En dépit de l’accord de réconciliation, Erdogan permet aux responsables du gouvernement du Hamas (la branche politique) de continuer à opérer depuis la Turquie.

Les ambitions d’Erdogan, de devenir une sorte de sultan du 21ème siècle et de gouverner le monde musulman sunnite modéré, n’ont pas diminué. Même après la tentative de coup d’Etat contre lui en juillet, il se considère toujours comme le patron des Frères musulmans, dont le Hamas est la filiale palestinienne. C’est aussi ce qui envenime ses relations avec l’Egypte et le gouvernement d’Abdul Fattah al-Sisi.

Dans les négociations qui ont mené à l’accord de réconciliation, les représentants israéliens ont insisté pour que leur requête sur l’exil de la branche militaire du Hamas de Turquie, soit prise en compte. C’était une condition sur laquelle l’ensemble des renseignements israéliens – le Shin Bet (l’Agence de sécurité israélienne), les FDI et le Mossad – était catégoriquement d’accord.

La Turquie a tout d’abord refusé de souscrire à cette  demande. Ankara a affirmé qu’elle n’était pas d’accord sur le distinguo fait par Israël, entre les branches militaires et politiques du Hamas. De l’avis de la Turquie, le Hamas est une organisation, dont la lutte contre l’occupation israélienne est justifiée, et qu’ils ne considèrent pas comme une organisation terroriste. Les Turcs ont ensuite adouci leur position, et ont accepté d’exiler Salah al-Arouri, le commandant de la délégation des Brigades Kassam en Turquie.

Arouri, qui est de la région d’Hébron, était l’un des hauts responsables de l’escadre militaire du Hamas en Cisjordanie. Il a été arrêté par le Shin Bet et a purgé deux peines dans des prisons israéliennes pour avoir participé au terrorisme. Il a été expulsé vers la Jordanie, qui a refusé de l’accueillir, et de là déplacé en Syrie. Avec le début de la guerre civile en Syrie et la fermeture du quartier général du Hamas à Damas, il s’est installé en Turquie. Il y établit un quartier général qui recrutait des terroristes en Jordanie et en Cisjordanie, et collectait des fonds pour des armes. Arouri a également donné l’ordre à ses agents en Cisjordanie d’enlever des Israéliens. Suite à son mot d’ordre, trois étudiants de yeshiva ont été kidnappés et assassinés dans le Goush Etzion en juin 2014. Le meurtre a été le catalyseur qui a mené à la troisième guerre de Gaza au cours de l’été 2014 (Operation Protective Edge).

Arouri a continué à monter des opérations terroristes contre les habitants des implantations et les soldats de Tsahal en Cisjordanie et à l’intérieur de la Ligne verte et, selon le Shin Bet, également contre l’Autorité palestinienne, pour provoquer sa chute. Le Shin Bet a découvert le réseau d’Arouri il y a plus d’un an, et procédé à l’arrestation de la plupart de ses membres et confisqué leurs armes et leurs matériaux explosifs. Puis Yoram Cohen, le chef du Shin Bet, a rencontré le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, et lui a donné des informations sur ce que le Shin Bet appelait le «complot coupable» du Hamas.

De Turquie, Arouri est allé au Qatar, qui est aussi une base du Hamas. Depuis qu’il a quitté Damas dans le sillage de la guerre civile syrienne, le Qatar a accueilli Khaled Meshaal, chef du bureau politique du Hamas.

Le refuge que le Qatar accorde au Hamas et ses liens avec l’organisation, n’empêchent pas Israël d’avoir différents niveaux de liens avec l’Etat du Golfe. Le Qatar est le principal bailleur de fonds de la reconstruction de Gaza, ce qui est manifestement de l’intérêt des israéliens, comme l’a déclaré la semaine dernière le ministre de la Défense, Avigdor Lieberman.

En Israël, on espère également que le Qatar, grâce à ses liens et à son influence, aidera à la formulation d’un accord d’échange par lequel les corps des soldats de T5sahal, Oron Shaul et Hadar Goldin seront rendus à Israël, ainsi que trois citoyens israéliens qui ont disparu à Gaza. Toutefois, à ce stade, en raison de l’écart énorme dans les positions des deux parties, un tel accord n’est pas à l’horizon.

Israël a souhaité que la Turquie contribue à la médiation de l’accord, cependant, il est actuellement à peine impliqué dans la question, malgré les demandes de personnalités israéliennes, y compris le représentant du Premier ministre aux négociations sur les prisonniers de guerre et personnes disparues, Lior Lotan, Sur le Hamas.

