Les grands rabbins boycottent la cérémonie du 7 octobre
Les grands rabbins d’Israël ont choisi de ne pas assister à la cérémonie officielle en mémoire des victimes des attaques du 7 octobre, suite à leur exclusion par les organisateurs gouvernementaux. Ces derniers ne leur ont pas permis de participer aux prières commémoratives, une tradition respectée lors des cérémonies d’État, notamment à l’occasion du Jour du Souvenir de l’Holocauste et des soldats tombés au combat. Cette décision a été perçue comme une marginalisation délibérée des rabbins ultraorthodoxes, qui dénoncent une rupture avec les protocoles établis.
Cette exclusion s’inscrit dans un contexte politique et idéologique plus large, marqué par une volonté gouvernementale de redéfinir la mémoire collective autour des événements du 7 octobre. Le gouvernement souhaite en effet présenter cette date non pas comme un jour de deuil, mais comme le début d’une « guerre de renaissance ». Cette orientation se traduit également dans les recommandations faites aux enseignants, qui sont invités à insister davantage sur le courage et les victoires que sur les pertes humaines. Ce changement reflète une évolution idéologique où la mémoire des victimes est reléguée au second plan au profit d’une narration axée sur la revanche et la continuité du conflit.
Lors de la cérémonie officielle sur le mont Herzl, le Premier ministre a mis l’accent sur la poursuite des opérations militaires et la vengeance contre les ennemis, sans exprimer de deuil explicite pour les victimes. Cette posture a suscité une réaction forte, notamment de la part d’un père endeuillé qui a interrompu son discours en dénonçant l’absence de protection des 1 200 victimes. Ce moment a été largement relayé par les médias comme un rappel brutal des pertes humaines, contrastant avec la tonalité officielle de la commémoration.
L’absence des rabbins ultraorthodoxes et des prières traditionnelles symbolise un tournant dans la relation entre religion et État en Israël. Le judaïsme ultraorthodoxe, souvent critique envers la militarisation, semble céder du terrain face à une nouvelle idéologie mêlant ultra-religiosité et nationalisme exacerbé. Pour cette mouvance, le 7 octobre est désormais perçu comme un jour de célébration marquant une rupture avec les aspirations à la paix et une intensification des conflits, y compris internes. Ce changement idéologique est appelé à se confirmer lors des prochaines élections, qui pourraient sceller cette transformation profonde de la société israélienne.
Cette situation met en lumière les tensions entre différentes visions du pays et interroge sur l’avenir de la mémoire collective en Israël, entre hommage aux victimes et instrumentalisation politique des événements tragiques. Le débat sur la manière de commémorer le 7 octobre reflète ainsi des enjeux majeurs de cohésion sociale et d’identité nationale dans un contexte de crise profonde.
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