Pourquoi les médias mentent-ils sur Israël? Pierre Lurçat

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POURQUOI LES MÉDIAS MENTENT-ILS SUR ISRAËL? LA CONSTRUCTION DE L’ÉVÉNEMENT DANS LE DISCOURS ANTI-ISRAÉLIEN

 

 

La mise en accusation quasi-planétaire d’Israël est moins le résultat de la propagande palestino-islamiste, qu’un effet du fonctionnement du système médiatique. La condamnation unanime d’Israël, indépendamment de toute analyse des faits, témoigne d’abord du mode de formation et de diffusion de l’information journalistique…Pierre-André Taguieff, Israël et la question juive

Grâce à Genet, nous avons compris… ce qu’était un événement, nous avons compris qu’un événement était tout le contraire d’un fait, nous avons compris que pour qu’un événement soit, il suppose de porter en lui une dimension métaphysique – il doit, comme phénomène, toucher à l’essence de ce qu’il représenteEric Marty, Bref séjour à Jérusalem

Lors d’une récente soirée musicale et poétique donnée à Jérusalem par le journaliste français Patrick Poivre d’Arvor, ce dernier a proclamé son “amitié” pour les Juifs, avant de lancer, au détour d’une phrase, une accusation sans appel contre Israël, qui selon lui “humilierait” les Palestiniens, au lieu de poursuivre dans la voie du “dialogue”…

La tentative d’un membre du public pour lui répondre fut vite étouffée par le modérateur du débat, qui préféra ne pas froisser cet hôte de marque, en rétablissant la vérité des faits. 

Pour comprendre les raisons profondes du mensonge des médias français  et de leurs acteurs (fussent-ils les mieux intentionnés) sur Israël, je propose de recourir à la distinction capitale établie par le professeur de littérature Eric Marty, entre le fait et l’événement.

Tout le contraire d’un fait” – cette définition de l’événement, citée en exergue au présent article, s’applique parfaitement au récit médiatique du conflit israélo-arabe, dans lequel les faits sont constamment déformés, mutilés, obscurcis ou escamotés.

Mais il ne s’agit pas tant d’une volonté délibérée de tromper (qui existe parfois), que d’une conséquence presque inévitable de la posture, ou de ce que Pierre-André Taguieff appelle le “système médiatique”. 

Les médias “mentent comme ils respirent” : Charles Enderlin à Jérusalem

Comme l’écrit Eric Marty à un autre endroit, “la déformation, la désinformation sont pratiquement totales, aussi naturelles aux médias français que le fait de respirer”.

Ainsi, les médias, selon Eric Marty, “mentent comme ils respirent” à propos d’Israël… Pourquoi? Parce que les médias ne se préoccupent guère des faits. lls cherchent – ou plutôt ils créent – des événements, c’est-à-dire des faits qui rentrent dans leur grille de lecture.

Tout fait qui n’entre pas dans leur grille de lecture, qui ne lui correspond pas, ou qui la contredit, est évacué, éliminé, ou encore transformé et travesti pour lui correspondre.

Ainsi, au lendemain de l’assassinat à Hébron par un sniper palestinien de la petite Shalhevet Pass, bébé juif âgée d’à peine 1 an, le 26 mars 2001, la journaliste Catherine Dupeyron publiait dans le quotidien français Le Monde un article intitulé “Obsèques de la haine à Hébron pour la petite Shalhevet Pas”.

La haine, comme on le comprenait en lisant l’article, n’était pas celle, bien avérée, des Palestiniens tueurs d’enfants juifs, mais celle, tout à fait imaginaire et supputée, des habitants juifs de Hébron, la ville des Patriarches, que la correspondante du Monde décrivait ainsi : “ville qui compte dix mille Palestiniens et près de quatre cent cinquante juifs radicaux”.

 

Enterrement de la petite Shalhevet H.y.d.

Dans cet exemple, l’assassinat délibéré de la petite Shalhevet Pass était ainsi éliminé, pour faire place à l’événement que constituait, aux yeux du journal Le Monde, les “obsèques de la haine” ou les “appels à la vengeance” des Juifs de Hébron. L’événement, comme dit Marty de manière lapidaire et saisissante, est “le contraire d’un fait”.

Dans les faits, un sniper palestinien tue un bébé juif israélien. Mais ce fait, apparemment limpide dans sa cruauté et sa barbarie, donne lieu pour les médias à la création d’un événement contraire, qui est le prétendu appel à la haine des Israéliens. 

Bien entendu, on pourrait offrir une lecture moins radicale du travail médiatique que celle de Marty, en expliquant que les médias choisissent et sélectionnent les “faits”.

Selon cette autre lecture, l’événement serait simplement un fait choisi et privilégié par les médias, et non plus le contraire d’un fait.

Ainsi, entre le fait de l’assassinat du bébé juif, et le fait des appels à la vengeance, ils donneraient la préférence au second, qui cadre mieux avec leur grille de lecture.

Mais une telle description est bien en-deça de la réalité, comme le montre l’analyse d’Eric Marty à propos de Sabra et Chatila.

