La polémique sur le dernier film de Ferrara, Welcome to New-York, coproduit par Vincent Maraval et Brahim Chioua, se poursuit. Personne ne l’a encore vu, mais tout le monde en parle! D’emblée, sa promotion allie le parfum du scandale au processus non-maîtrisable de la rumeur. Deux principes qui, comme le succès, n’ont pas d’odeur, sinon, pour le monde juif, celui d’un air de « déjà-vu »!Mais la question posée est de savoir s’il fait tant le procès des frasques d’un certain homme politique déchu, ou de l’ambition pour le pouvoir et l’argent « mal gagné » par « Simone », celle qui tient le rôle d’Anne Sinclair, dans ce pastiche.

Ces derniers jours, un certain nombre de critiques sont venus à la rescousse de l’œuvre d’Abel Ferrara, mis en cause par Anne Sinclair, qui n’a pas l’intention de s’abaisser à le traîner en Justice. Pourtant, elle y voit clairement une atteinte à l’honneur de sa famille, qui est dépeinte par des allusions très nettes à la façon dont les Rosenberg-Schwartz-Sinclair auraient fait fortune durant la guerre. Selon le scénariste, ils auraient donc, bénéficié d’un traitement de faveur, allant à l’opposé du sort subi par la grande majorité de la communauté juive d’Europe, dans la période de la Shoah.

« Sinclair » est, d’abord, le nom de résistant du père de la petite Anne, dont les deux parents se sont engagés dans la résistance, à l’époque où beaucoup se cachaient, et pour cause.

Dans une des tirades prêtées à celui qui incarne « DSK », dans le film, celui-ci accuse : «  Parlons-en de l’argent de ta famille! Tout le monde sait d’où vient l’argent de ta famille! « , comme s’ils dissimulaient un horrible petit secret de collaboration avec l’occupant nazi. C’est bien connu, un Juif ne saurait faire fortune que durant les pires périodes de crise et surtout en roulant les autres, ses coreligionnaires Juifs entraînés vers une mort inéluctable, et les Non-Juifs!

C’est ainsi que le fait d’avoir courageusement combattu et survécu fait de vous un suspect potentiel et, pour le film de Ferrara, un(e) présumé(e) coupable et complice…

Ferrara prend donc le pied inverse de l’histoire réelle de cette famille, pour servir sa « fiction », sur fond d’images du vrai procès DSK. Qui n’en serait pas profondément blessé?

D’autre part, ce fameux DSK/Dévereau est plutôt dépeint comme un pantin au service des ambitions de la femme « affairiste », qui se serait vue « en haut de l’affiche », et qu’il déçoit en n’étant, finalement, pas à la hauteur de la soif de pouvoir de l’épouse bafouée. Finalement, si elle est tant bafouée, c’est parce qu’elle est, elle-même, la geôlière d’une prison dorée, au service de son propre égoïsme et de sa propre ambition, le sexe, ou la débauche, servant de mode d’expression d’une révolte contre ce « carcan ». En un mot : elle l’a bien cherché et qui la plaindrait?

Selon la morale branchée cul-béni de Ferrara, le sexe (pour l’homme) s’est Bien ou bénin, l’expression d’un certain panache d’ange déchu ; l’argent et le pouvoir (pour la femme), c’est Mal. Généralement, on associe facilement ces trois attributs de la réussite, sauf qu’ici, dans le premier cas, cela part sérieusement en « quenouille », faisant, finalement, dérailler le train d’enfer de la quête démiurgique de la partie riche mais malheureuse du couple…

Dans la réalité, même si Anne Sinclair a mis un bémol à sa propre carrière, pour laisser DSK prendre son envergure politique, elle a toujours affiché des réticences à s’envisager en « Première Dame » de France s’adonnant aux cocktails et autres servitudes du rôle.

