Fakhrizadeh: commando de choc, voitures piégées et armes télécommandées 

Trois théories, et nous ne saurons jamais vraiment la vérité.

Les serviteurs du sanctuaire sacré de l'Imam Reza portent le cercueil du scientifique nucléaire iranien Mohsen Fakhrizadeh, à Mashhad, Iran, le 29 novembre 2020 (crédit photo: MASSOUD NOZARI / WANA VIA REUTERS)
Les serviteurs du sanctuaire sacré de l’imam Reza portent le cercueil du scientifique nucléaire iranien Mohsen Fakhrizadeh, à Mashhad, Iran, le 29 novembre 2020. (crédit photo: MASSOUD NOZARI / WANA VIA REUTERS)

Des armes télécommandées ont tué un scientifique nucléaire iranien, le principal chef du programme nucléaire Mohsen Fakhrizadeh, selon les comptes-rendus iraniens. Mais, un autre récit le dit différemment : une poignée d’exécuteurs l’ont fait. Pourtant, une troisième explication est que douze hommes sont venus avec plusieurs véhicules, en utilisant l’un  d’eux pour faire sauter et bloquer le convoi de sécurité qui protégeait la cible de grande valeur.

Les récits rivaux sur le meurtre de l’homme qui était au sommet du complexe nucléaire industriel iranien conviennent à celui qui était, de toute façon, connu pour être sous les projecteurs. Depuis les années 2000, il était connu des États-Unis, sanctionné puis mis en évidence par l’agence de l’AIEA à l’ONU en 2011, avant d’être nommé dans un discours du Premier ministre Benjamin Netanyahu. On ne peut pas être plus connu en Iran que ça. L’ONU, les États-Unis et les Israéliens vous ont tous mentionné. Vous pouvez prendre votre retraite ou voyager en toute sécurité, mais vous êtes sur la liste des personnes recherchées. Donc, M. Fakhrizadeh le savait et ceux qui l’entouraient le savaient. Ils savaient que des collègues tels que le chef de la Force Qods du CGRI, Qasem Soleimani, avaient eu une rencontre meurtrière avec un missile américain après s’être rendu à Bagdad en janvier 2020. D’un autre côté, l’Iran savait également que des tentatives d’assassinats avaient été annulées au dernier moment, par le passé, pour des cibles de grande valeur. Ils avaient autre chose. Quelques jours auparavant, le 14 novembre, le monde avait appris que le numéro deux d’Al-Qaïda avait été tué à Téhéran. Combien d’équipes de liquidateurs peuvent éventuellement opérer à Téhéran? Cette élimination décapitant le mouvement terroriste mondial a attiré l’attention internationale. Elle a été réalisée en août. Des rapports étrangers ont affirmé qu’Israël l’avait fait en coopération avec les États-Unis.
Ainsi, l’histoire de Fars News sur les détails exacts de la mort de Fakhrizadeh donne un peu trop d’informations. Il rentrait chez lui avec sa femme. Un beau vendredi après-midi. Son convoi était composé de  trois voitures. Ils roulaient près d’Absard versune jolie maison pour le week-end. Les voitures ont ralenti pour une raison quelconque, peut-être un contrôle de sécurité. L’une a continué et la voiture de Fakhrizadeh a heurté quelque chose. Il est sorti et là un camion Nissan avec une arme télécommandée à l’arrière, un peu comme le film de 1997 The Jackal, a commencé à tirer à tout-va. [version saugrenue, en termes de sécurité, puisqu’il disposait de gardes du corps pour aller humer si l’air était plus frais dehors]
Plusieurs balles ont touché Fakhrizadeh. Alors qu’il gisait blessé et mourant, le camion a explosé, également à distance. A peine trois minutes s’étaient écoulées. Cela aurait duré une vie pour ses gardes dans les deux autres voitures et sa femme. Il était mort.
Iran’s Judiciary Chief Ayatollah Ebrahim Raisi pays his respect to the body of slain scientist Mohsen Fakhrizadeh among his family, in Tehran, Iran, Saturday, Nov. 28, 2020. Iranian officials have blamed Israel for the killing of Fakhrizadeh who led Tehran’s disbanded military nuclear program. (Mizan News Agency via AP)
