armé d’une scie égoïne. Azoulay – qui, avec son frère à ses côtés, portent la Kippa – a presque failli perdre un doigt et a eu l’épaule luxée, avant que des passants n’interrompent la bagarre.

L’incident du 21 février à Bondy n’a été que l’une parmi des dizaines d’agressions antisémites – une partie des épisodes moins violents ou des agressions verbales – enregistrées annuellement dans la région parisienne. Cette altercation, cependant, a été particulièrement choquante, à cause de son caractère sanglant, et par la façon dont elle illustre à quelle vitesse le harcèlement peut se changer en bain de sang.

Mais les blessures d’Azoulay auraient pu être encore pires. Azoulay a obtenu sa ceinture marron en Krav Contact, une variante du Krav Maga, l’art martial de self-défense développé en Israël. Et, en fait, il s’est entraîné à un tel moment durant plusieurs années.

« Je pense que le Krav nous a sauvé la vie », affirmé Azoulay, qui a commencé à s’entraîner quand il était enfan, tout comme son frère, dans le but de se défendre dans les rues malfamées de Bondy.

Le père des frères Azoulay est instructeur de Krav Contact et la famille  a adopté très tôt la méthode, alors qu’elle était pratiquement inconnue en France. Au cours de la décennie passée, cependant, des milliers de Juifs de France – et bien évidemment des Non-Juifs – se sont tournés vers le Kav-Maga, au beau milieu de la vague d’intimidation et de violence orchestrée dans les principales villes de France.

« Il y a une explosion de popularité pour le Krav Maga, déclare Avi Attlan, l’un des pionniers de cette pratique en France.

Il a dix ans, il était enseigné dans une poignée d’écoles juives, dans la grande couronne de Paris, dit-il. Aujourd’hui, le Krav Maga est enseigné dans au moins 20 écoles juives, dont beaucoup appartiennent au réseau éducatif Loubavitch-Habad. Les camps d’été israélites viennent aussi de commencer à proposer des leçons d’initiation.

Attlan et les instructeurs en Krav Maga enseignent à approximativement 200 membres en cinq endroits de Paris. Il y a une décennie, il avait environ 40 étudiants, dit Attlan.

En 2013, la France a fait disputer ses premiers championnats de Krav Maga ; c’est désormais un événement annuel.

« Pour moi, le Krav Maga est, à la fois, un sport et un mode de vie », dit Attlan, né en Algérie, qui a environ 60 ans maintenant et mesure 1, 62m.

Il affirme qu’il que cela « devient un outil de survie » pour les Juifs de France, avec l’augmentation de la violence antisémite qui a suivi la seconde Intifada, en 2000 -incidents en France qui se sont élevés cette année-là, de quelques dizaines par an à des centaines.

Le sentiment d’insécurité est ce qui a poussé Laurent Kachauda à débuter l’înement de Krav Maga, il y a 15 ans, avec Attlan à Saint-Mandé, la banlieue chic de Paris, où un terroriste islamiste a assassiné quatre Juifs dans un magasin casher (HyperCacher) en janvier 2015.

« Quelqu’un a taillé une  swastika sur mon casier, au Lycée », se rappelle Kachauda, un comptable de 30 ans. « J’ai réalisé que quelqu’un m’observait et que lui et les siens pouvaient un beau jour m’attaquer, aussi je suis passé voir des instructeurs de Krav Maga ».

Kachauda a été l’un des 12 étudiants du cours d’Attlan, la semaine dernière, dans un gymnase de Saint-Mandé, situé à environ 275 mètres du site de l’attaque contre le Supermarché HyperCacher. Les élèves – essentiellement des Juifs entre l’âge de 17 à 50 ans – qui pratiquent des simulations d’agressions pardeux ou trois.

A la suite de l’attentat meurtrier, des dirigeants de l’importante communauté juive de Saint-Mandé se tournés vers les fidèles des synagogues, en leur recommandant d’apprendre à se défendre. Les communautés juives à travers le pays ont fait écho à la campagne de prise de conscience.

 

 

Dans certaines communautés, des Rabbins ont recommandé l’entraînement de Krav Maga. Dans d’autres, des membres du SPCJ, l’unité de sécurité de la communauté juive de France, qui s’entraîne également au Krav Maga, a organisé des ateliers afin de donner à leurs membres un avant-goût de cette technique.

L’un des élèves d’Attlan – Jordan  Ctorza, 17 ans – n’a pas eu besoin d’argumentaire de vente particulier pour signer son inscription.

