Le harcèlement scolaire, responsable de deux morts d’élèves chaque mois en France?

Avec la rentrée, un sujet occupe d’ores et déjà les esprits: le harcèlement scolaire. Après une année marquée par de nouveaux drames, le ministre de l’Éducation nationale, Gabriel Attal, vient d’annoncer un nouveau plan contre ce fléau, érigé en priorité nationale.

Sur les réseaux sociaux, la question du harcèlement scolaire revient également en boucle. Parmi les déclarations à ce sujet, on peut lire, notamment, qu’il entraînerait chaque mois la mort de deux élèves. D’où vient ce chiffre ?

Des décès pas officiellement comptabilisés

Pour mesurer l’ampleur du harcèlement scolaire en France, on peut se référer à des publications du ministère de l’Éducation nationale. Celui-ci a confié ces dernières années des travaux sur la question à la direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (Depp), son organe statistique. Plusieurs enquêtes nationales dites « de climat scolaire et de victimation » ont mis en évidence la gravité de la situation.

« En CM1-CM2, 2,6% d’élèves subissent une forte multivictimation qui peut être apparentée à du harcèlement », apprend-on. Un chiffre qui est de « 5,6% » au collège et de « 1,3% » chez les élèves scolarisés au lycée. Le ministère indique que ces enquêtes sont réalisées auprès d’un échantillon d’établissements représentatifs « des secteurs public et privé sous contrat ».

Les chiffres sont « disparates », juge pour sa part un rapport sénatorial datant de 2021, soulignant qu’au « niveau national, les données convergent vers un taux de harcèlement se situant autour de 6% des élèves ». Ce taux se révèle inférieur à ceux relayés par certaines associations telles que « Parle, je t’écoute » : « En France, 10% des enfants considèrent l’école comme un lieu de souffrance », écrit-elle. Environ « 1 enfant sur 10 » serait « aujourd’hui victime du harcèlement scolaire, soit 700.000 élèves par an ». Soit « 12% des élèves en primaire, 10% au collège et 4% au lycée ». Ces chiffres plus élevés agrègent les cas de harcèlement sévères et modérés. Ils étaient déjà mis en avant en 2015 par la ministre de l’Éducation nationale socialiste Najat Vallaud-Belkacem, et provenaient d’une enquête réalisée par l’Unicef, en collaboration avec l’Observatoire international de la violence à l’école.

Quid des deux décès par mois imputables au harcèlement ? Inutile d’éplucher les publications du ministère, qui ne traitent pas cette question précise, pas plus d’ailleurs que d’autres instances dépendant de l’État. « En l’absence de statistique officielle, il faut se contenter des remontées de terrain des associations », glissait en janvier au Parisien Laure Boutron-Marmion, avocate au barreau de Paris et spécialiste de la défense des mineurs. « On estime qu’un à deux élèves se suicident chaque mois après avoir subi du harcèlement scolaire, soit une vingtaine d’enfants par an, environ », ajoutait-elle. Un chiffre dont la fiabilité reste donc relative, mais qui est à l’heure actuelle le seul à notre disposition.

En cette rentrée 2023, le ministère de l’Éducation nationale met en avant son action pour lutter contre le harcèlement et entend l’accentuer. Il est ainsi prévu que soit systématisée « la communication des numéros d’urgence 3018 et 3020 », ainsi que la formation de « tous les personnels à la lutte contre le harcèlement scolaire ». Dans le même temps, le programme de prévention « pHARE » est étendu, afin de concerner non seulement les écoles et collèges, mais aussi les lycées.

JForum avec Thomas DESZPOT  www.tf1info.fr

 

«Nos enfants ne sont pas en sécurité à l’école»

Entretien avec Sophie Audugé, qui nous présente le 3e baromètre Ifop / SOS Éducation (extrait)

Causeur. Près de la moitié des parents d’élèves (48 % !) rapporte qu’au moins un de leurs enfants a été victime d’une forme d’agression physique, verbale ou sexuelle, au cours de l’année scolaire 2022-2023, selon l’étude que vous publiez en cette rentrée. Mais de quoi parle-t-on exactement?

Sophie Audugé. Il s’agit des faits de violence concernant leur enfant, survenus pendant l’année scolaire 2022/2023 et dont les parents ont été informés. Ces chiffres sont sans doute sous-estimés, car nous savons qu’une partie de ces violences se déroulent sans que les parents ne le sachent. La violence entre mineurs a atteint de telles proportions et a occasionné tant de drames que nous avons voulu recueillir, pour cette édition, des données du terrain sur les agressions que subissent les enfants à l’école. Nous avons tenu à distinguer cinq actes de violence dont les élèves peuvent être victimes: une agression verbale, un harcèlement, une agression physique, la dégradation d’un bien, une agression sexuelle. Nous imaginions bien qu’un nombre important d’enfants seraient concernés, mais pas au niveau de ce que dévoile l’étude. Par ailleurs, nous n’avions pas anticipé une différence aussi marquée entre les établissements en zone prioritaire et les autres. L’ampleur du phénomène de violence qui sévit dans les écoles, collèges et lycées des réseaux d’éducation prioritaire, est particulièrement alarmante. En effet, si la moyenne générale des enfants ayant subi durant l’année scolaire, au moins un des cinq actes de violence que nous avons étudiés, est de 48%, soit près d’un enfant sur 2, ce taux atteint 68% en REP soit plus de 2 enfants sur 3.
Et dans le détail, l’écart est encore plus préoccupant :

63% des enfants scolarisés en REP ont été victimes d’un acte d’agression verbale, ils sont 32% hors REP,
56% des enfants scolarisés en REP ont été victimes de harcèlement, ils sont 28% hors REP,
51% des enfants scolarisés en REP ont été victimes d’un acte d’agression physique, ils sont 20% hors REP,
57% des enfants scolarisés en REP ont subi la dégradation d’un de leurs biens, ils sont 18% hors REP,
49% des enfants scolarisés en REP ont été victimes d’une agression sexuelle, ils sont 9% hors REP.
Il y a une urgence absolue à lever le voile sur les non-dits en matière de violence en milieu scolaire. Et particulièrement en réseau d’éducation prioritaire.

Martin Pimentel causeur.fr

 

Des fleurs et pancartes anti-harcèlement sur les grilles du collège, a Vendin-le-Vieil (62), le 25 mai 2023. Le 12 mai, Lindsay, victime de harcèlement, avait mis fin à ses jours © FRANCOIS GREUEZ/SIPA

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VOUS EN DOUTIEZ QUE C’ÉTAIT UNE CAUSE NATIONALE???!!!!