En temps de Covid-19, comment gérer son hypersensibilité

En pleine pandémie, les très nombreuses personnes hypersensibles ont besoin d’être prises en considération. Entrepreneure et coach, Sophie Clergue, hypersensible elle-même et spécialiste du sujet, explique pourquoi.

Trop peu nombreuses sont les recherches sur l'hypersensibilité. Pourtant, les personnes hypersensibles ne manquent pas dans le monde.ALEKSEI MOROZOV VIA GETTY IMAGES/ISTOCKPHOTO Trop peu nombreuses sont les recherches sur l’hypersensibilité. Pourtant, les personnes hypersensibles ne manquent pas dans le monde.

PSYCHOLOGIE – On dit de l’hypersensibilité qu’elle concernerait 20% de la population mondiale. Et pourtant, voilà un phénomène qui suscite encore bien des préjugés et amalgames, quand il n’est tout simplement pas synonyme d’incompréhension. Une réalité d’autant plus déplorable dans un contexte de pandémie anxiogène, qui ne fait qu’exacerber les expériences négatives des personnes hypersensibles.

Cela, l’entrepreneure, anthropologue et coach Sophie Clergue l’a bien observé. C’est d’ailleurs pour répondre aux interrogations et besoins – d’aide, d’écoute – des hypersensibles que la spécialiste, hypersensible elle-même et exploratrice du sujet depuis des années déjà, a fondé un club sur le réseau Clubhouse: le bien nommé Club des Hypersensibles. Deux semaines seulement après sa création, on dénombrait déjà 2600 membres. S’y retrouvent les principaux concerné·e·s pour participer à des conférences, picorer des informations, échanger.

Idéal pour mieux appréhender le terme d’hypersensibilité, et surtout, mieux le comprendre. Sophie Clergue nous dit tout sur ce phénomène émotionnel et sensoriel, sa réalité, sa complexité, mais aussi… ses vertus.

Terrafemina: En quoi consiste ce “Club des Hypersensibles”?

Sophie Clergue: Ce club virtuel a été créé en mars dernier. Cela faisait déjà un an que je partageais toutes mes recherches sur le sujet de l’hypersensibilité en public, et l’arrivée de l’application de réseautage Clubhouse m’a semblé idéale pour fédérer tous les hypersensibles qui pouvaient passer sur ma route. Quand on se sent liée à une certaine communauté, on a forcément envie de s’entraider.

D’où l’utilité de ce “Club des Hypersensibles”, auquel les gens peuvent s’inscrire, et au sein duquel ils peuvent communiquer ensemble durant des conférences audio, ou dialoguer en mode table ronde, pour poser des questions et partager leurs expériences personnelles. On est déjà 3350 personnes dans ce Club.

Je participe et gère également le groupe Facebook privé Les leaders empathiques, où nous sommes davantage dans des thématiques de coaching et d’entrepreneuriat: comment gérer son hypersensibilité quand on est entrepreneur·e, sublimer ses difficultés pour en faire une véritable force, par exemple.

Comment définir l’hypersensibilité au juste?

L’hypersensibilité n’est ni une maladie, ni un trouble reconnu psychiatriquement ou par la science, car il ne fait pas montre de caractéristiques suffisamment “distinguantes” pour le considérer comme tel. Néanmoins, parmi les personnes hypersensibles, on observe certains traits communs. C’est-à-dire, la capacité globale à avoir plus de capteurs que la moyenne des gens sur certains domaines.

Le domaine sensoriel déjà, comme du côté du toucher (de l’étiquette d’un vêtement, de collants en laine, le contact avec une peau non rasée…), de l’ouïe (à mettre en lien avec l’hyperacousie, ce trouble de l’audition qui rend le contact aux sons insupportable), de l’odorat (le fait de ressentir plus sensiblement que la moyenne certaines odeurs pourtant lointaines) et la vue – par exemple, l’impossibilité physique d’allumer la lumière une fois réveillée sans s’aveugler, le fait de devoir attendre pour le faire.

Mais le domaine est également intellectuel. Les personnes hypersensibles peuvent éprouver un foisonnement de pensées, une manière de réfléchir beaucoup plus vaste, et pour ainsi dire une appréhension plus globale, et moins séquencée, d’une situation donnée. Enfin, il y a le domaine émotionnel. Une hypersensibilité émotionnelle indissociable de l’empathie, en partie parce qu’elle implique un ressenti beaucoup plus fort des émotions d’autrui – comme si on se mettait réellement à la place de la personne concernée.

Dans le cas général de l’hypersensibilité, le cerveau prend un phénomène et le suramplifie, tant et si bien que ce phénomène prend toute la place au sein de la gestion cérébrale, pouvant par là même provoquer une saturation émotionnelle, sensorielle, une surcharge d’informations… Ce qui peut donc impliquer des difficultés dans la vie quotidienne, difficultés au niveau du bien être personnel, de la communication avec les autres également.

Quels sont les autres effets “néfastes” de l’hypersensibilité?

De par ce qui a pu être défini, on devine que cette hypersensibilité provoque volontiers une impression de trop-plein émotionnel, et donc de l’anxiété, du stress (le premier phénomène éprouvé généralement), éventuellement, des troubles digestifs (puisqu’un épuisement du système immunitaire), des problèmes de sommeil, des crises d’angoisse et de panique, ou encore, de l’agoraphobie, de la claustrophobie…

Sans oublier les risques de burn out, la sursensibilité pouvant provoquer un véritable surmenage. Toutes ces incidences potentielles varient selon les individus, et également selon la capacité de la personne concernée à bien gérer les informations, émotions et sensations qu’elle reçoit, à les maîtriser. Ce qui est évidemment compliqué dans une société qui ne vous apprend pas à le faire, quand vous partie d’une minorité concernée.

Justement, que recommanderiez-vous pour y faire face?

Cela fait 20 ans que j’imagine de nombreuses techniques. Comme avoir une chambre à soi, pour se ressourcer. Attribuer aux enfants hypersensibles – qui peuvent être épuisés, ou nerveux, ne serait-ce que par le bruit concentré dans un self de cantine – une pause, à prendre dans la journée, le midi par exemple.

Ne pas négliger l’apport d’une activité artistique également, car cette initiative permet à la personne concernée de se concentrer sur des gestes en particulier, une création, et donc de se canaliser. Cela peut être un bon moyen de se ressourcer. Ce qui est tout aussi important dans le milieu de l’entreprise. Pour les personnes hypersensibles, ce type de “pauses” du système nerveux est très bénéfique.

L’empathie est-elle centrale chez les hypersensibles?

L’empathie, c’est ressentir ce que les autres ressentent, et ne pas simplement tenter de se projeter en eux. Ainsi, les empathiques ont tendance à éprouver ce que les autres éprouvent. Cela s’observe effectivement beaucoup chez les personnes hypersensibles.

D’un autre côté, certain·e·s hypersensibles sont aussi capables de se couper du monde. Enfants, elles et ils ont peut-être pu si mal vivre leur différence qu’ils ont finalement appris à s’isoler, comme dans une bulle, ce qui peut les faire apparaître comme plus durs, et non forcément plus empathiques en apparence.

Lire la suite sur:

Clément Arbrun, Terrafemina 18/04/2021 00:50

https://www.huffingtonpost.fr/entry/en-temps-de-covid-19-comment-gerer-son-hypersensibilite_fr_60785d3fe4b089e3a2c858fa

 

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.