Et ils ont réussi à faire la jonction avec les 2000 peshmergas qui défendaient les civils du haut de la montagne, avec 300 combattants YPG. Une belle et grande victoire pour démontrer au monde entier que Daesh n’est pas invincible. Mais passée l’euphorie de la victoire, l’annonce précipitée de la libération de la ville de Shingal, d’où sont originaires la plupart des victimes du 3 août, a relancé la polémique sur l’attitude des peshmergas lors de cette fameuse attaque qui s’est soldée par le massacre de quelque 7000 Yézidis ainsi que par l’enlèvement de 5000 femmes et enfants.

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Dans les médias, Fazil Mirani, le patron du PDK,le principal parti kurde, soutien du président Massoud Barzani, évoque “les critiques de ceux qui cherchaient des gains politiques avec la chute de Shingal”. Les YPG, qui ont sauvé 200.000 yézidis fin août en ouvrant un corridor humanitaire entre le mont Shingal et la Syrie font partie de ceux-là. A eux la gloire, aux peshmergas qui ont fui sous les sifflets la honte devant les caméras de journalistes kurdes de Rojava (Kurdistan de Syrie). La propagande YPG a passé sous silence qu’un quart des peshmergas, pourtant très mal équipés, avait désobéi aux ordres et était resté malgré tout pour défendre les rescapés. En retour, lorsque les peshmergas ont levé le siège du mont Shingal, le 17 décembre, l’état major s’est empressé de faire savoir que les Kurdes de la région autonome avaient agi seuls… alors que des combattants YPG ont profité de l’offensive pour libérer eux aussi quelques villages, le long de la frontière entre Rabbia et le mont Shingal. Bien sûr, ces derniers ont laissé entendre à travers leurs supporters sur les réseaux sociaux qu’ils avaient gagné seuls eux aussi la bataille stratégique du mont Shingal. Et les tenants de la division ont eu beau jeu ensuite d’appuyer là où ça fait mal: la rancune des Yézidis à l’égard de leurs frères kurdes musulmans. Surtout à l’annonce de la libération de la ville: “??? Vous vous foutez du monde ou quoi?? D’ou Shingal est libéré??? Elle vient d’ou cette info !!! RUDAW TV. La meme chaine qui disait que les fameux peshmergas ne se sont pas enfuit. C’est patétique” (citation reproduite avec l’orthographe d’origine).

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La promesse de Mirani de confier à l’avenir l’administration de Shingal aux yézidis et pas à des fonctionnaires du PDK? La manifestation d’une simple “crainte de ne pas être à la hauteur, comme ça a été le cas le 3 août”, ironise un lecteur de la page Facebook du Phénix kurde. Pour le maire yézidi de Tilkaif, interviewé à Duhok, “les peshmergas ont trahi Shingal”. Un autre Kurde, musulman celui-là, évoque sur Facebook l”absence de gratitude des yézidis”, qui ne le surprend pas… ce qui déclenche les foudres d’un troisième, yézidi bien sûr. Il est question des dizaines de génocides perpétrés contre les yézidis au cours de l’histoire, dont une bonne partie auraient été perpétrés par des Kurdes musulmans. Des Kurdes musulmans également accusés d’exercer des pressions afin de pousser les yézidis à se convertir à l’islam, des yézidis – souvent pas très riches – qui ont l’impression d’être traités comme des sous-citoyens, dans les faits comme par les institutions qui leur font une maigre place au Parlement du Kurdistan. Il est également question d’expéditions punitives de Kurdes musulmans contre les Kurdes yézidis, du fait que les Yézidis sont les seuls vrais kurdes en ayant toujours refusé l’assimilation, les seuls à prier en kurde aussi.

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Bref, pas de quoi réjouir le Phénix Kurde, qui prône l’unité de tous les Kurdes; ça en étonnera certains, mais tous les Kurdes musulmans que je connais admirent énormément les yézidis pour avoir sauvegardé les anciennes traditions. J’étais hébergée ces derniers jours chez des Kurdes musulmans de Duhok. Ils m’ont raconté que, lorsque les déplacés yézidis sont arrivés fin août, toutes les femmes du quartier ont fait la cuisine à tour de rôle pour eux. D’ailleurs, les yézidis interviewés dans les camps ont dit que les gens de Duhok avaient été “formidables” avec eux. Et voilà que dans un des commentaires sur Facebook, il est question d’une manif de Kurdes de Duhok qui ont “cassé” du Yézidi. Il y a sans doute des cons, mais sûrement très minoritaires. Et en se focalisant sur eux, les grincheux nourrissent les divisions.

Je suis désolée. Je n’ai aucune légitimité pour parler au nom des Kurdes. C’est juste que je suis triste pour les Kurdes qui méritent mieux que ces querelles stériles alors qu’ils ont tant de valeurs en commun, ne serait-ce que ce soleil qui éclaire leur chemin depuis des siècles et qui est au centre du drapeau kurde depuis 1920, période à laquelle ce drapeau fraîchement créé incarne la lutte pour l’indépendance kurde contre l’Empire ottoman. Avant d’être le drapeau du Kurdistan irakien, rappelons que ce drapeau fut celui de l’éphémère République de Mahabad, c’est-à-dire du Kurdistan iranien dont la révolte a été durement réprimée par le Chah d’Iran en 1946. Ce soleil au centre du drapeau kurde n’est pas un hasard. Il est le deuxième grand emblème des yézidis avec Malek Tawûs, l’archange symbolisé par un paon. Or, avant l’apparition de l’Islam au VIIe siècle, les Kurdes étaient yézidis, zoroastriens, juifs ou chrétiens. De tout temps, tous les Kurdes ont toujours été tournés vers la nature et le soleil, les 21 branches symbolisant aussi l’arrivée du printemps le 21 mars.