La Turquie a également accordé une aide humanitaire limitée à la population de Gaza, malgré une rhétorique enflammée d’Erdogan sur la question, qui avait l’habitude d’accuser Israël de « crimes de guerre » avant l’accord de réconciliation. Les aides directes accordées par la Turquie se sont élevées à quelques milliers de tonnes de médicaments, de vivres, de jouets et autres produits, qui ont été chargées sur deux navires, déchargés au port d’Ashdod et transportés par camion vers Gaza. Le total de l’aide humanitaire de la Turquie représente environ la moitié de la valeur des biens qu’Israël transporte à Gaza chaque jour (environ 400 camions).

Même avant que l’accord de réconciliation soit signé, mon collègue Alex Fishman, du Yediot Aharonot, a estimé que la Turquie n’avait aucune intention d’expulser les terroristes militaires du Hamas de son territoire. En effet, selon les informations de la défense, le quartier général établi par Arouri en Turquie fonctionne comme d’habitude, dont il est le chef commandant unique, qui continue à recevoir des ordres d’Arouri au Qatar. Les membres des miliciens continuent leurs déplacements à l’intérieur et à l’extérieur de la Turquie comme ils le font depuis toujours et planifient des attaques terroristes contre Israël.

Israël s’est déjà plaint à maintes reprises que cette clause de l’accord n’est pas mise en œuvre, mais le gouvernement d’Erdogan, dans l’ondes de choc de la tentative de coup d’État, est toujours obsédé par la traque de ses ennemis réels et imaginaires, harcèle les médias et sa politique d’oppression qui nuit à la démocratie turque, a ignoré les demandes d’Israël.

Malgré la colère des milieux de la défense et des renseignements israéliens, le gouvernement n’a pas l’intention de rejeter l’accord. Israël accepte donc les violations turques de l’accord. Même Lieberman, qui s’est opposé à l’accord depuis le début des négociations, bien longtemps avant de devenir ministre de la Défense, est parmi les rares qui ne se sont pas trompés en pensant que la Turquie ne s’acquitterait pas de ses obligations, sait qu’il n’y a pas grand-chose à y faire. La marge de manœuvre d’Israël est extrêmement limitée. L’état hébreu peut tancer la Turquie qui rompt l’accord de réconciliation ou peut simplement accepter la situation et attendre une occasion future où il sera peut-être possible de convaincre le gouvernement d’Erdogan de fermer le siège du Hamas.

Israël a un intérêt particulier à une normalisation des relations avec la Turquie et espère surtout signer avec Ankara un accord pour vendre le gaz naturel provenance de la nappe de Leviathan, aux Turcs. Le ministre de l’Energie, Yuval Steinitz (Likoud) s’est rendu récemment en Turquie, pour rencontrer son homologue, qui est également le gendre d’Erdogan.

Israël espère également qu’en dépit de la «réconciliation froide», il sera toujours possible de réchauffer les relations entre les pays et améliorer la coopération sécuritaire. Les chances pour y parvenir sont minces, mais vu la volatilité de la situation au Moyen-Orient, on ne peut jamais savoir. Alors, peut-être qu’une fenêtre d’opportunité apparaîtra qui permettra à la Turquie de se « réformer ».

Cela pourrait se produire si la Turquie devait faire face à un nouveau conflit plus puissant avec l’Iran en raison de l’implication de son armée en Irak, en particulier dans la bataille de Mossoul. Il y existe déjà une grande tension entre Ankara et Téhéran. Le gouvernement irakien demande à l’armée turque de sortir de son territoire, un geste qu’Erdogan semble hésiter à faire à ce stade des opérations.

Sous prétexte de combattre Daesh, l’armée turque a envahi le territoire irakien pour empêcher l’établissement d’un Etat kurde indépendant dans le nord du pays et briser le corridor terrestre que l’Iran cherche à établir depuis son propre territoire, via l’Irak et la Syrie au Liban. Si un tel couloir a été établi, il pourrait être appelé la route Pan-Shi’te. Corridor chiite

Si en effet Jérusalem et Ankara se rapprochent de plus en plus de ces évolutions, on peut supposer que, comme par le passé, celui qui mènera les pourparlers sera le chef du Mossad, Yossi Cohen, qui était également partenaire des pourparlers de la réconciliation. En sa qualité de chef du Conseil de sécurité national. Il a été rapporté précédemment que les anciens chefs du Mossad, Meir Dagan et Tamir Pardo, comme leurs prédécesseurs depuis les jours d’Isser Harel dans les années 1950, a rencontré les chefs des renseignements turcs. Dans un cas pareil, une réunion entre Cohen et son homologue turc Hakan Fidan serait également probable. Peut-être que Cohen pourra convaincre Fidan de fermer le quartier général du Hamas en Turquie et d’user de son influence pour mettre en œuvre un accord sur l’échange des corps des soldats et les civils disparus avec le Hamas.