Une deuxième version, mise en ligne sous le nom d’Abu Ali, prétend présenter une autre version de sources iraniennes. Dans cette estimation, le commando de choc comprenait 12 personnes. Ils avaient une formation militaire équivalente à celle des forces spéciales en dehors de l’Iran. Plus de 50 personnes ont soutenu leur opération, peut-être en équipant des drones ou des satellites, ou en conduisant un soutien logistique ou en déplaçant des armes. L’élimination finale impliquait une jeep Hyundai Santa Fe, un pick-up Nissan et quatre motos.
L’équipe d’assaut a utilisé une jeep Hyundai Santa Fe, une camionnette Nissan (qui était piégée – AA) et 4 motos. Le Hyundai Santa Fe peut en fait être loué à Téhéran  pour un coût supplémentaire d’environ 28 euros et on peut le rendre à l’aéroport Imam Khomeini. Un chauffeur de service coûte 10 euros supplémentaires. Dans le cas d’une liquidation par des professionnels, il faut absolument obtenir une couverture complète, des complicités et une protection personnelle. La franchise est de 900 euros supplémentaires dans ce cas.
Selon ces sources, l’histoire est que le chef nucléaire iranien était en route pour se rendre dans un village privé. L’équipe d’intervention a coupé le courant dans la zone et a attendu l’arrivée du convoi. Ils ont déployé deux tireurs d’élite et quatre membres de l’équipe avec la jeep. Au passage du convoi, le premier véhicule de sécurité a continué. À ce moment, la Nissan a explosé pour arrêter le convoi. Ensuite, les membres de l’équipe d’exécuteurs ont lancé des coups de feu sur la voiture de Fakhrizadeh et le véhicule de sécurité. Le chef nucléaire a même été retiré et abattu à bout portant, pour s’assurer qu’il était mort. Les détails de sécurité du voyage étaient connus à l’avance via une sorte de cyber-hacking.
Certains détails de l’histoire semblent comparables. Dans les deux, le camion Nissan apparaît. Dans les deux cas, il explose. La différence est que dans un compte-rendu, un grand nombre d’autres véhicules et tireurs étaient présents. Est-il raisonnable de conclure qu’une élimination se ferait entièrement à distance avec un fusil monté sur un camion, comme dans un film? Il est clair que si l’on veut vraiment réussir, et ne pas subir le blocage de la carabine ou que le camion ne soit découvert à l’avance, c’est risqué. Pourquoi aller si loin pour trouver et éliminer une personne aussi importante et laisser au hasard qu’une sorte de signal puisse se bloquer et que le fusil fonctionne mal sans possibilité d’ajustement de dernière minute? D’un autre côté, quatre motos et deux véhicules supplémentaires circulant dans certaines parties de l’Iran pourraient être un peu voyants.
Ce qui est clair, c’est que comme tant d’éliminations ciblées restées dans les annales, tous les détails de l’opération ne seront peut-être jamais connus. Le fait qu’ils soient soudainement présentés dans un extrait, séquence par séquence, à peine 48 heures plus tard semble être un message adressé à Téhéran. Il s’agit de montrer à l’Iran à quel point c’était facile à faire. Cela signifie que les histoires et les détails ne sont jamais que des messages, pas nécessairement liés à la réalité de ce qui se serait vraiment passé. Cela alimente le sentiment de fiasco total du régime et la certitude acquise que ses membres les plus élevés dans la hiérarchie du régime sont vulnérables.

1 COMMENTAIRE

  1. Les iraniens souffrent des sanctions et ne veulent pas du nucléaire
    Il y a en Iran une organisation secrète formée d’intellectuels et militaires financés par les enfants de l’ex chah, L’UE et les États Unis pour stopper la folie suicidaire des Mollahs
    C’est le seul moyen de freiner la course au nucléaire car les révoltes sont stoppés par les gardiens.cette élimination favorisera le dialogue avec la future administration Biden

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