Les opérations israéliennes et celles des « bandes armées » renforcent les opposants au désarmement du Hamas
Au cours des derniers mois, les négociations sur le cessez-le-feu ont porté du coté Hamas notamment sur deux questions majeures : la fin des violations israéliennes du cessez-le-feu conclu en octobre 2025 et le démantèlement des bandes armées opérant dans les zones de Gaza contrôlées par Israël.
Avant son accord avec le « Conseil de la paix » sur la « feuille de route » en quinze points, le Hamas insistait sur ces deux exigences.
Le mouvement estimait alors que leur mise en œuvre était indispensable pour instaurer un véritable calme sécuritaire. En retour, les dirigeants des Brigades Al-Qassam, sa branche armée, ainsi que leurs combattants, auraient été davantage disposés à faciliter le cantonnement des armes et à permettre l’ouverture d’une nouvelle phase à Gaza.
Des voix de plus en plus hostiles
Ces derniers jours, une unité spéciale israélienne a mené une opération particulièrement spectaculaire. Elle a pénétré dans une zone contrôlée par le Hamas et enlevé un haut responsable de sa sécurité après avoir perquisitionné son domicile.
Il s’agit, selon la source citée, de la première opération de ce type menée au cœur des zones contrôlées par le mouvement. Jusqu’ici, les services de sécurité israéliens auraient surtout utilisé des bandes armées locales pour tenter d’assassiner ou d’enlever des responsables de la sécurité ou des membres des factions palestiniennes armées.
Une source du Hamas à Gaza a déclaré à Asharq Al-Awsat que l’opération contre le responsable sécuritaire Moein Al-Arabid avait suscité de nombreuses interrogations au sein du mouvement.
La question est désormais de savoir pourquoi le Hamas accepterait de limiter ses armes si Israël ne respecte pas, de son côté, les engagements prévus par les accords.
Selon cette source, une partie du mouvement était déjà opposée au principe même du désarmement. Ses membres avaient néanmoins accepté de respecter la décision du bureau politique.
Les derniers événements semblent avoir renforcé leurs convictions : Israël ne chercherait pas réellement, selon eux, à faire aboutir les accords conclus sur Gaza. Dans ces conditions, conserver les armes devient une priorité afin de pouvoir répondre à de nouvelles opérations israéliennes.
La même source estime que les déclarations israéliennes sur le maintien d’un contrôle sécuritaire permanent annoncent une évolution comparable à celle de la Cisjordanie. Israël pourrait ainsi intervenir à Gaza chaque fois qu’il le jugerait nécessaire.
Une telle perspective renforce l’opposition des combattants palestiniens à toute forme de désarmement.
L’affaire des Brigades Al-Qods
Un autre événement est venu renforcer ces réticences.
À l’aube de vendredi, une bande armée a enlevé un membre des Brigades Al-Qods, la branche armée du Jihad islamique, dans le secteur de la rue Al-Jamiza, à Al-Qarara, au nord-est de Khan Younès. L’opération s’est terminée par l’exécution du combattant, après qu’il eut été ligoté.
Pour les opposants au désarmement, cet épisode constitue un nouvel argument en faveur du maintien des armes.
Le Hamas maintient ses conditions
Une source politique du Hamas, basée hors de Gaza, affirme pour sa part que le mouvement reste pleinement engagé dans l’accord conclu récemment en Égypte et dans l’ensemble des dispositions de la « feuille de route ». Mais elle accuse Israël de ne respecter aucun de ses engagements.
Selon cette source, le processus de cantonnement des armes reste donc conditionné à plusieurs garanties : la fin des violations israéliennes, la protection des membres du Hamas et des autres factions palestiniennes, ainsi que le démantèlement et le désarmement des bandes armées.
Sans ces garanties, affirme-t-elle, aucun véritable processus de cantonnement des armes ne pourra commencer. Le Hamas réclame également l’ouverture d’un processus politique permettant aux Palestiniens d’exercer leur droit à l’autodétermination.
Pour l’instant, ni Israël, ni les États-Unis, ni le « Conseil de la paix » ne donneraient de garanties suffisantes sur ces différents points. Le dossier reste donc bloqué, dans l’attente des élections à la Knesset, prévues à la fin du mois d’octobre.

