« La femme est-elle l’avenir de l’homme ? »
Dans l’Éducation nationale, on materne les élèves : résultat, plus d’autorité ! 
Dans la justice, on materne les délinquants : résultat, la violence est en hausse !
Le dialogue entre hommes et femmes est devenu un champ de bataille !
La famille n’existe plus, ou presque, et les familles recomposées sont un leurre !
La société décline et sa démographie est en lambeaux.
En quarante années de gauche, la société ne semble plus faire société…

Et si la féminosphère était devenue le pire facteur de fracture des sociétés occidentales ?

Les femmes de moins de 30 ans sont 3 fois plus susceptibles d’avoir une vision négative des jeunes hommes que l’inverse. 3 sur 4 refuseraient de fréquenter quelqu’un aux vues opposées sur la justice sociale. C’est ce que révèle une étude publiée par le journal britannique New Statesman qui radiographie une fracture générationnelle et idéologique inédite entre les sexes.

  • Les femmes diplômées de moins de 30 ans ont une vision plus négative des hommes. Il y a un décalage avec les modèles traditionnels, lié aux attentes d’égalité et d’autonomie.

  • Les réseaux sociaux renforcent des bulles « manosphère/féminosphère » avec les algorithmes, la polarisation, la généralisation et la rupture du dialogue.

  • Cette logique nourrit la séparation relationnelle, la méfiance et la fragmentation sociale durable.

  • Les principaux bénéficiaires seraient les plateformes et acteurs politiques polarisants, dont l’économie repose sur l’indignation et l’attention.

Atlantico : Que révèlent les chiffres de cette étude britannique publiée par le New Statesman sur l’attitude des jeunes femmes de la classe moyenne diplômée à l’encontre des hommes — notamment dans leurs relations au travail comme dans la sphère privée ? Est-ce une hostilité envers les hommes eux-mêmes ?

Elodie Gentina : Ce que ces chiffres traduisent [selon l’étude, les femmes de moins de 30 ans sont 3 fois plus susceptibles d’avoir une vision négative des jeunes hommes que l’inverse, et seulement 35 % des femmes de moins de 25 ans déclarent avoir une vision positive des jeunes hommes, ndlr], est pour moi surtout un décalage croissant entre une partie des jeunes femmes diplômées et les modèles traditionnels des rapports hommes-femmes, plus qu’une hostilité envers les hommes eux-mêmes. Les questions d’égalité, d’autonomie ou de reconnaissance occupent aujourd’hui une place plus centrale dans leurs attentes, aussi bien au travail que dans la sphère privée.

Comment expliquer que les femmes diplômées tiennent les idéologies communiste, anticapitaliste et progressiste en plus haute estime que les hommes — et que les femmes moins diplômées elles-mêmes ? Seulement 17 % des femmes des classes moyennes et supérieures ont une vision positive du capitalisme, contre 32 % des femmes des classes populaires et défavorisées. Les diplômées sont également bien plus susceptibles de soutenir des mouvements comme Extinction Rebellion. Est-ce une cause ou une conséquence de leurs rapports conflictuels avec les hommes aujourd’hui ?

L’adhésion plus forte de certaines femmes aux idées progressistes ou anticapitalistes [Seulement 17 % des femmes des classes moyennes et supérieures ont une vision positive du capitalisme, contre 32 % des femmes des classes populaires et défavorisées, ndlr], s’explique souvent par une sensibilité accrue aux enjeux de justice sociale et d’égalité [3 femmes sur 4 refuseraient par ailleurs de fréquenter quelqu’un ne partageant pas leurs vues sur la justice sociale, ndlr]. Je pense qu’il serait excessif de dire que ces orientations politiques sont la cause directe des tensions entre hommes et femmes. Elles sont plutôt la conséquence d’évolutions profondes : transformation du travail, montée des attentes individuelles, redéfinition des rôles sociaux et sentiment de fragilité économique ou identitaire. Les divergences idéologiques viennent ensuite renforcer des incompréhensions déjà existantes.

Il faut garder à l’esprit que les jeunes femmes ne constituent pas un bloc homogène. Les enquêtes montrent des tendances, mais elles ne résument jamais la diversité des parcours, des opinions et des relations vécues au quotidien. Ce point est aussi important.

