La Chine réduit ses échanges commerciaux avec l’Iran face à l’aggravation de la crise économique.

Pékin estime que les exportations de pétrole iranien ne reprendront pas de sitôt et commence à s’adapter, notamment en réduisant ses livraisons de marchandises et en suspendant les exportations de carburants raffinés. En Iran, le dollar a franchi la barre des 2,7 millions de rials, l’inflation s’emballe et les recettes pétrolières ont quasiment disparu. L’économiste Shlomo Maoz estime que si le blocus se poursuit, le régime pourrait avoir des difficultés à fonctionner économiquement et à assurer les services publics d’ici juin 2027.

par Danny Zaken

La Chine réduit rapidement ses échanges commerciaux avec l’Iran car Téhéran est de plus en plus incapable de payer les marchandises, peut-être aussi à la suite du sommet Trump-Xi Jinping à Washington il y a environ une semaine et demie.

Les données économiques et les sources diplomatiques proches du dossier indiquent que Pékin a conclu que les exportations de pétrole iranien, qui fournissaient une part importante du pétrole brut alimentant l’économie chinoise, ne reprendront pas dans un avenir proche. La Chine commence donc à prendre des mesures d’adaptation.

L’une de ces mesures est la suspension des exportations chinoises de produits pétroliers raffinés, face aux craintes d’une pénurie potentielle et à la volonté de reconstituer les stocks nationaux.
La Chine réduit également ses expéditions de marchandises vers l’Iran, en raison du blocage de la voie maritime via le détroit d’Ormuz et de la fermeture des liaisons aériennes, sans compter la menace de sanctions américaines contre les pays et les compagnies aériennes assurant des vols vers l’Iran.

Il existe une autre raison, plus importante encore. Selon un analyste fin connaisseur de la Chine, Pékin estime que les États-Unis sont déterminés à maintenir leur pression économique, tandis que les dirigeants iraniens ne sont pas encore prêts à faire des compromis. Les chances que la guerre prenne fin prochainement, ou que l’Iran parvienne à se redresser, sont donc minces.

Pour la Chine, les conséquences économiques et commerciales sont la fin, certes progressive, de ses relations commerciales avec l’Iran. Pékin pourrait néanmoins maintenir certains liens diplomatiques avec Téhéran et le protéger de mesures d’envergure au Conseil de sécurité de l’ONU.

En Iran, la monnaie s’effondre et l’inflation s’emballe.

Parallèlement, la crise économique iranienne s’aggrave. Le dollar américain a franchi la barre des 2,7 millions de rials sur le marché libre, tandis que l’euro a dépassé les 3 millions de rials. Une tentative de la banque centrale iranienne pour enrayer l’effondrement par une injection d’urgence d’environ 2 millions de dollars sur les marchés a échoué, et la monnaie a continué de dégringoler.

Le blocus naval américain a quasiment anéanti les recettes d’exportation de pétrole iraniennes. Le régime peine à obtenir les paiements des quelques clients internationaux restants, en raison des restrictions financières et de la menace de sanctions.

Selon les estimations attribuées au Fonds monétaire international, l’inflation annuelle moyenne se situe entre 70 % et 73,6 %, tandis que des estimations moins prudentes l’évaluent à près de 100 %. Parallèlement, les prix des produits alimentaires de base, notamment la viande et les produits laitiers, ont augmenté de 120 % à 150 % depuis le début de la guerre.

Le taux de chômage officiel approche les 10 %, mais les estimations suggèrent que le chiffre réel pourrait être trois fois supérieur, principalement en raison de l’effondrement du travail indépendant. Parallèlement, une vague de démissions aurait touché le secteur public, notamment les enseignants et les médecins, l’État étant incapable de verser des salaires à leur juste valeur.

Afin de réduire le déficit public, les autorités ont diminué les subventions sur les carburants et imposé des limites aux achats dans les stations-service, alimentant le mécontentement populaire et créant potentiellement l’un des prochains foyers de protestation.