Car, selon tout ce qu’on en lit, le film ne traite pas tant du jouisseur Dévereaux/DSK, qui affiche ainsi sa « liberté », qu’il ne fait le procès de sa femme, devenue tyranneau dirigeant le monde par l’entremise de son portefeuille :

« Une femme qui projette une ambition politique démesurée de domination du monde »>Article original sur un homme dont elle ne veut voir que les aptitudes évidentes à les incarner tout en scellant ses faiblesses. Et sans doute la première d’entre elles : il ne veut pas du costume qu’elle rêve pour lui. Lui, il veut baiser et baiser encore pensant que c’est sa liberté, tout en se doutant qu’il s’agit peut-être d’une aliénation » CF : Rodolphe Bosselut, Atlantico Article original.

Les ambitions de domination et de présidence seraient donc, d’abord et avant tout, celles de cette femme « indigne ». Et DSK, excusé, n’apparaît plus que comme un désaxé sexuel manipulé.

Celle-ci aurait, d’ailleurs, toujours su (selon le film) donner aux « bonnes œuvres » de la cause sioniste, comme si le scénario établissait une sorte de parallèle honteux, entre une soi-disant « collaboration » de cette famille (alors que la réalité des faits est à l’inverse de ce portrait bassement diffamateur) et le soutien à Israël.


Le panneau : pas de Justice, pas de paix : un rapport lointain avec le Proche-Orient?

Le propos de Ferrara est, en ce sens, à peu près cohérent et équivalent à la fameuse thèse de Mahmoud Abbas, passée en RDA, en 1984, où il soutient une « collaboration directe » entre les Nazis (ou ici, leurs collaborateurs présumés) et les Sionistes. Et pourtant, ce parallèle ne choque pas nos belles âmes de « Droite », qu’il s’agisse de Stéphane Haddad dans Riposte Laïque, ou Hervé Roubaix, sur Dreuz, ou encore Rodolphe Bosselut, sur Atlantico.

On ne voit pas, non plus, de peinture évidente de la « Gôche caviar » dans ce film, sinon cette affaire d’appartement à 50.000 $, loué à la va-vite, pour faire face aux enjeux du procès en cours, mais plutôt la critique d’une sorte de tyran féminin qui veut rendre cet homme conforme à l’image qu’elle s’est faite de lui.

Au bout du compte, s’il y a pastiche, ce n’est pas tant du libertin libidineux, qu’on excuse, comme une sorte de Casanova livré à sa pulsion, dans une quête (sans jeu de mots) délibérée pour échapper au carcan d’une épouse dévorée par l’avidité de pouvoir, à cause de « l’argent -prétendument- mal gagné de sa famille.

Ferrara, dans ce film, se paie le luxe (c’est le moment de le dire) de traîner dans la boue des résistants en les travestissant en collabos, d’en faire de solides alliés d’Israël, histoire de marcher sur la corde raide : Sionisme = Nazisme et, surtout, de bafouer dans sa fiction, une seconde fois, une femme déjà victime de l’attrait superficiel de celui qui est bien le véritable homme de pouvoir, dans cette affaire. Des deux, ce n’est pas Anne Sinclair qui a dirigé (certes, avec talent), le FMI ou l’économie française. De ce point de vue, même si l’argent des Sinclair est venu à sa rescousse, dans les moments difficiles où il fallait bien quelqu’un pour payer la caution ou les campagnes des primaires au PS, l’avocat d’affaires Strauss-Kahn s’est « fait tout seul », et n’a pas eu besoin qu’on lui impose le moindre « carcan », pour se dessiner une ambition présidentielle.

Qu’il ait glissé sur une peau de banane à New York ne fait pas de la rédactrice en chef d’Hufftington-France une sorte de Borgia plus responsable de ce qui lui est arrivée que l’inculpé de l’époque lui-même.

Le chœur des défenseurs du propos du film (qui peut même être assez réussi sur le plan de la narration, aux spectateurs de le dire) voit dans ce pastiche le « procès de la Gauche-Caviar », et, incidemment, le moyen de fustiger l’Hufftington Post comme insuffisamment « à droite » ou/et « sioniste ». Mais, que l’on sache, des défenseurs du Sionisme, tels Jacques Tarnero (auteur de « Le Nom de Trop ») y tiennent aussi une chronique régulière. Alors, lui aussi (et d’autres) serait un abominable « collabo » de « l’Islamo-gauchisme-bobo »?