L’article de New Statesman se concentre sur la radicalisation des hommes comme toile de fond — mais dans quelle mesure la « féminosphère » produit-elle les mêmes mécanismes d’enfermement que la manosphère qu’elle dénonce ? On sait que les moins de 25 ans sont bien plus nombreuses à estimer que les dés sont pipés contre elles quels que soient leurs efforts. Peut-on parler de symétrie des extrêmes, ou cela revient-il à faire une fausse équivalence entre oppresseurs et opprimés ?

Pour répondre à cette question, il faut éviter deux pièges. Le premier consisterait à affirmer que la manosphère et certaines formes de radicalité féminine sont exactement la même chose ; ce n’est pas le cas. La misogynie s’inscrit dans une histoire réelle de domination, d’inégalité et de violences concrètes contre les femmes. Le féminisme, même lorsqu’il peut paraître radical dans ses discours, prend d’abord appui sur des expériences vécues de peur, de fatigue et d’injustice.

Le second piège serait de croire que, parce que les causes sont différentes, les mécanismes psychologiques et numériques le sont également. Or, sur les réseaux sociaux, on observe des dysfonctionnements très proches. Dans la manosphère comme dans certaines bulles de la féminosphère, les algorithmes enferment les individus dans une vision du monde sectaire et binaire, où l’autre sexe devient la principale source de problèmes. Des vidéos, témoignages et reels viennent constamment confirmer ce que la personne croit déjà ; la nuance disparaît progressivement. On ne parle plus d’hommes toxiques ou de comportements problématiques, mais des hommes en général ; on ne parle plus de certaines injustices vécues par les hommes, mais des femmes comme d’un groupe hostile.

Le vrai point commun est donc cette logique d’enfermement. Les réseaux sociaux créent aujourd’hui des univers émotionnels où chacun finit par voir l’autre sexe comme un bloc homogène : les hommes sont tous les mêmes, les femmes sont toutes les mêmes. Il ne s’agit pas de parler d’une stricte symétrie des extrêmes, car les rapports de pouvoir et de domination ne sont pas identiques, mais il faut reconnaître que des mécanismes similaires de polarisation, de généralisation, de stéréotypes, de préjugés et de rupture du dialogue existent des deux côtés. Le danger n’est pas seulement idéologique : il devient social. Une partie de la jeune génération commence parfois à ne plus voir l’autre sexe comme des individus, mais comme un bloc menaçant.

Quand des jeunes femmes refusent toute amitié ou relation avec des hommes aux opinions différentes — 6 sur 10 déclarent qu’elles auraient du mal à fréquenter quelqu’un ayant des vues différentes sur Gaza — est-ce une protection légitime ou une forme de ségrégation volontaire ? Une société où les deux sexes ne se parlent plus, ne se fréquentent plus, ne se comprennent plus — qui en sort gagnant ?

Pour certaines jeunes femmes, cette prise de distance peut être vécue comme une forme de protection légitime. Beaucoup ont grandi avec l’expérience du sexisme ordinaire, de la violence ou de la fatigue relationnelle. On ne peut pas demander à quiconque de rester disponible émotionnellement face à des relations potentiellement hostiles.

Cependant, lorsqu’une logique de protection se transforme en logique de séparation durable, nous entrons dans autre chose. Notre société démocratique repose sur la capacité de groupes différents à continuer de se fréquenter même lorsqu’ils ne sont pas d’accord. Si les hommes et les femmes commencent à se percevoir mutuellement comme des blocs culturels incompatibles, le lien social s’effondre. Nous nous retrouvons dans une société fragmentée où personne ne gagne réellement.

Les relations deviennent plus anxieuses, les malentendus se multiplient, les imaginaires se radicalisent. Il n’y a plus de confrontation réelle avec l’autre. À long terme, ce type de séparation nourrit les entrepreneurs de conflits, les plateformes et les influenceurs polarisants, ainsi que les mouvements politiques extrêmes.

Si les femmes reçoivent des Reels anti-hommes et les hommes des Reels anti-femmes, qui profite réellement de cette polarisation ? Les plateformes ? Les mouvements politiques extrêmes ? L’ennemi est-il l’autre sexe… ou le modèle économique des réseaux sociaux ?