Malgré la colère en Israël, en particulier dans les milieux de la défense et du renseignement, le gouvernement n’a pas l’intention de rejeter l’accord.

Le 15 novembre, à la suite de multiples retards, le comité des nominations du ministère des Affaires étrangères devrait choisir le nouvel ambassadeur d’Israël en Turquie. Parmi les principaux candidats au poste figurent le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Emmanuel Nahshon, qui a servi auparavant en Turquie; Le chargé d’affaires de l’ambassade à Ankara, Amira Oron; l’Ambassadeur en Grèce, Irit Ben Aba; Et le conseiller politique de l’ambassade d’Israël à Londres, Eitan Naveh. Cependant, personne ne serait choqué si le Premier ministre Benjamin Netanyahou, qui sert également de ministre des Affaires étrangères, décidait de nommer à ce poste quelqu’un de proche de lui, en raison de l’importance qu’il accorde aux relations avec la Turquie.

Aussitôt qu’Israël annoncera la nomination de l’ambassadeur et qu’il sera envoyé à Ankara, la Turquie fera de même. Les médias turcs ont rapporté que Kamel Okam, un diplomate qui est un confident très proche d’un conseiller important du président Recep Tayyip Erdogan, est le principal candidat susceptible d’être nommé à l’ambassade à Tel-Aviv.

La décision de relancer les relations diplomatiques avec la Turquie, et de rouvrir les ambassades, a été prise il y a plus de quatre mois, dans le cadre de l’accord de réconciliation, signé entre les deux nations, qui avaient rappelé leurs ambassadeurs après l’incident de la flottille du Mavi Marmara, en mai dernier. Au printemps, en pleine négociations, qui semblaient interminables aux deux parties, ils étaient tous pressés mettre fin à cette période sombre de leurs relations et à tourner la page. Pourtant maintenant il semblerait que la tendance à la lenteur soit à nouveau de mise.

De même que les relations avec l’Égypte sont qualifiées de «paix froide», ce qui se passe avec la Turquie ressemble de plus en plus à une «réconciliation froide». Presque toutes les clauses de l’accord se sont révélées problématiques. Israël a transféré quelque 21 millions de dollars au gouvernement turc et Ankara est censé établir un fonds spécial pour distribuer l’argent comme il l’entend aux familles des dix Turcs, tués à bord du Mavi Marmara, et au reste des blessés dans l’incident.

En échange, la Turquie a accepté d’adopter une loi au Parlement interdisant les poursuites contre des hauts fonctionnaires et officiers de Tsahal qui ont participé à la planification et à l’exécution du raid sur la flottille. Ces dernières années, les tribunaux turcs ont intenté des poursuites judiciaires contre les familles des personnes tuées et l’organisation caritative IHH, qui avait organisé et mené la flottille et qui, selon des rapports de renseignements américains et israéliens, fournir un soutien aux organisations terroristes, telles qu’Al-Qaida et le Hamas. Les poursuites comprenaient des demandes d’arrestation de l’ancien chef d’état-major de l’armée israélienne, Gabi Ashkenazi, de l’ancien chef du renseignement militaire Amos Yadlin et de l’ancien commandant de la marine Eliezer Marom.

La loi a été adoptée par le parlement turc, cependant, ces dernières semaines, il semble que les choses se compliquent. L’IHH et certaines familles des victimes ont annoncé qu’elles ne s’intéressaient pas à l’argent «sale» d’Israël, mais à la justice. Une requête a été adressée à la cour contre la loi, et leurs arguments seront entendus le mois prochain.

JPOST traduction JForum

3 Commentaires

  1. Encore une pression américaine sous Obama qui n’aurait pas du être réalisée!!!!!!!!!!!!!!!! C’était prévisible mais Israël peut revenir en arrière et interrompre ces couteaux dans le dos , encore une fois, si prévisibles!!!!!!!!!!!!!
    Mais pourquoi l’Occident donne tant d’importance à un pays comme la Turquie d’aujourd’hui qui sévit à la façon nazie, des années 30. L’ambassade Israélienne doit s’en aller aussi vite que possible car on ne sait de quoi sont capables les adeptes ‘Erdogan qui fera semblant de ne rien voir!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! La « stratégie absolue » de cette Turquie fait ce qu’elle veut pour le futur califat et elle ne fait rien pour aider, malgré les mannes d’argent, l’Occident du fait de son emplacement!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! L’Occident doit se réveiller et voir où peut résider les vraies valeurs….. du côté d’Israël évidemment.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.