Israël envisagerait un modèle inspiré du Liban
Selon le texte, Israël chercherait parallèlement à contourner certains éléments de la « feuille de route » en envisageant pour Gaza un modèle comparable à celui appliqué au Liban. Le projet consisterait à créer des « zones pilotes » situées en dehors de la « ligne jaune ». Des forces internationales de stabilisation pourraient y être déployées pour démanteler les infrastructures militaires des factions palestiniennes et mettre en place une nouvelle administration.
Les forces israéliennes conserveraient cependant leurs positions dans les secteurs qu’elles contrôlent. Elles continueraient à les surveiller et pourraient mener des frappes en cas de « nécessité sécuritaire ».
C’est ce qu’a rapporté vendredi Yedioth Ahronoth. Haaretz fait, de son côté, état de divergences croissantes entre Washington et le gouvernement israélien, mais ce journal est peu crédible.
Le quotidien affirme notamment que les services de sécurité israéliens refusent de coopérer avec le « Conseil de la paix » et s’opposent à l’entrée d’une force internationale de stabilisation à Gaza. Ces divergences alimenteraient les doutes sur la possibilité de faire progresser réellement le cessez-le-feu avant les élections à la Knesset.
Le « Conseil de la paix » durcit le ton
Le « Conseil de la paix » a également démenti sur X les informations de la presse israélienne faisant état de tensions autour du rôle d’Ariyeh Lightstone, chargé par la Maison-Blanche de mettre en œuvre le plan en vingt points du président Donald Trump.
Selon Haaretz, certains responsables américains et membres du Conseil souhaiteraient réduire son rôle, estimant qu’il aurait manqué de fermeté à l’égard d’Israël.
Par ailleurs, une récente réunion entre Benjamin Netanyahu, des responsables israéliens de la sécurité, Jared Kushner, Nikolay Mladenov et Tony Blair aurait été consacrée aux inquiétudes israéliennes concernant le désarmement du Hamas. Des renseignements présentés lors de cette réunion auraient confirmé, selon le rapport cité, qu’Israël doute de la volonté réelle du Hamas de déposer les armes.

Le Conseil attaque le Hamas
Dans un autre message publié sur X, le « Conseil de la paix » a affirmé que le Hamas avait finalement cédé à ses exigences et que les destructions subies par Gaza avaient été vaines. Il a également accusé une partie des soutiens occidentaux à la cause palestinienne et de la gauche occidentale d’avoir « misé sur le mauvais cheval » en soutenant une résistance que le Hamas aurait désormais lui-même abandonnée.
Le Conseil affirme vouloir transformer Gaza au cours de la prochaine décennie en un modèle de gouvernance palestinienne efficace et en un symbole de l’identité nationale palestinienne. Il estime que Gaza doit être réorientée vers la liberté et la prospérité plutôt que vers la destruction d’Israël.
Pour y parvenir, le Conseil préconise une profonde transformation des écoles, des mosquées, des médias et du discours public, afin de favoriser l’émergence d’une nouvelle génération de « bâtisseurs » et de « créateurs ».
Le Hamas dénonce une vision partiale
Hazem Qassem, porte-parole du Hamas, a vivement rejeté ces déclarations. Il a affirmé que le message du Conseil était sans rapport avec la réalité et véhiculait une vision injuste du peuple palestinien et de sa résistance. Il a également reproché au Conseil de ne pas présenter de manière équilibrée les positions des différentes parties et l’évolution de la situation.
Le porte-parole a appelé le Conseil et Nikolay Mladenov à adopter un discours plus objectif et à éviter de reprendre ce qu’il qualifie de « récits de l’occupation ». Il les a enfin invités à se concentrer sur leurs missions prioritaires : consolider le cessez-le-feu, mettre fin aux violations, garantir l’acheminement de l’aide humanitaire et veiller à l’application des accords conclus.
Selon lui, c’est à ces conditions que pourra être instaurée une véritable stabilité à Gaza.
La réalité est plus simple. Le Hamas perd pied à Gaza et n’a plus les moyens de mener sa politique. Sur le plan social, il était largement soutenu par l’UNRWA, désormais interdite en Israël. Sur le plan politique, il n’a plus les ressources financières nécessaires pour gérer le quotidien. Et sur le plan militaire, il se meurt à petit feu, dans une indifférence quasi générale, à l’exception de quelques États, comme la France, qui semblent particulièrement soucieux de sa survie. Pris entre deux feux, ceux d’Israël et ceux des milices locales, il n’est plus que l’ombre de lui-même.
JForum.Fr
![]() |
![]() |






