Les grands bénéficiaires immédiats de cette polarisation sont clairement les plateformes. Leur économie repose sur le temps d’attention : les contenus qui provoquent colère, peur ou indignation sont hyper-performants. Un contenu qui désigne un coupable génère bien plus d’engagement qu’un contenu nuancé.

Les algorithmes fonctionnent comme des machines à renforcer les ressentiments. Une jeune femme qui regarde des vidéos dénonçant les comportements masculins se voit ensuite proposer une version toujours plus radicale de ce discours. La même logique s’applique aux jeunes hommes exposés à des contenus anti-femmes. Chacun finit par croire qu’il observe une réalité objective, alors qu’il est simplement enfermé dans une bulle émotionnelle optimisée commercialement.

Cette polarisation profite donc aux plateformes, mais aussi aux acteurs politiques et idéologiques. Un individu en colère est beaucoup plus mobilisable qu’un individu apaisé. Les discours identitaires prospèrent d’autant mieux que la confiance collective diminue. Le paradoxe est que de nombreux jeunes pensent combattre l’autre sexe alors qu’ils alimentent en réalité un système économique fondé précisément sur leur division.

Ce désenchantement des jeunes femmes profite-t-il à la gauche, ou creuse-t-il surtout un vide que personne ne remplit ? Une jeune femme sur trois déclare aujourd’hui ne pas savoir si elle souhaite avoir des enfants. Si même les progressistes ne captent plus ces femmes en colère, vers quoi ce ressentiment peut-il se retourner ?

Une partie des jeunes femmes exprime une fatigue profonde vis-à-vis des relations affectives, du travail émotionnel, de la charge mentale, des normes de séduction et des violences ordinaires. Cette colère ne se transforme pas toujours en engagement politique culturel ; on observe aussi du retrait : retrait vis-à-vis de l’idée d’être en couple, retrait relationnel, retrait de la confiance collective.

Une jeune femme sur trois déclare aujourd’hui ne pas savoir si elle souhaite avoir des enfants. Lorsqu’un ressentiment s’installe sans trouver de traduction politique immédiate, il peut devenir diffus. Si les forces progressistes apparaissent incapables de proposer un horizon commun ou un récit apaisant des relations entre les deux sexes, cette colère augmente et se fragmente. Certaines femmes peuvent alors se tourner vers des formes de radicalité identitaire, d’autres vers un désengagement pur et simple.

D’un point de vue social, ce ressentiment peut mener à une forme d’isolement défensif, né de la peur de souffrir, d’être déçu ou dominé. Chez certaines, ce retrait relationnel prend l’apparence d’une protection. D’autres, arrivées à la quarantaine, se retrouvent seules, sans relation, sans amour, sans enfant, et regrettent parfois ce choix. Ces remises en question sont également liées au cycle de vie et aux questionnements du milieu de vie.

Et si la vraie menace pour la cohésion sociale n’était pas un camp contre l’autre, mais la disparition du terrain commun lui-même — la capacité à se voir comme appartenant à une même société ?

En effet. Les hommes voient des contenus qui leur expliquent qu’ils sont méprisés et remplacés ; les femmes voient des contenus qui leur expliquent qu’elles sont menacées et instrumentalisées. Ces deux expériences contiennent chacune une part de vérité, mais lorsqu’elles deviennent exclusives l’une de l’autre, le dialogue n’est plus possible.

Le danger majeur réside dans la disparition des espaces où l’on peut encore produire un désaccord civilisé, une compréhension mutuelle. Une société où chacun voit l’autre comme un adversaire culturel permanent devient vulnérable aux radicalités politiques, aux manipulations émotionnelles et aux logiques de fragmentation.

Le véritable enjeu aujourd’hui n’est pas de savoir qui a raison, mais de savoir comment continuer à faire société. Au lieu d’opposer systématiquement les hommes contre les femmes, les jeunes contre les vieux, il s’agit de refaire du lien et de dépasser les stéréotypes et les préjugés par des discours apaisés.

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Elodie Gentina – ATLANTICO
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