L’anti-« The Gatekeepers » : Le Festival de Sundance* a débuté par la projection du « Prince Vert », film sur ce fils d’Emir du Hamas, qui a espionné le mouvement islamiste pour Israël. « Le Prince Vert » est une histoire fascinante, exaltante et fondamentalement juteuse, sur l’espionnage, la persuasion et le cours des affaires globales qui font l’histoire.

PARK CITY, Utah — A l’épilogue du documentaire remarquable de Dror Moreh sur le Shin Bet : “ The Gatekeepers ”, mon plus cher désir était de m’enterrer la tête sous une épaisse couche de glace : il n’y aurait jamais la paix et Israël se trouvait engagé dans une course à l’autodestruction vers sa propre perte.

“Le Prince Vert” , le nouveau documentaire de Nadav Shirman (qui a réalisé : “Le Ciel de Champagne”), – qui a débuté sa première jeudi soir, lors du Festival du Film de Sundance, cette année- est une véritable rebuffade contre la négativité de ce genre de films. La paix et la sécurité sont à portée de main, à travers un lent processus de compréhension mutuelle, comme au temps du siècle des lumières et voici l’étude de cas qui le prouve.

Ne se contentant pas de n’être qu’un simple cri de ralliement politique, le « Prince Vert » est une histoire fascinante, exaltante et fondamentalement juteuse, sur l’espionnage, la persuasion et le cours des affaires globales, qui changent l’histoire. Les psychologues se pencheront sur son berceau durant des années pour en tirer tous les enseignements. L’hameçon : le fils aîné de l’un des fondateurs du Hamas a travaillé en tant qu’agent du Shin Bet pendant des années. Il n’avait, pourtant pas de colère particulière contre sa famille, pas plus de tendance suicidaire. Il l’a fait parce que… eh bien… justement, explorer pourquoi il a pu le faire est, précisément ce sur quoi porte ce film.

Ce film est tourné d’une manière précise, propre et nette – réalisation des entretiens en tête-à-tête, mixée avec des séquences distrayantes et quelques bons morceaux choisis à partir de sources vidéo… Cela semble, à première vue, comme si cela allait être un patchwork de discussions à bâton rompu.


The Green Prince film poster

Celui qui anime l’essentiel de la discussion, c’est, Mosab Haasan Yosef, qui est véritablement l’individu le plus compliqué que j’aie jamais vu comme sujet central d’un documentaire. Notre guide, celui qui nous entraîne à comprendre les dédales de son histoire, c’est son agent de liaison au Shin Bet, Gonen Ben Yitzhak. Ce n’est qu’à mi-chemin, de ce film de 95 minutes menées à vive allure, que vous comprenez qu’il porte tout autant sur la propre histoire de Gonen.

Effectivement, tout ce qui rend le « Prince Vert » aussi remarquable, c’est qu’il porte sur la loyauté, la confiance et le soin que deux personnages de mondes opposés peuvent s’apporter l’un l’autre, s’ils ont le courage, la droiture et la compassion nécessaire pour le faire. Et s’ils le font vraiment, alors, ils sont capables de changer le monde.

La première partie de la vie de Mosab est exactement semblable à ce à quoi vous pourriez vous attendre. Il est élevé dans la haine d’Israël – où violer sa propre mère est considéré comme une offense mineure, comparée au fait de conspirer pour Israël. Alors qu’il n’est pas encore membre du Hamas ( ni particulièrement religieux) il décide, à l’âge de 17 ans, de rejoindre « la lutte armée ». C’est un achat d’armes qui conduit à son arrestation, lors d’un jeu d’échecs compliqué avec le Shin Bet.


Nadav Schirman, le directeur du ‘Prince Vert’ (photo credit: Sundance Institute and Nadav Schirman)

Il est détenu en captivité et soumis à d’intenses interrogatoires ( que certains groupes appellent “torture psychologique”, mais c’est là un autre débat). On lui fait comprendre qu’on le laissera partir s’il accepte de travailler comme espion. S’il accepte, c’est en pensant que le simple fait de le dire va lui permettre de s’enfuir. Après son transfert dans une prison où différents groupes (comme le Hamas) se voient donner libre cours pour diriger leurs propres fiefs, il réalise qu’il ne peut faire confiance à personne, alors qu’il s’inquiète de plus en plus que les autres pensent qu’il est, désormais, devenu un collaborateur.