« Je voulais déjà être en mesure de me défendre,quand ils sont venus nous parler du Krav Maga à la synagogue » dit-il.

Au cours de la séance, Attlan a demandé à Ctorza d’être le partenaire de Sylvie, une résidente non-Juive de Saint-Mandé. Sylvie, une femme d’environ une trentaine d’années, s’est inscrite à des cours de Krav Maga « parce que les rues ne sont pas aussi sûres pour personne et en particulier pour ne femme », a t-elle expliqué au JTA, au cours d’un intermède pour se rafraîchir.

Elle a rejoint alors qu’Attlan redonnait des instructions rapides d’une voix étouffée. Tout en encourageant mes élèves à « frapper plus vite » ou à « fermer ces zones exposées », il les dissuade de bavarder ou de rire.

« Nous ne discutons pas, -nous frappons, nous parons », dit-il.

Pour Ctorza et beaucoup d’autres pratiquants juifs du Krav Maga, la connexion israélienne de la technique – qui fait partie de l’entraînement fondamental du soldat israélien – produit un effet de lien émotionnel fort (viscéral).

 » signifie pas mal de choses pour moi, le fait que cela soit une pratique développé par mon peuple pour mon peuple », souligne l’adolescent.

Mais le Krav Maga offre des avantages qui font aussi appel aux Non-Juifs en France, où des centaines sont morts depuis 2012, au cours d’une série d’attentats terroristes où les Juifs n’étaient pas spécifiquement visés.

« Le Krav Maga est différent du Karaté, du Jiu-Jitsu et d’autres arts martiaux, en cela qu’il ne dispose pas de règles », déclare un instructeur musulman de Krav Maga, qui travaille en banlieue paupérisée de Saint-Denis, au nord de Paris. Il a demandé à garder l’anonymat, en mentionnant des raisons de sécurité.

« Cela convient bien à la réalité urbaine, parce que c’est totalement « utilitaire », ajoute t-il. « C’est conçu pour neutraliser un attaquant. « Pas de fioritures, pas de gentillesses, simplement ce qui correspond pour déjouer une attaque ». « Des coups à l’entre-jambes, c’est bien. Les pouces dans les yeux- c’est certain. De grands coups sur le cou, pourquoi pas? ».

L’instructeur arabe, qui a environ une cinquantaine d’années, dit qu’il a quitté saint Denis pour un quartier plus sécurisé, il y a 20 ans à la suite d’une bagarre qu’il a eue avec des drogués. Il se rappelle les avoir agressé près du terrain de jeux où son fils alors âgé de 18 mois venait juste de trouver une seringue dans un bac à sable.

Mais l’instructeur, qui a huit frères et sœurs à Saint Denis, continue d’y retourner pour enseigner le Krav Maga à une jeunesse à risque.

« Cela dissuade d’être tenté de harceler et cela contribue à instiller la discipline et la confiance en soi », dit-il.

Les arts martiaux, dont le Krav Maga « m’ont sorti de cet endroit, où 80% de mes amis de lycée sont morts, à présent », dit-il. « J’espère en entraîner d’autres dans cette voie ».

L’instructeur musulman enseigne à ses étudiants les origines israéliennes de cette méthode et utilise sa terminologie en hébreu, « même si beaucoup d’entre eux ont une image négative d’Israël », explique t-il.

« La religion reste hors du ring ; il y a une mosquée pour ça », dit-il. « La politique reste en dehors du ring, il y a des clubs de débat et des mouvements de jeunesse pour ça ».

Un cinquième de ses 80 élèves sont des femmes, dit-il. Il n’entraîne pas d’enfants ni « de gens qui semblent vouloir abuser de l’arme que je leur enseigne ».

De retour à Bondy, Azoulay prévoit de reprendre son entraînement en Krav Contact quand il aura pleinement retrouvé l’usage de sa main. Le fait de survivre à cette agression lui a montré qu’il « avait ce qu’il lui faut pour se préserver », dit-il.

Mais le contrecoup émotionnel de l’incident est durable, ajoute t-il.

« Cela ne m’a pas fait peur, mais cela m’a mis mal à l’aise », décrit Azoulay. « J’ai décidé après l’attaque que je veux quitter ce pays. Sans doute pour Israël, ou les Etats-Unis ».

Par CNAAN LIPHSHIZ/JTA
1er Avril 2017 13:10
Adaptation : M.B

5 Commentaires

  1. Pourquoi ce serait nous qui partirions ?
    la France est mon pays, j’y suis né et mes enfants aussi, pas question de ceder. Je partirai quand je l’ aurais décidé moi même…

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