D’une part, il est assez cocasse de voir tant de gens se réclamant du libéralisme (dans la tendance Guy Millère) avoir des comptes à régler avec l’argent, au point qu’il leur faudrait une légende de collaboration, pour mieux appuyer ce propos et avaler cette pilule amère.

Tout d’un coup, on sombre dans le même type de populisme des petits contre les puissants et qui vont s’en payer une tranche en mâtant un « bon film » sur la toile.

D’autre part, vient la critique des idéaux défendus par le clan Sinclair-DSK, dans la mouvance des années Mitterrand. Cela dit, on peut parfaitement être opposé à la gauche, caviar ou non, faussement populaire et attaquer ses inepties économiques, sans pour autant, avoir besoin du soupçon « d’argent sale » thésaurisé par les ou « certains » Juifs (si vous voyez ce que je veux dire, comme on le supputait dans les lettres de dénonciation …).

Sur le pari présidentiel DSK, nombre sont ceux qui voyaient en lui un « libéral de gauche » capable d’amener les réformes nécessaires qu’on se plaint tant de ne pas voir venir sous sa caricature François Hollande. Celui qui pouvait faire sortir la gauche de son autre « carcan », bien idéologique, celui-là et qui la fait tant « collaborer » avec l’extrême, de Taubira à Mélenchon en passant par les Verts, si proches des milieux islamistes.

Là, il y a malaise. Au nom d’une pseudo-droitisation à tout prix et de la condamnation des abus démagogiques de la gauche, qui ne parvient pas à un seul de ses objectifs-idéaux de la redistribution, ces chroniqueurs pro-Ferrara semblent verser dans les mêmes excès populistes que l’extrême-gauche, qui font les beaux jours des Protocoles des Sages de Sion : à savoir les associations classiques de la causalité diabolique, telle qu’on la rencontre depuis les débuts du procès des Juifs par l’Eglise : l’argent, le pouvoir, et la maîtresse-femme pour couronner le tout, en tant qu’héritière d’une fortune mal acquise, aux temps du Mal Absolu…

Mieux encore, ce film parvient à rendre acceptables ces associations de préjugés, somme toute, classiques, du seul fait de la protestation d’Anne Sinclair contre une utilisation faussée de son histoire personnelle. Selon le co-producteur Maraval, « l’Antisémitisme » serait devenu une « tarte à la crême », et pourquoi pas… un cache-sexe, alors qu’Anne Sinclair aurait, sans doute, tant à se reprocher, dans cette histoire…

A l’heure où on s’inquiète, à juste titre, de la montée de ce phénomène antisémite, on appréciera le profond dédain de Monsieur Maraval.

Bref, la véritable cible de ce film semble être le portrait qu’il dresse d’Anne Sinclair, journaliste honnête et fortunée, qui a traversé bien des péripéties de la Vè République, plutôt que ce dépravé aux prises avec ses fantasmes.

Incidemment, alors qu’elle refait sa vie et dirige un journal en ligne, toujours critiquable, en tant que tel, dans certaines de ses prises de positions, on a le droit de la considérer comme une adversaire politique, à condition de s’en tenir à la critique des idées qu’elle défend. On peut s’abstenir de la traîner une seconde fois, dans la boue, parce que c’est la seule explication populiste des dérives de Mr DSK qui passerait le mieux à l’écran…

Ces deux-là, il est vrai, avaient tous les atouts pour défrayer la chronique.

Si on ne peut prêter d’intention particulière à Abel Ferrara, c’est, dirons-nous, seul le résultat qui compte et quel sera t-il sur les esprits fragiles et particulièrement influençables, actuellement? Tous ces procédés sentent le rance et manquent singulièrement d’élégance…

Par Marc Brzustowski.

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meller1

ce film me fait penser aux juifs Suss Ce film est antisemite et degoutant Encore un qui veux ce faire du fric sur le dos de DSK et d Anne Sinclaire