Pour tenter de limiter les dégâts, la municipalité de Téhéran a annoncé le gel des prix de douze produits de première nécessité. En réaction, les commerçants ont provoqué des pénuries et vendu ces produits au marché noir, où les prix reflètent plus fidèlement leur valeur marchande réelle.

L’Iran perd-il son influence sur le  détroit d’Ormuz ?

Dans le même temps, l’Iran a quasiment perdu l’un de ses principaux leviers stratégiques : la capacité de bloquer le détroit d’Ormuz. Les exportations de pétrole du Golfe, tant par le détroit que par les oléoducs de contournement, sont plus ou moins revenues à leurs niveaux d’avant-guerre.

On ne peut pas en dire autant du gaz naturel. Le Qatar, premier exportateur mondial de gaz, en a été la principale victime.

Le Qatar a été contraint de réduire son budget de 30 %. Du point de vue israélien, la baisse de 85 % des dépenses consacrées aux campagnes d’influence et au soutien financier à l’étranger est particulièrement préoccupante. Selon Ofir Akunis, consul général d’Israël à New York, cette réduction s’est notamment traduite par le nombre relativement faible de participants aux manifestations contre Israël et le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors de l’Assemblée générale des Nations Unies il y a environ deux semaines.

Navires dans le détroit d’Ormuz. Photo : Reuters

 

« D’ici juin 2027, le régime ne sera plus en mesure de fonctionner. »

Cela ramène l’attention sur l’Iran et sur la question de savoir quand un effondrement économique total pourrait se produire.

L’économiste Shlomo Maoz estime que si les Américains maintiennent le blocage du détroit d’Ormuz et des voies aériennes utilisées pour le transport de marchandises, le processus pourrait s’effondrer en quelques mois seulement. Il prévoit qu’au plus tard en juin 2027, le régime ne sera plus en mesure de fonctionner économiquement ni d’assurer les services publics.

La raison, expliqua-t-il, serait la pénurie de produits de première nécessité, de nourriture et de médicaments, ainsi que l’arrêt quasi total de l’économie moderne iranienne.

« Les premiers à s’effondrer seront les secteurs urbains, notamment dans le sud-ouest de l’Iran, dans la région connue sous le nom d’« Arabistan », à mesure que les marchés s’écrouleront et que des pénuries apparaîtront, impossibles à combler avec des biens de première nécessité », a déclaré Maoz. « Les indicateurs seront les chiffres des importations et des exportations de biens de première nécessité, de médicaments, d’énergie, de pétrole et de gaz », a-t-il ajouté. « Nous, le monde, et surtout les Américains, devons faire preuve de patience et persévérer dans le maintien des sanctions et du blocus, car c’est cet étranglement qui engendrera des protestations et un soulèvement populaire en raison de la situation économique. C’est ainsi que l’Afrique du Sud de l’apartheid s’est effondrée. »

Maoz estime que le régime survivra aux prochains mois grâce aux énormes réserves de lingots d’or qu’il a accumulées ces dernières années avec l’aide de la Turquie et en contournant les sanctions. Ces lingots sont devenus un moyen de paiement important, mais les routes commerciales étant fortement restreintes, même cette option est limitée.

D’après les évaluations des services de renseignement israéliens, américains et des pays du Golfe, de graves manifestations pourraient éclater d’ici deux à trois mois, paralysant potentiellement l’Iran et accélérant son effondrement économique. Cette pression économique pourrait inciter l’Iran à une escalade, avant même les élections de mi-mandat américaines, dans l’espoir d’influencer le vote et de contraindre un Congrès hostile au président à limiter ses actions.

Un haut responsable américain a cependant déclaré à Israel Hayom que le président avait déjà subi des pressions du Congrès lors de son précédent mandat et qu’il avait continué à mettre en œuvre les politiques auxquelles il croyait. « Il est un fervent partisan de la politique actuelle », a affirmé ce responsable.

JForum.fr avec ILH
Installation pétrolière iranienne. Photo : Reuters

 

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