Dans la relation médiatique de cet événement, il ne s’agit plus seulement de choisir et de sélectionner certains faits, mais aussi et surtout d’ériger certains faits en événements, ou plutôt de créer des événements, qui n’ont qu’un rapport lointain – le plus souvent d’inversion et de négation – avec les faits (1)

Le mythe de Sabra et Chatila

Ainsi, le fait de l’assassinat de Palestiniens par des phalangistes chrétiens est devenu un événement mythique, dans lequel Ariel Sharon, Tsahal, Israël, voire “les Juifs” sont les coupables…

L’événement Sabra et Chatila, selon cette analyse, est bien le contraire des faits qui s’y sont déroulés. Mais cette nouvelle définition de l’événement médiatique est incomplète : “pour qu’un événement soit”, poursuit en effet Marty, “il suppose de porter en lui une dimension métaphysique”.

Cette “dimension métaphysique” de l’événement est particulièrement saisissante dans le cas de Sabra et Chatila, où le massacre des Palestiniens par des phalangistes chrétiens est devenu un acte d’accusation contre… les Juifs. 

Jean Genet en visite dans un camp palestinien à Amman

Pour comprendre plus précisément cette dimension métaphysique de l’événement Sabra et Chatila, Eric Marty nous invite à lire ce qu’il appelle la “phrase primordiale et majeure” de Jean Genet, tirée de son livre Un captif amoureux : “Si elle ne se fût battue contre le peuple qui me paraissait le plus ténébreux, celui dont l’origine se voulait à l’Origine, qui proclamait avoir été et vouloir demeurer l’Origine… la révolution palestinienne m’eût-elle, avec tant de force, attiré?”

Cette phrase, effectivement, est capitale, parce qu’elle donne la clé de compréhension non seulement de l’engagement de Jean Genet, qui se livre avec sincérité et lucidité, mais aussi de celui de très nombreux autres militants de la “cause palestinienne”…

En ce sens, on a pu dire que la “chance” des Palestiniens était d’avoir pour adversaires les Juifs…

C’est à la lueur de cette affirmation capitale de Genet, qu’on comprend aussi la dimension métaphysique et mythique de Sabra et Chatila, et au-delà de cet événement, du conflit israélo-arabe dans sa totalité.

L’événement Sabra et Chatila – comme celui de la Nakba, comme l’événement Deir Yassin et comme tant d’autres événements du même acabit – ne sont en effet que les maillons d’une même chaîne ininterrompue, qui remonte à la nuit des temps (c’est précisément la définition du mythe, qui renvoie presque toujours aux origines).

C’est toujours le même spectacle qui est ainsi rejoué indéfiniment, et chaque partie est toujours assignée au même rôle (2) : le Juif est toujours assigné à son rôle d’assassin (assassin du Christ pour les chrétiens, assassin des prophètes pour les musulmans, assassin des Palestiniens pour le téléspectateur contemporain) et les “Palestiniens” sont toujours d’innocentes victimes, “humiliées” par Israël, selon l’expression de PPDA.

Pierre Lurçat

(1) Sur le rapport entre faits et événements dans les médias, voir aussi l’analyse éclairante de Neil Postman dans son livre récemment traduit en français, Technopoly, édition L’échappée.

(2) Comme me l’avait expliqué le regretté Haim Azses dans son séminaire sur la désinformation donné à Paris lors de la Première Intifada, il y a plus de 30 ans. 

Mon cours sur “Les mythes de l’antisionisme”, donné dans le cadre de l’Université populaire du judaïsme fondée par Shmuel Trigano, est en ligne sur Akadem.

3 COMMENTS

  1. Autrefois les journalistes disaient la vérité quoi qu il advienne mais plus maintenant les temps ont changés, c est le heure de la désinformation habile et après de la manipulation.
    Ils se sont rendu a Gaza et nous on mentis derrière les rampes de lancement de missiles du Hamas et du djihad Islamique pris par erreur sur les chaines ..
    Voilà pour qui ils sont maintenant pour le Hamas le djihad Islamique et les Mollahs de
    l Iran qui les subventionne. Ils sont coupables de politique Islamique…

  2. est ce tellement important de tenir compte de ce que pensent les médias français
    Ils détestent les juifs , à part peut être “valeur actuelle”, et nous on les méprisent. On les prend pour ce qu’ils ont toujours été : des organes de propagande

  3. Mon ami Pierrot, je voudrais ajouté, en liminaire, que cette haine du Juif (Peuple) a toujours trouvé appuis lorsque ce même Juif (toujours Peuple) s’est laissé distraire de son rôle majeur, de ” Royauté de prêtres à travers les Nations”, Mamleh’et Koanim.
    En revanche, à chaque fois qu’il est resté ferme dans sa voie, il a vécu sans les “douleurs”, accompagné, dans son exil de la Présence divine, qui, certainement, ne trouve aucun plaisir à nous voir souffrir, tous, suivant le principe de la responsabilité collective.
    C’est pourquoi ça va finir par se terminer, incessamment sous peu, au nom de cette même responsabilité collective, dont bientôt la majorité du peuple observant sera le déclic attendu…
    Bim’era beyamenou…

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