Covid-19. Entretien avec le Pr Hagay Sobol : La vaccination en Israël ou la liberté retrouvée

Plus de la moitié de la population israélienne a désormais reçu les deux doses du vaccin Pfizer-BioNTech et les indicateurs de l’épidémie sont de plus en plus bas. La Fête de Pessah, la Pâque juive a commencé samedi et contrairement à l’an passé, elle sera célébrée sans restrictions. Le Pr. Hagay Sobol revient sur cette campagne de vaccination qui fait de l’État Hébreu une référence mondiale.. Entretien.

Toutes les apparences d’un retour à une vie normale

Destimed : Israël semble être devenu la référence incontournable en ce qui concerne la campagne de vaccination contre la Covid-19. Où en est l’État hébreu aujourd’hui ?

Hagay Sobol : Quand on regarde les images d’actualité venant d’Israël on a l’impression qu’elles datent d’avant la pandémie où qu’il s’agit d’une autre planète. Le contraste avec les autres pays est saisissant. C’est le printemps, les gens se promènent tranquillement dans la rue, vont au cinéma, assistent à des concerts, consomment dans les bars comme si de rien n’était. Toutes les apparences d’un retour à une vie normale. Même trop, car on peut constater un relâchement des gestes barrières, en particulier l’absence de masque pourtant préconisé par le Ministère de la Santé. Cette embellie se ressent également au niveau économique.

Objectivement, la campagne de vaccination contre la Covid-19 est une réussite. Ainsi, près de 90% des plus de 20 ans ont reçu au moins une dose, et parmi eux la moitié a été complétement vaccinée. La vaccination des femmes enceintes et des lycéens de 16 à 18 ans est également bien avancée en attendant celles des plus jeunes. Tous les jours ont voit décroître le nombre de cas graves, essentiellement chez les personnes non vaccinées, et seulement 1,6% des tests de dépistages réalisés reviennent positifs. Les services spécialisés Covid ferment les uns après les autres et les cas nécessitant une assistance respiratoire sont dispatchés vers d’autres services.

Ce bilan cependant ne doit pas cacher le fait que plus de 6 000 personnes sont décédées de la maladie, et les périodes de confinements qui ont été nécessaires. A cela se rajoute le risque que font courir à la population toute entière les réfractaires au vaccin qui peuvent être touchés par une souche résistante pouvant se rependre comme une traînée de poudre, et réduirait à néant tous les efforts consentis. Les fêtes de la Pacques juive (NDLR : Pessah), avec ses regroupements familiaux, vont être un test de l’impact vaccinal au niveau de la population dans son ensemble. Ce qui se passe en Israël est scruté dans le monde entier en termes d’organisation et d’efficacité. Ainsi, de nombreux pays ont pris contact avec les autorités politiques et sanitaires israéliennes pour exporter ce modèle. Les données scientifiques et médicales issues de la campagne basée essentiellement sur le vaccin Pfeizer seront utiles au monde entier.

On constate un haut niveau de résilience dans la population israélienne.

Sur quoi repose la méthode israélienne à l’origine du succès observé ?

La raison fondamentale est à rechercher dans la situation particulière de l’État Hébreu au Moyen-Orient. Avant les accords de paix d’Abraham avec les Émirats Arabes Unis, Bahreïn, le Soudan et le Maroc, l’État Juif était très isolé dans une des régions les plus violentes du monde. Il a dû faire face, depuis sa création, à un manque cruel de ressources naturelles, à plusieurs guerres qui ont menacé son existence, au terrorisme et à la politique de boycott imposée par les pays arabes et musulmans. Cela a développé une culture de la crise permanente et son corollaire, se préparer constamment au pire, tout en espérant qu’il ne se produise pas, c’est-à-dire de continuer à vivre normalement. On constate un haut niveau de résilience dans la population israélienne.

Plusieurs compagnies ont décidé d’implanter en Israël des usines de production et des centres de développement. Mais plus concrètement ?

Le maître-mot est l’anticipation avec une mise en œuvre rapide des décisions prises. Ainsi, dès la première vague de Covid-19, Israël a planifié et mobilisé les moyens pour préparer la campagne de vaccination à venir. En même temps que les autorités s’approvisionnaient en masques, en appareils d’assistance respiratoire et en produits pharmaceutiques, elles passaient des accords avec les compagnies qui s’étaient lancées dans la production de vaccins, sans attendre une preuve définitive d’efficacité. Le but étant de réserver des doses et de n’utiliser au final que les produits ayant démontré une réelle protection.