Ce qui est crucial, ici, et ce qui rend Mosab particulièrement important, c’est qu’il est assez avisé pour faire confiance à sa propre boussole morale. Au sein de la prison, il est témoin du caractère impitoyable et de la brutalité de la voyoucratie du Hamas – il sait que les méthodes qu’emploie son groupe ne sont absolument pas justes.

Lorsque la Seconde Intifada démarre et que son propre père commence à soutenir publiquement les attentats-suicide, il comprend qu’il doit faire ce qu’il peut pour arrêter ça. Il aime toujours sa famille et refuse, jusqu’à ce jour, l’idée que son propre père ait pu véritablement être un partisan inconditionnel de la violence contre les civils. I lprend conscience que le meilleur moyen de les protéger du cycle des représailles réciproques est de devenir la taupe n°1 du Shin Bet – dont le nom de code devient « le Prince Vert ».

Le Film, basé sur le livre de Mosab : “Fils du Hamas”, va, chapitre après chapitre, composer des scénarios de plus en plus sidérants, concernant sa double-vie. Toute la panoplie des micros cachés sous les tables de café, des points de rencontres inopinés, des planques, se succède de façon époustouflante. On sent que chaque séquence est arrachée à un roman de Tom Clancy, pour évacuer tous les détails spécifiques qui laisseraient suggérer quelque chose de relatif à un crime. Ce qui est le plus intéressant, à travers tout cela, c’est d’apprendre comment le Shin Bet gère chaque information nouvelle et décide ensuite s’il doit agir ou non et de quelle façon. Les efforts que ces hommes déploient de façon à assurer la sécurité de leur précieux informateur sont extraordinaires – alors que Mosab accepte parfois des condamnations à la prison afin de conserver sa couverture.

Aussi la question demeure entière : pourquoi fait-il tout cela? Pour l’argent ? Bien, oui, un petit peu, mais pas tant que cela. Certainement pas pour la gloire. Le fils d’un dirigeant du Hamas ne va pas être honoré en grande pompe en Israël, et il serait tué dans la minute à Gaza ou en Judée-Samarie, si jamais sa véritable identité était découverte.

Cette pièce centrale dans le puzzle est, justement, ce qui nourrit tout le film – jusqu’au point que la spécificité des rapports entre Israël et les Palestiniens devienne presque secondaire.

Si un extra-terrestre venu de l’espace, qui n’a jamais entendu parler des Juifs ni des Palestiniens ni de la Déclaration Balfour ni de Méïr Kahane, atterrissait sur terre et voyait ce film, cela resterait encore, pour lui, une énorme réalisation, en matière de cinéma. Il est extrêmement rare que la complexité des jeux de l’esprit soit à ce point élucidée avec netteté, et distillée goutte à goutte de manière aussi passionnante et amusante.

Gonen, l’agent-traitant du Shin Bet, est d’abord perçu comme plutôt machiavélique . Son unique but est d’exploiter la position de Mosab, et de gagner sa confiance par tous les moyens nécessaires.

Mais, « le Prince Vert » finit par prendre la direction de certains endroits imprévus du monde. Quand il est, finalement, exténué, épuisé (autant en tant qu’atout pour ses commanditaires que comme être humain), Mosab se retrouve à San Diego. Il se convertit au christianisme et s’éloigne de sa famille. La Sécurité intérieure américaine décide de le déporter, ce qui correspond fondamentalement à une condamnation à mort. Comment Gonen et le Shin Bet vont-ils répondre à ce nouveau défi ?

Eh bien, comme je l’ai dit, ce film s’achève sur une note optimiste. Ce qui représente une sacrée surprise, dans le cadre de ce Festival, c’est qu’il est habituellement le lieu de prédilection et de consécration de l’ultra-gauche. Qu’il fasse, cette fois, place à un film qui permette aux services de sécurité et de renseignement israéliens – surtout et même au visage humaniste de ces services de sécurité – de présenter autre chose que le panorama éculé de la tyrannie, du calcul et du mal absolu.

Je suppose que la vérité fondamentale de ce film – qui soutient que le terrorisme est la négation de toute vertu politique, qu’il broie et déchire en menus morceaux – est bien trop puissant pour qu’on fasse comme si on l’ignorait.

