Hechvan: le retour à la vie normale (1)
C’est le moment à présent de mettre à exécution tous les espoirs, les prières et les résolutions que nous avons exprimés au début de la nouvelle année juive
Nos pieds touchent à nouveau le sol. Tichri, le mois des jours saints qui nous modifient pour toujours, laisse place à un temps plus calme que nous appelons la « réalité ». La question que nous devons nous poser à ce stade est : « Comment aborder l’ordinaire ? » La réponse que nous fournissons en tant que Juifs est : avec réflexion, avec le désir d’y trouver un sens et, le plus important, avec la conviction profonde que D-ieu ne change pas et que, par définition, Il n’est ni plus ni moins présent quel que soit le temps ou le lieu.
Ce qui fait qu’un moment est différent d’un autre – comme, par exemple, la quiétude qui réside dans la synagogue juste avant que le ‘Hazan entonne le chant de la Né’ila, le moment de clôture extrêmement sacré de l’office de Yom Kippour et 7:45 du matin, un jour de semaine ordinaire, lorsque nous éteignons notre réveil pour la seconde fois et aspirons à rester blotti sous notre couverture le plus longtemps possible – n’est pas relatif à D-ieu, mais à nous.
A certains moments, la meilleure manière de servir D-ieu est de regarder profondément en nous et c’est ainsi que D-ieu nous procure des périodes particulières au cours desquelles il est plus facile et plus accessible de faire le type de découvertes qui nous permette d’avancer. A d’autres moments, la meilleure manière de Le servir est d’interagir avec Son monde, de sortir de ce lit douillet, de prendre une douche, de s’habiller, de dire une prière et de faire face au monde. D-ieu nous procure du temps et de l’espace pour le tikoun olam, pour réparer le monde, et lorsque ‘Hechvan, le second mois du calendrier juif arrive, nous devons prendre une grande inspiration et dire : « C’est le moment, maintenant. » Tous les espoirs, prières et moments dans lesquels nous nous sommes clairement engagés à nous développer sur le plan personnel doivent être concrétisés. Nous devons veiller à ne pas donner de chèques sans provision.
Bien que le nom de ce mois, ‘Hechvan, soit d’origine babylonienne, comme tous les noms des mois du calendrier hébraïque, on le trouve parfois sous un autre nom dans les livres des Prophètes. Dans les Rois 1:6, il est appelé le mois de Boul. Que signifie ce mot ?
SIGNIFICATION DE « BOUL »
Les commentateurs classiques ont différentes idées en ce qui concerne sa racine. Rachi, le plus renommé des commentateurs qui ont voué leur énergie à nous donner une interprétation claire et précise du sens simple de toute expression difficile de la Torah, nous enseigne qu’il se rattache à la racine Balla, qui signifie mélange. Le blé qui commence à pousser au début de l’été se flétrit, ce qui oblige à donner aux animaux un mélange de blé de la moisson actuelle et de moissons passées dont le produit a été préservé à des fins domestiques.
Rabbi David Kim’hi, le Radak, l’un de nos plus grands grammairiens, estime que cette racine provient du mot Yibol, qui signifie récolte, car c’est le moment à présent, alors que les derniers jours des récoltes d’été ont pris fin, de planter à nouveau. Le Midrach avance une explication qui combine ces deux idées. « Ce mois est celui au cours duquel a eu lieu le Déluge. C’est au cours de ce mois que la pluie recommence à tomber, ainsi qu’il en a été décrété. C’est une période de destruction comme le monde n’en a jamais vu et, en même temps, c’est une période de renaissance, de flétrissement et de renouvellement. »
Le Déluge débuta le 17 de ce mois. Il est intéressant de remarquer que la valeur numérique du mot Tov (bien) est 17. Il existe de nombreux mots qu’une personne, quelle que soit sa sensibilité, choisirait pour décrire l’horreur d’une destruction presque absolue. Tov n’est pas le premier mot qui viendrait à l’esprit, c’est pourquoi il nous faut, à ce stade de notre exposé, nous arrêter un instant pour définir ce que l’on entend par « bien. »
Maimonide nous enseigne que les significations multiples que revêt le mot « bien » portent à confusion, non seulement sur le plan littéraire, mais également sur le plan philosophique. « Bien » peut signifier « efficace » comme dans « Ma nouvelle machine à laver est vraiment très bien. Les vêtements en sortent comme neufs. » Cela peut aussi vouloir dire bien esthétiquement parlant, beau : « Il n’a jamais eu l’air aussi bien que le jour où il s’est marié. » Ce mot peut également signifier « refléter la lumière de D-ieu » comme dans « Il était un homme bien. »
La désolation à laquelle Noé fut confronté est souvent interprétée à tort comme étant pour le « bien » dans le premier sens du terme. Le monde a mal tourné et cela ne valait tout simplement pas la peine de permettre aux êtres humains qui furent créés pour laisser l’empreinte de D-ieu partout où ils posent le pied, de souiller le monde et eux-mêmes plus longtemps. En dépit de son exactitude, cette affirmation ne nous donne guère plus qu’un regard plutôt rigide, en noir et blanc, une présentation en deux dimensions d’une tragédie à côté de laquelle la Shoah paraîtrait presque insignifiante.
Une autre vision erronée consiste à examiner la question sur le plan esthétique. Les gens vivaient à cette époque une existence horrible. La cruauté, l’immoralité, l’exploitation sexuelle sont incontestablement abominables. Nous avons tendance à associer la violence avec la laideur parce que la beauté et l’harmonie sont les expressions matérielles de l’équilibre et de la vérité et que leurs contraires nous révulsent. D’un point de vue historique, nous avons une fâcheuse tendance à laisser se dérouler n’importe quoi du moment que nous n’avons pas à en être témoin. Les quartiers des esclaves n’attiraient pas vraiment les regards des invités lorsqu’ils flânaient le long de la route menant aux anciennes demeures qui étaient au centre de la vie sociale dans les états du sud américains. A suivre…
Source: www.lamed.fr.
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Si le lien entre la parachath Noah et la haftara qui lui est associée n’est constitué, en apparence, que par le verset : « Car ceci M’est comme les eaux de Noé, lorsque Je jurai que les eaux de Noé ne passeraient plus sur la terre : ainsi J’ai juré que Je ne serais plus courroucé contre toi, et que Je ne te tancerais plus » (Isaïe 54, 9), ce rapport est en réalité beaucoup plus profond. La paracha nous apprend successivement la colère de Hachem contre le genre humain à la suite de ses perversions, la punition qu’Il lui a infligée en envoyant le déluge, et sa réconciliation symbolisée par l’alliance de l’arc-en-ciel ( Berèchith 9, 13 et suivants). De la même façon, la haftara nous rappelle que « pendant un petit moment Hachem a abandonné Israël, mais qu’avec de grandes compassions Il le rassemblera » (54, 7). Le prophète nous fait ainsi passer de l’image de désolation et d’abandon que représente la « femme stérile qui n’as point enfanté » (54, 1), à celle de son acceptation à tout jamais : « Elargis l’emplacement de ta tente, qu’on déploie les tentures de ta demeure, n’y épargne rien? » (54, 2). Peut-être existe-t-il un autre rapport entre la parachath Noah et la haftara : Le verset, dans l’adjonction propre au rite achkenaze, où le prophète promet à Israël qu’il sera établi « en justice » (« bitsdaqa » ; 54, 14) fait comme un écho à celui qui présente Noé comme un « homme juste » (« ich tsaddiq » ; Berèchith 6, 9). JACQUES KOHN zal’ |
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