Le gouvernement n’a pas hésité à mobiliser les très efficaces services de renseignement, le Mossad (renseignements extérieurs) et le ShinBet (renseignements intérieurs) pour nouer des contacts, assurer la logistique et cela avant même la signature des accords de normalisation. En parallèle, l’État Hébreu a lancé ses propres projets innovants. Cela allait d’un partenariat industriel avec le développement de brevets pour une utilisation simplifiée et optimisée du vaccin Pfeizer/BioNTech, jusqu’à la conception de vaccins et de traitements médicamenteux des formes graves très prometteurs. Plusieurs compagnies ont décidé d’implanter en Israël des usines de production et des centres de développement, en partenariat avec des pays européens et du Golfe pour prendre en charge les vagues ultérieures de Covid-19 (adaptation des vaccins aux nouveaux variants) et pour se préparer à de nouvelles épidémies potentielles.

Le personnel politique, les leaders d’opinion ont joué le jeu

Le système de santé israélien a-t-il joué un rôle dans l’efficacité de la campagne de vaccination ?

Tout à fait. Le système de santé israélien est beaucoup moins centralisé qu’en France. Il repose sur quatre compagnies d’assurance santé qui ont été chargées de convoquer les patients et une solide infrastructure informatique pour les dossiers médicaux et le suivi, en particulier, pour la surveillance d’éventuels effets secondaires. Les choses ont donc pu démarrer très vite, d’abord en priorisant certaines catégories de personnes, celles à très haut risque par exemple, suivi d’une extension progressive au reste de la population en régulant les flux en fonction des stocks disponibles. Le personnel politique, les leaders d’opinion ont joué le jeu, n’hésitant pas à se faire vacciner devant les caméras. Le tout orchestré par une campagne de communication efficace et relayée par tout un chacun sur les réseaux sociaux avec des selfies dans les centres de vaccination.

L’adhésion à la vaccination ne cesse d’augmenter

Tous les secteurs de la société israélienne sont-ils concernés par la campagne vaccinale ?
Comme dans tous les pays du monde il existe des réfractaires au vaccin pour des raisons diverses et cela concerne tous les milieux. Mais il est vrai qu’au départ, il y avait plus de réticence parmi les juifs ultraorthodoxes et les arabes israéliens. Le constat que le virus n’épargnait personne a contribué à faire évoluer favorablement les choses. L’adhésion à la vaccination ne cesse d’augmenter dans ces deux secteurs. Et cela est indispensable si l’on veut atteindre l’immunité collective. Cet objectif resterait inatteignable, du fait de l’intrication des populations, si des groupes étaient exclus de la campagne de vaccination.

Il y a eu un égal accès aux vaccins pour tous les Israéliens juifs et non-juifs

Pourtant, certains n’ont pas manqué d’avancer que les arabes israéliens n’auraient pas bénéficié de la même attention ?

Il y a eu un égal accès aux vaccins pour tous les Israéliens juifs et non-juifs. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. S’il y avait eu des différences, on n’aurait pas observé une décroissance aussi massive de tous les indicateurs de suivi de l’épidémie. En termes de santé publique, ne pas vacciner un groupe ou un secteur entier revient à constituer un « réservoir de virus », comme on le dit en termes médicaux, et donc de générer un foyer actifs de variants potentiellement résistants au vaccin ce qui réduirait à néant en peu de temps toutes les avancées obtenues. Ce serait suicidaire ! D’ailleurs, lors d’une des sessions du très controversé Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU, où siègent toutes les dictatures de la planète sans jamais être inquiétées, c’est Yoseph Addad, un citoyen arabe israélien qui a pris la défense d’Israël attaqué sur sa campagne de vaccination accusée d’être inégalitaire. Ainsi, il n’a pas hésité à affirmer que « Si le reste du monde avait pris l’exemple d’Israël au lieu de détourner l’attention de ses échecs en attaquant Israël, nous vivrions déjà dans une réalité différente. » Et de rajouter que « l’État d’Israël fait campagne en arabe pour nous encourager, les arabes israéliens, à nous faire vacciner et l’Organisation nationale de sauvetage Magen David Adom, composée de juifs et d’arabes, travaille directement avec les communautés arabes pour vacciner leurs habitants. »

Israël a tenté de contourner ce problème en vaccinant les nombreux Palestiniens travaillant en Israël et à Jérusalem-Est

Et en ce qui concerne les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza ?