L’histoire de Mosab et Gonen est l’une de ces très étranges légendes « plus incroyable que n’importe quelle fiction » – on a entendu des rires d’incrédibilité, durant la projection à Sundance, au cours de quelques-uns des moments les plus surprenants du film. Il est à souhaiter que ce film atteigne l’audience la plus large que possible.

PAR JORDAN HOFFMAN 17 Janvier 2014, 5:54 pm 2

* Créé en 1981, le Festival du Film de Sundance est l’une des manifestations principales pour les films d’auteur américains et internationaux. Il a lieu tous les mois de janvier à Park City, Sundance, Salt Lake City, et Ogden, dans l’Etat d’Utah. Ce festival est un des projets phare de Sundance Institute, une organisation culturelle à but non lucratif fondée par Robert Redford.

Sundance debuts film about Hamas leader’s son who spied for Israel | The Times of Israel Article original

Adaptation : Marc Brzustowski.

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Le père de l’ex-espion du Hamas pour Israël libéré

L’histoire du fils du Sheikh Hasan Yousef, un des membres fondateurs du Hamas, adaptée au cinéma

Le Sheikh Hassan Yousef, dont le fils était un des espions les plus importants d’Israël au début des années 2000, a été libéré de la prison d’Ofer dimanche et a annoncé espérer former un gouvernement d’union entre le Hamas et le Fatah.

Membre fondateur et porte-parole du Hamas, Yousef a été arrêté avec un de ses cinq fils en novembre 2011 pour avoir comploté dans le but d’établir une cellule terroriste du Hamas en Cisjordanie.

Ce haut responsable du Hamas a fait la Une des médias en 2010, lorsque son fils aîné, Mosab Hassan Yousef, a publié une autobiographie dans laquelle il raconte son expérience en tant qu’espion pour le Shin Bet (services de sécurité intérieurs) israélien. Son ouvrage, intitulé « Le Prince vert », dévoile les dessous des opérations menées par Israël contre le Hamas entre 1997 et 2007 grâce aux renseignements fournis par l’agent le plus important de cette époque, Mosab.

La libération de son père intervient deux jours après que l’adaptation cinématographique du livre a été projetée au Festival du film de Sundance.

Le titre du film, le même que celui du livre, fait référence au nom de code utilisé par le Shin Bet pour désigner Yousef. Le prince fait écho à l’importance de la position de Mosab dans l’organisation et le vert renvoie à la couleur du drapeau du Hamas.

Après la publication du livre, son père a dénoncé publiquement les activités de Mosab Yousef dans une lettre sortie clandestinement de prison et publiée sur le site Internet du Hamas. Le cheikh purgeait une peine de six ans à l’époque.AFP

Mosab Yousef a permis à Israël de déjouer de nombreux attentats suicide au cours de la deuxième Intifada.

Les renseignements qu’il a transmis aux forces de sécurité israéliennes ont également conduit à l’arrestation de figures majeures du Hamas comme Abdullah Barghouti et Ibrahim Hamid, les commandants du Hamas en Cisjordanie, ainsi que celle de Marwan Barghouti, le chef militaire du Fatah. En 2007, après 10 ans de services en tant qu’espion du Shin bet, Yousef a fui en Californie et s’est converti au christianisme. Depuis son exil, le Prince vert milite pour la démocratie et dénonce publiquement l’Islam radical et les actions du Hamas.

Dans son ouvrage, devenu un véritable bestseller, il raconte son enfance à Ramallah, au cours de laquelle il jetait des pierres contre les soldats israéliens, et se faisait arrêter. C’est en prison qu’il va s’affranchir du Hamas et changer de camp, après dit-il avoir été « repoussé » par les méthodes brutales de l’organisation terroriste.

Après sa libération dimanche, son père, le Sheikh Hassan Yousef a déclaré aux journalistes qu’il reviendrait sur la scène politique pour faire avancer les pourparlers de réconciliation entre le Fatah et le Hamas, qui ont repris secrètement le 6 janvier, selon l’agence de presse palestinienne Ma’an.

La relation entre le Fatah et le Hamas, rivaux de longue date, s’est détériorée en 2006 après que le Hamas a remporté les élections législatives palestiniennes et a pris le contrôle de la bande de Gaza par la force. Les tentatives de réconciliation, dont deux accords négociés par le Caire en 2011 et 2012, n’ont pas abouti à un gouvernement d’union.

i24news.tv Article original

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