L’ Antisémitisme ne tombe pas du ciel (tribune)

Il faut aujourd’hui avoir le courage de poser une question essentielle : comment l’antisémitisme a-t-il pu redevenir aussi visible, aussi décomplexé et aussi banal dans une partie de l’Europe ?

Bien sûr, celui qui insulte un Juif, le menace ou l’agresse est responsable de ses actes.

Mais s’arrêter à lui, c’est refuser de regarder le problème à sa racine.

La haine ne naît jamais dans le vide. Avant celui qui frappe, il existe souvent un climat qui lui a appris qui désigner, qui accuser et qui haïr.

Depuis le 7 octobre, Israël fait l’objet, dans une partie du débat politique et médiatique occidental, d’une diabolisation permanente.

Soyons parfaitement clairs : critiquer Israël est légitime. Critiquer Netanyahou, Ben-Gvir ou n’importe quel gouvernement israélien est légitime. C’est le principe même d’une démocratie.

Mais attribuer à un ministre israélien des paroles qu’il n’a pas prononcées, tronquer une déclaration jusqu’à lui faire dire autre chose, transformer systématiquement Israël en accusé et répéter des informations fausses sans les rectifier, ce n’est plus de la critique.

À force d’être répété, le mensonge finit par fabriquer sa propre réalité dans l’esprit du public.

On explique également que les Juifs seraient simplement des « colons » étrangers sur leur propre terre, comme si des millénaires d’histoire juive à Jérusalem, en Judée ou à Hébron pouvaient être effacés.

On peut débattre des frontières, des implantations et du droit international.

Mais nier le lien historique du peuple juif avec la terre d’Israël n’est pas une opinion politique: c’est falsifier l’Histoire.

Et progressivement, le vocabulaire change.

« Sioniste » devient une insulte.

Soutenir l’existence d’Israël devient suspect.

Des Juifs sont sommés de condamner Israël pour prouver qu’ils sont fréquentables.

Et ceux qui refusent peuvent devenir des personnes à montrer du doigt, à boycotter ou à exclure.

Regardons simplement ce qui s’est passé en France.

En 2025, La France insoumise diffuse une affiche représentant Cyril Hanouna sous des traits qui provoquent une immense polémique en raison de leur ressemblance avec les codes historiques de la caricature antisémite. L’affiche sera finalement retirée.

Puis vient Barbara Butch, DJ française et juive.

Des militants LFI à Grenoble appellent au boycott de son concert. Quelques semaines plus tard, son spectacle est perturbé par des manifestants : insultes, huées, jets de projectiles. Elle doit quitter la scène.

Aujourd’hui, c’est Gisèle Journo, cofondatrice d’une agence d’influence, qui se retrouve au centre d’une campagne après la réapparition de publications favorables à Israël.

Rima Hassan appelle publiquement au boycott de son agence.

Puis la mécanique s’enclenche : pressions, cyberharcèlement, messages antisémites, partenaires qui prennent leurs distances.

Et cette même Rima Hassan a été poursuivie en 2026 pour apologie du terrorisme après avoir relayé une citation attribuée à Kōzō Okamoto, membre du commando responsable du massacre de l’aéroport de Lod en 1972, où 26 personnes furent assassinées.

Ce sont des faits qu’une démocratie doit regarder en face.

Parce qu’une mécanique apparaît :

désigner, caricaturer, isoler, rendre infréquentable, puis banaliser.

Non, nous ne sommes pas en 1939.

Et comparer mécaniquement notre époque à la Shoah serait historiquement faux.

Mais si l’Europe enseigne cette histoire depuis quatre générations, c’est précisément pour reconnaître les mécanismes de désignation, d’exclusion et de déshumanisation avant qu’ils ne deviennent la norme.

Et c’est ici que la responsabilité des gouvernements, des responsables politiques et des médias devient immense.

On ne peut pas organiser chaque année des cérémonies contre l’antisémitisme et détourner les yeux lorsqu’un Juif est publiquement désigné.

On ne peut pas répéter « Plus jamais ça » et fermer les yeux devant des caricatures, des amalgames ou des appels à l’exclusion.

Et surtout, on ne peut pas fabriquer quotidiennement dans l’opinion publique un monstre appelé « Israël », puis s’étonner lorsque cette haine finit par atteindre les Juifs.

Pendant des décennies, l’Occident a dénoncé, à juste titre, les propagandes et certains anciens manuels scolaires du Moyen-Orient qui démonisaient le « sioniste », niaient l’histoire juive et présentaient Israël uniquement comme une présence étrangère.

Alors posons une question simple :

pourquoi les mêmes ressorts deviendraient-ils acceptables lorsqu’ils apparaissent dans le débat public occidental ?

Parce qu’ils sont prononcés à Paris plutôt qu’à Téhéran ?

Parce qu’ils sont écrits dans un journal européen ?

Parce qu’on les présente sous l’étiquette de « l’antisionisme » ?

Non.

Un mensonge ne devient pas une vérité parce qu’il est prononcé sur un plateau de télévision européen.

Une caricature ne cesse pas d’être antisémite parce qu’elle vient d’un parti politique occidental.

Et désigner un Juif ne devient pas progressiste parce qu’on le fait au nom de la Palestine.

Voilà pourquoi combattre uniquement celui qui commet l’agression ne suffira jamais.

Il faut combattre ce qui nourrit l’antisémitisme avant même qu’il ne se transforme en acte: le mensonge, la falsification, la caricature, la désignation et cette obsession consistant à transformer Israël en incarnation du mal.

Les dirigeants politiques ont une responsabilité.

Les médias ont une responsabilité.

Les élus ont une responsabilité.

Parce qu’on ne peut pas passer des mois à présenter Israël comme un État monstrueux, ses citoyens comme collectivement coupables, son histoire comme une imposture et ceux qui le défendent comme des personnes à exclure, puis prétendre combattre sérieusement l’antisémitisme.

Les deux combats sont désormais indissociables.

Combattre l’antisémitisme, c’est condamner celui qui attaque un Juif.

Mais c’est aussi exiger qu’un responsable politique réponde de ses paroles lorsqu’il franchit une ligne rouge.

C’est exiger d’un média qu’il rectifie lorsqu’il attribue faussement des propos à un responsable israélien.

C’est refuser qu’un Juif soit sommé de renier Israël pour avoir le droit d’être accepté.

Et c’est rappeler une chose essentielle :

les Juifs n’ont pas à demander pardon d’être juifs, et Israël n’a pas à demander pardon d’exister.

Voilà la ligne que les démocraties européennes devraient défendre avec une fermeté absolue.

Pas demain.

Aujourd’hui.

Parce que l’antisémitisme n’est ni une polémique sur les réseaux sociaux, ni un désaccord politique parmi d’autres. C’est déjà une réalité qui empoisonne nos sociétés.

Alors cessons de nous contenter de compter les actes antisémites une fois qu’ils ont été commis.

Attaquons-nous enfin à ceux qui alimentent la haine, à ceux qui banalisent le mensonge et à ceux qui transforment la désignation des Juifs et d’Israël en stratégie politique.

C’est là que commence le véritable combat contre l’antisémitisme.

Et sur ce combat-là, il ne devrait exister ni gauche, ni droite, ni calcul électoral, ni complaisance : seulement une ligne rouge infranchissable.

Sarah Ben /La Matinale – l’info en direct d’Israël
JForum.fr

La rédaction de JForum, retirera d'office tout commentaire antisémite, raciste, diffamatoire ou injurieux, ou qui contrevient à la morale juive.

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