Permettez-moi de poser une question avant de répondre. Étant donné les moyens déployés pour la campagne de dénigrement d’Israël en matière de vaccination, combien de doses de vaccin l’Autorité Palestinienne (AP) de Mahmoud Abbas et le Hamas à Gaza auraient pu acheter pour protéger leurs populations ? Cela vaut également pour tous ceux qui les soutiennent. Concrètement, depuis le début de la pandémie, les Israéliens, mais également les Émirats Arabes Unis, ont proposé leur aide, et des moyens médicaux pour la prise en charge des malades, le dépistage puis pour organiser la vaccination. A chaque fois, cette aide a été refusée ou niée. Cela est bien documenté dans les médias les plus sérieux. Mais surtout, d’après les accords d’Oslo, toujours en vigueur, la santé publique est une prérogative exclusive de l’AP. Toute intervention israélienne reviendrait à une ingérence et serait immédiatement critiquée. Israël a tenté de contourner ce problème en vaccinant les nombreux Palestiniens travaillant en Israël et à Jérusalem-Est. Il n’est pas inutile de rappeler également que sur les milliers de doses de vaccins acheminées par l’État Hébreu dans les territoires palestiniens à l’attention des soignants, la quasi-totalité a été détournée pour l’usage propre des caciques du Fatah, le parti de Mahmoud Abbas, et l’équipe de foot nationale palestinienne…

En tant que médecin, mais aussi comme tous les Français, je suis particulièrement attentif à la politique de santé

N’y-a-t-il pas une dimension politique dans la campagne de vaccination à la fois en Israël et dans les territoires palestiniens en ces périodes électorales ?

En tant que médecin, mais aussi comme tous les Français, je suis particulièrement attentif à la politique de santé présentée dans les programmes électoraux. La santé publique est un sujet essentiel qui sera certainement très présent lors des présidentielles de 2022. Que la vaccination ait été un enjeu politique est donc bien naturel. En revanche, on peut voir une différence de traitement en Israël et dans les territoires palestiniens. Le journal d’opposition Haaretz, d’ordinaire très critique envers Benjamin Netanyahou a reconnu sans ambiguïté le succès du Premier Ministre en ce domaine, même si cela n’était pas dénué d’arrière-pensées électorales.L’objectif étant d’atteindre l’immunité collective le plus rapidement possible afin d’en finir avec la maladie et de faire repartir l’économie pour protéger les emplois.

En revanche, que ce soit Mahmoud Abbas qui remet en jeu son mandat de Président de l’AP en organisant les premières élections depuis 2005 ou le Hamas à Gaza qui devait renouveler son leadership, ils ont officiellement opté pour une opposition à la collaboration sanitaire avec « l’occupant » au détriment de leurs populations. En réalité les notables des deux territoires continuent à bénéficier des soins dans les meilleurs hôpitaux israéliens. C’est dans ce contexte que l’on doit analyser la campagne de dénigrement de la vaccination israélienne. D’un impact assez limité, elle était essentiellement à usage interne pour la période électorale.

J’avoue être très inquiet du comportement d’une partie des Français

Un dernier mot pour conclure ?

Oui si vous me permettez. J’avoue être très inquiet du comportement d’une partie des Français que je croise dans les transports en commun ou dans la rue et qui se déplacent sans masque, refusant les gestes barrières, agressifs à la moindre remarque, affirmant ainsi l’idée qu’ils se font de la liberté ; alors qu’ils mettent en danger leur santé et celles des autres. En effet, au-delà des effets immédiats de la Covid-19 qui peuvent être frustes, on ne connaît pas les effets à long terme de l’infection mais les professionnels de santé diagnostiquent de plus en plus de troubles qui pourraient être liés au virus.

Ensuite, avec les nouveaux variants, il y a de plus en plus de formes graves chez les jeunes. Enfin, puisque nous sommes obligés de détourner de nombreux moyens pour prendre en charge les patients atteints de la maladie ou le dépistage, cela se fait au détriment des autres pathologies. Je pense au cancer, mon domaine d’activité. On constate malheureusement des reports d’intervention chirurgicale, des retards au diagnostic, on subit des tensions, voire des pénuries de réactifs et consommables, ceux utilisés par exemple pour les tests PCR ou le séquençage des variants, au détriment des tests moléculaires indispensables pour orienter le traitement moderne des cancers. Comme on le voit, le comportement irresponsable de certains risque d’impacter la santé du plus grand nombre. La santé ce n’est pas de la responsabilité de quelques-uns, cela nous concerne tous.

Propos recueillis par Michel CAIRE lundi 29 mars 2021

JPEG – 26.9 ko Le Pr.Hagay Sobol ©Destimed/Philippe Maillé

https://destimed.fr/Covid-19-Entretien-avec-le-Pr-Hagay-Sobol-La-vaccination-en-Israel-ou-la

Hagay Sobol, Professeur de Médecine est également spécialiste du Moyen-Orient et des questions de terrorisme. A ce titre, il a été auditionné par la commission d’enquête parlementaire de l’Assemblée Nationale sur les individus et les filières djihadistes. Ancien élu PS et secrétaire fédéral chargé des coopérations en Méditerranée. Président d’honneur du Centre Culturel Edmond Fleg de Marseille, il milite pour le dialogue interculturel depuis de nombreuses années à travers le collectif « Tous Enfants d’Abraham ».

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