Éric Zemmour et le casse-tête Sarah Knafo

Il veut repartir pour 2027, elle veut exister par elle-même. À Reconquête, le tandem national-conservateur avance uni en façade, mais chacun prépare sa propre partition.

La « croisée des chemins » n’en finit plus. Éric Zemmour le répète à qui veut l’entendre : il sera bel et bien candidat, pour la seconde fois, à l’élection présidentielle en 2027. Si la date de sa déclaration n’est pas encore fixée, elle interviendra vraisemblablement en novembre. Façon d’éviter les bouchons annoncés de la rentrée.

Le voilà donc de nouveau en piste. Cinq ans après avoir quitté ses habits d’éditorialiste politique à succès. Et s’être jeté, en 2022, dans l’arène politique dans l’espoir de ravir l’Élysée à la barbe de cette classe politique qu’il connaît et méprise si bien, depuis si longtemps. En vain. Qu’importe que l’effet de surprise et la dynamique médiatique ne soient plus de son côté. La détermination, elle, reste intacte.

7 % en 2022

En marge de la campagne des municipales à Paris où elle portait les couleurs de leur parti, Reconquête, un compagnon de route d’Éric Zemmour lui a soufflé à l’oreille : « Si elle fait plus de 15 %, tu as un problème. » Avant de se voir répliquer par l’auteur du Premier sexe : « Qu’elle fasse 17 % ou 2 %, cela ne change rien. Je serai candidat. » Circulez. L’essayiste en est plus que jamais persuadé : le choix de Marine Le Pen de se porter bel et bien candidate en avril prochain confirme ses intuitions et lui ouvre un espace.

Une candidature de Jordan Bardella aurait ouvert la voie à une guerre entre trentenaires – où Sarah Knafo aurait eu toute sa place – et aurait dangereusement déporté le RN sur sa droite. « Marine Le Pen est au contraire une souverainiste de gauche. C’est une socialiste. Il faut le rappeler à ses électeurs qui sont anti-socialistes. Ils votent aujourd’hui RN par défaut, or je suis le seul candidat radicalement contre l’immigration et de droite », répète régulièrement à ses troupes Éric Zemmour. Omettant un peu vite qu’un refrain identique, il y a 5 ans, l’a conduit à ne rassembler que 7 % au premier tour de la présidentielle. Contre 23 % pour Marine Le Pen. Pourquoi en serait-il cette fois autrement ?

Outre un vote utile induit par la guerre en Ukraine, les équipes d’Éric Zemmour pensent avoir pâti de deux handicaps en 2022 : le caractère « trop nouveau » en politique de leur champion et son incapacité à incarner un discours économique fort. Un dernier point sur lequel l’éclosion médiatique de Sarah Knafo, sur une ligne libérale, anti-impôt, anti-bureaucratie et technophile, est perçue comme « un atout maître » dans la campagne qui vient.

Unité de façade

Les 12 et 13 septembre prochains, c’est ainsi un visage uni que vont afficher Éric Zemmour et Sarah Knafo pour les journées d’été de leur mouvement à Port-Marly. Leur premier événement commun depuis le meeting au Dôme de Paris, lors de la campagne des municipales en mars 2026. L’un et l’autre clôtureront, par leurs discours, l’événement de rentrée imaginé comme une rampe de lancement pour la présidentielle

Un binôme de campagne, donc, non sans rappeler celui que forme depuis cinq ans maintenant Marine Le Pen et Jordan Bardella. Celui-là même qu’Éric Zemmour a souvent moqué comme un « déni de la Ve République », convoquant pour l’occasion l’échec de l’attelage politique entre Gaston Defferre et Pierre Mendès France à l’élection présidentielle de 1969. Pour cause, réside dans tout couple politique une malédiction qui chaque fois se vérifie : il n’y a qu’un fauteuil à l’Élysée. Communion d’idées ne veut pas toujours dire communion d’intérêts et n’a jamais empêché rivalité plus ou moins assumée…

Au sein de Reconquête !, les initiatives de Sarah Knafo au lendemain de sa défaite aux municipales à Paris ont pu, à plusieurs reprises, être interprétées comme telle. En tête, sa « tournée programmatique » lancée en grande pompe devant 300 personnes à Strasbourg le 30 avril dernier. L’objectif pour la non-candidate était alors de réaliser un tour de France pour recueillir les propositions des Français en vue de l’élection présidentielle, via des boîtes aux lettres et une plateforme en ligne.

« C’est mal passé »

Problème, au sein des fédérations Reconquête ! un peu partout dans le pays, on tique et peine à relayer l’opération aux affiches et tracts à la seule effigie de Sarah Knafo. Exit, Éric Zemmour. « Ce qui reste de militants actifs à Reconquête est pourtant très attaché à lui et au souvenir de sa campagne de 2022. C’est mal passé », relaie sous couvert d’anonymat un membre du parti.

Plus délicat encore. Geoffroy Fournier, juriste de 33 ans, ancien cadre du RN passé chez Reconquête ! est chargé par Éric Zemmour, depuis de long mois, de plancher sur son programme présidentiel. Il découvre sur les réseaux sociaux l’initiative de Sarah Knafo dont il n’a pas été informé. Y aurait-il deux programmes en préparation, ou deux campagnes ? L’homme voit rouge.

“Beaucoup de masques vont tomber” : Sarah Knafo prête à en découdre, ce projet qui va faire du bruit avant la présidentielle.

Sarah Knafo a finalement mis fin aux rumeurs autour d’une candidature à la présidentielle de 2027. Mais loin de se retirer de la scène politique, l’eurodéputée prépare un projet qui pourrait faire grand bruit.

Les rumeurs allaient bon train sur une possible candidature de Sarah Knafo à l’élection présidentielle de 2027. Depuis quelques mois, elle se faisait très discrète. Mais elle vient de mettre fin aux spéculations… La conseillère municipale du 16e arrondissement de Paris a définitivement enterré l’hypothèse d’une candidature. Le bras droit d’Éric Zemmour a consacré toute son énergie à un tout autre projet. Selon les informations du Figaro, elle a indiqué avoir travaillé «d’arrache-pied» à son premier livre, Le Casse du siècle (aux éditions Fayard), publié le 2 septembre prochain. La députée européenne d’extrême droite a prévenu que son ouvrage était sans langue de bois. «Beaucoup de masques vont tomber», a fait savoir Sarah Knafo.

Mais Sarah Knafo n’a pas souhaité en dévoiler davantage. L’ouvrage est résumé par ces mots : «Ils vous ont tout volé. Ils ont tout détruit. Et ils tiennent tout le système. Ils ont réussi le casse du siècle.» Alors Sarah Knafo «s’est lancée sur leurs traces». Avant d’ajouter : «Elle fait tomber tous les masques. Elle dévoile tout ce qui était caché.» D’après ce résumé, le livre «décrit un crime économique pas comme les autres. Et parce qu’il apporte les solutions à tous les scandales qu’il dénonce. C’est un livre révolutionnaire.» En parallèle de son ouvrage, «l’eurodéputée a recentré ses activités sur le Parlement européen, où elle n’a manqué aucune session plénière depuis sa défaite parisienne», a précisé Le Figaro. Ainsi, elle combat le projet européen nommé «Chat Control», qui viserait à détecter des contenus pédocriminels dans les communications privées. Selon elle, cette loi serait attentatoire aux libertés numériques.

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