La colère, parfaitement compréhensible compte tenu des crimes horribles subis, n’est à l’évidence pas bonne conseillère. Si certains yézidis sont tentés de nier leur identité kurde, c’est en contradiction avec leurs racines. Conscient du problème, Fazil Mirani, le Premier secrétaire du PDK, a choisi de faire profil bas et de tendre la main. “Nos politiques seront plus ouvertes en ce qui concerne nos relations avec d’autres partis politiques kurdes, a-t-il déclaré après la libération d’une grande partie de Shingal. La plupart des Yézidis de Shingal croient que la principale raison de la chute de la ville, c’est que ses fonctionnaires n’étaient pas yézidis, et donc n’étaient pas désespérés ou concernés au point de défendre la ville. ”La (futur) administration et la sécurité de Shingal seront remises entre les mains des Yézidis,” a promis Mirani. «Des milliers de Yézidis ont rejoint les forces Peshmergas en tant que volontaires. Nous avons formé une brigade de Yézidis, ses membres se battent en première ligne en ce moment. Ils sont tous formés et ils peuvent protéger la sécurité des zones yézidies “, a ajouté Mirani. «Nous avons actuellement un millier de policiers formés qui peuvent être utilisés pour la protection des zones récemment libérées,” a-t-il conclu.

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Une façon aussi de contrecarrer l’influence politique grandissante des Kurdes YPG de Syrie qui, eux, n’ont pas fui le 3 août 2014 alors qu’ils n’étaient pas beaucoup plus armés que les peshmergas, et qui ainsi sont parvenus à sauver 200.000 yézidis réfugiés sur le mont Shingal. Dans ce contexte, le YPG – hostile comme le PKK à la politique de rapprochement du KRG (la région autonome du Kurdistan irakien) avec la Turquie – a beau jeu d’instrumentaliser la rancoeur des yézidis qui se sont sentis abandonnés par leurs frères kurdes d’Irak, en août. Il faut sans doute voir dans ces tensions le souvenir d’affrontements sanglants entre PKK – guérilla d’inspiration marxiste-léniniste à ses débuts – et peshmergas à l’aube des années 90, affrontements qui ont causé la morts de Kurdes civils innocents dans la région de Barwari tandis que des PKK étaient faits prisonniers et expulsés vers la Turquie.

Seulement aujourd’hui, les Kurdes combattent le même ennemi, quelle que soit leur philosophie politique. Si les flèches contre les peshmergas venaient des Turcs ou des Arabes, l’hostilité à leur égard pourrait se comprendre. Mais elles viennent des Kurdes eux-mêmes, qui combattent pourtant le même ennemi, ce qui est étonnant en temps de guerre où l’on pourrait penser que l’unité nationale doit primer.

Il se trouve que les Kurdes sont à un tournant de leur histoire. Jamais la communauté internationale a été autant sensibilisée à leur cause. Les Etats-Unis viennent de sortir le PDK et l’UPK, deux des trois principaux partis de la région autonome, de la liste des organisations terroristes. N’en déplaise à la Turquie, des hommes politiques, en Europe et aux Etats-Unis, font du lobbying pour que le PKK sorte aussi de cette liste. Car, de façon générale, les Kurdes sont les alliés de l’Occident contre Daesh et tous les promoteurs du fascisme vert. Leur culture est laïque, donc ouverte sur les minorités, même si les différentes religions auxquelles ils adhèrent sont profondément ancrées dans leurs traditions. Mais les Kurdes sont aussi leurs principaux ennemis. Une guerre idéologique a succédé aux anciennes guerres tribales. Comment pourront-ils prétendre être un jour autonomes, si ce n’est indépendants, s’ils ne sont pas capables de s’entendre entre eux? Tant qu’ils joueront à “Je suis plus Kurde que toi! Non, c’est nous les vrais Kurdes! Vous, vous êtes des traitres/ou des lâches!”… ils feront le jeu de leurs voisins arabes, turcs ou perses qui n’ont nulle envie de voir un Kurdistan indépendant grignoter une partie de leur territoire. Le Moyen-Orient a pourtant tout à gagner à ce qu’un grand Kurdistan voit le jour. Car il pourrait bien devenir l’élément pacificateur de cette région du monde, en créant une zone tampon entre les trois civilisations rivales qui bordent le Tigre et l’Euphrate. Un nouvel équilibre est à portée de main. Les Kurdes sont de grands combattants, mais sauront-ils faire l’unité et devenir de fins stratèges pour l’atteindre politiquement? La balle est dans leur camp.

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Des peshmergas et des YPG unis dans les faits et pas que dans les mots, ce serait déjà un bon début. / Photos Twitter.

[lephenixkurde.tumblr.comArticle original

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Huguenot17

« La Victoire a des milliers de pères et mères, la Défaite est orpheline »

Les vrais combattants qu’ils soient Yézidis ou peshmergas.
Ont autre choses a faire que de ce chicaner sur Facebook.

Sur le terrain, ce sont des kurdes qui ce battent pour leur survie.
Prions et aidons les de toutes les manières possible.