L’ambassadrice d’Israël en France, Aliza Bin-Noun, a répondu aux  questions d’un journaliste de La Provence

Il y a soixante-dix ans, la France et Israël établissaient des relations diplomatiques. À l’occasion de cet anniversaire, l’ambassadrice d’Israël en France, Aliza Bin-Noun, vient de se rendre à Marseille.

Le spectre de l’antisémitisme resurgit en France. Quelle est son origine, extrême droite, extrême gauche, islamiste ?


Aliza Bin-Noun :
Les trois. Les faits antisémites ont augmenté de 74 % en France. C’est pour cela que la France s’est engagée de manière plus forte contre cette tendance, notamment en renforçant la lutte sur les réseaux sociaux et en liant, comme l’a annoncé Emmanuel Macron en février lors de la soirée du Crif, antisionisme et antisémitisme. On peut critiquer la politique du gouvernement israélien, c’est le jeu démocratique, mais nier le droit d’Israël à exister est une forme d’antisémitisme.

Notre président a dit : “On ne peut pas aimer Israël et détester les juifs comme on ne peut pas aimer les juifs et détester Israël”. Les deux sont liés.

Combien de Français juifs, qui ne sentent plus en sécurité dans notre pays, ont fait le choix de s’établir en Israël ?


Aliza Bin-Noun : Après le pic de 2015, 7 000 juifs ont alors fait leur allyah, le chiffre des départs a diminué à 3 600 l’an dernier. Mais tous ne partent pas en Israël, certains Français juifs vont ailleurs… Pour la plupart des Français, leur nouvelle vie en Israël se passe bien, notamment grâce à la reconnaissance des diplômes, même si s’installer ailleurs n’est jamais facile.

Combien qualifieriez-vous les relations, aujourd’hui, entre la France et Israël ?


Aliza Bin-Noun : Nous avons de très bonnes relations, nous partageons les mêmes valeurs. La communauté juive française, la deuxième dans le monde, lie aussi nos deux pays. Il y a aussi beaucoup d’intérêts communs notamment en ce qui concerne les coopérations scientifique, technologique, économique et culturelle. Israël sert de modèle à la France en ce qui concerne notamment le développement des start-up. Nous sommes des pays amis même si parfois nous avons des points de vue différents, notamment, sur le sujet palestinien. Le président Macron devrait se rendre en Israël en janvier 2020 à l’occasion du 75e anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz.

Quelle est la vision que les Israéliens ont de Marseille ?


Aliza Bin-Noun :
Marseille est vue comme une belle ville où beaucoup d’Israéliens viennent en vacances. En général, il y a de bons échanges culturels entre Marseille qui, la première s’est jumelée avec Haïfa, et Israël.

Des législatives ont lieu le 9 avril en Israël. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu devrait conserver la majorité avec ses alliés. Ce gouvernement serait, comme l’actuel, le plus à droite depuis la naissance de l’État d’Israël. Comme expliquez-vous ce raidissement de la société israélienne ?


Aliza Bin-Noun : À causede la situation dans la région où l’existence même de notre pays reste contestée. En Syrie, la guerre civile a permis à l’Iran de se renforcer dans la région. Avec son dossier nucléaire, de missiles balistiques, ses avatars libanais, Hezbollah, ou palestinien, Hamas, et yéménites, l’Iran inquiète les Israéliens. Dans le Sinaï, Daech, est toujours actif malgré la bonne coopération que nous entretenons avec l’Égypte. Pour les Israéliens, leur pays reste menacé de destruction malgré les concessions territoriales (Sinaï, Sud-Liban, bande de Gaza) faites pour parvenir à la paix. Ce qui explique que la société est devenue plus à droite, notamment dans le sud du pays où les gens vivent sous la menace des roquettes palestiniennes. Les appels de Benjamin Netanyahu à son homologue palestinien Mahmoud Abbas, qui soutient les familles de terroristes, ont aussi été repoussés.

Il n’y a plus d’espoir de paix ?


Aliza Bin-Noun : Avec les accords d’Oslo, il y avait beaucoup d’espoir. Aujourd’hui, on est plutôt dans une gestion de conflit parce qu’Israël n’a pas de partenaire. À Gaza, il y a le Hamas, reconnu comme organisation terroriste par la France ; en Cisjordanie, l’Autorité palestinienne est menacée par le Hamas… Avec qui Israël peut-il discuter ? Le Hamas ne viendra jamais et l’Autorité palestinienne préfère les organisations internationales où elle obtient toujours une majorité contre Israël.

Les États-Unis ont reconnu Jérusalem comme capitale de l’État d’Israël et l’annexion du Golan. Le Brésil compte ouvrir des bureaux diplomatiques à Jérusalem… Ces trois événements ne risquent-ils pas de souder les Arabes, y compris les pays ayant signé des accords de paix, contre Israël ?


Aliza Bin-Noun : Dans les faits, ce n’est pas une situation nouvelle. Pour les pays arabes, ce qui compte, c’est la menace iranienne. C’est la raison pour laquelle on assiste à un rapprochement entre Israël et les pays du Golfe, entre l’Égypte et Israël face à Daech dans le Sinaï ou les Frères musulmans. Pour ces pays, l’Iran est une grande menace et leurs positions rejoignent celles d’Israël.

La guerre s’est achevée en Syrie : le régime de Bachar hostile à Israël reste en place, la Russie est de nouveau dans le jeu mais, surtout l’Iran est à vos portes…


Aliza Bin-Noun : Pour Israël, le plus grand problème est le renforcement de l’Iran en Syrie qui entend depuis là promouvoir son idéologie. La ligne rouge a été franchie, c’est pourquoi nous procédons à des frappes en Syrie. Nous ne pouvons pas laisser les Iraniens s’y renforcer. La menace pour notre sécurité est trop grande. Face à ces menaces nous coopérons aussi avec la France.

Frédéric Cheutin

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