Patrice Markiewicz. Les Juifs de Russie dans le 18ème arrondissement de Paris 1852 – 1944

 

 

Les Juifs de Russie dans le 18ème arrondissement de Paris 1852-1944 Ou la « nouvelle Jérusalem »? (« L’épopée de Ménaché Foigel » d’André BILLY et de Moïse TWERSY)

Qui, aujourd’hui, se souvient de la « Nouvelle Jérusalem » comme aimait à l’appeler ainsi le personnage principal de « L’Epopée de Menaché Foigel » d’André BILLY et de Moïse TWERSY ?, celle qui occupait le versant Nord de la butte de Montmartre et plus largement le XVIIIème arrondissement de Paris ? Qui en furent les « bâtisseurs »? D’où vinrent-ils ? Pour quelles raisons ? Voilà autant de questions auxquelles je vais tenter d’apporter des réponses.

On conviendra que le début du Second Empire a marqué, d’après les premières traces archivistiques disponibles, le début de l’immigration des Juifs de Russie à Paris. Selon le baron Alfred de GUZBOURG, dès 1852, on compte 154 ménages comprenant plus de 500 personnes au total choisies à Brody[1], qui se sont installés dans le XVIIIème arrondissement, notamment.

1. Des prémices à 1918: Les Juifs de Russie dans le XVIIIème arrondissement de Paris

Après l’assassinat du tsar Alexandre II en mars 1881, le tsar Alexandre III instaura, l’année suivante, les « Règlements prévisionnels », autorisant les autorités régionales à expulser les Juifs des villages, à les enfermer dans des ghettos, ainsi qu’à les exclure de l’enseignement universitaire et des professions libérales.

La population russe, plus ou moins organisée par la police, ou du moins mobilisée par elle, se rue alors avec des armes de fortune sur les quartiers juifs, pour tuer, violer, piller maisons et biens: ce sont les « pogroms (« émeutes » en Russe).

La population du XVIIIème arrondissement commence à connaître une grande mutation dans sa composition ethnique et sociologique au lendemain des pogroms, qui voit affluer une population juive de Russie mais également de Roumanie, toujours plus nombreuse.

Aux débuts de la IIIème République, dans une France qui ignore la religion dans les recensements, et qui ne fait pas de l’appartenance religieuse l’objet de spécification dans les statistiques d’immigration, peu de citoyens ont alors connaissance des origines diverses de cette population juive qui vient d’une immense Russie dont les frontières ont beaucoup fluctué par le passé.

Les voyages clandestins ou les courts séjours de transit de ces Juifs de Russie vers les Amériques, ainsi que le manque de contrôle aux frontières terrestres et le désordre général dans lequel s’effectuait les migrations, obligent les historiens à renoncer à toute évaluation précise du nombre d’immigrants.

Nous commençons à mieux connaître l’installation des immigrés juifs de Russie dans le XVIIIème arrondissement de Paris, qu’à partir de 1882.

1.1. 1882-1907: le XVIIIème arrondissement de Paris à l’heure des premières vagues d’immigration au lendemain des pogroms

C’est en effet un 23 août 1882, que trente-cinq hommes, plus de vingt-cinq femmes et quarante enfants arrivent à Paris, à la Gare de Lyon, en provenance de Brody à la frontière de l’Empire russe. Il s’agit de juifs de Roumanie expulsés d’Odessa alors russe.

Après avoir voyagé en bateau d’Odessa jusqu’à Constantinople et de là jusqu’à Marseille puis Lyon, ils arrivèrent à Paris où personne ne les y attendait, où ils durent attendre une aide dans la rue le long du mur d’une prison.

La police accorda aux réfugiés l’autorisation de passer une autre nuit mais cette fois-ci dans la gare (de Lyon), seulement après que le Comité de Bienfaisance leur ait loué des chambres dans des hôtels bon marché.

Le Gouvernement français décida alors de restreindre l’immigration des Juifs de Russie[2].

En 1882, l’Alliance Israélite Universelle, le Consistoire de Paris et le Comité de Bienfaisance donnèrent leur accord pour installer à Paris deux cents familles russes (504 personnes). 154 de ces familles avaient été sélectionnées à Brody, le reste en Russie. On avait choisi de préférence des familles sans enfant (94) ou avec un enfant (24) et en fonction de l’aptitude des chefs de famille.

Pour les loger, le Comité de Bienfaisance acheta des maisons qui étaient vides aux 12, 14 et 16 de la rue Eugène Sue dans le XVIIIème arrondissement de Paris, pour 45.000 francs. Le contrat de vente expulsait des ouvriers français qui protestèrent auprès des députés socialistes.

Arrivés à Paris, les émigrants recevaient 7 Francs 50 par jour du Comité de Bienfaisance qui créa aussi une cantine populaire. Ce même Comité fournit également pour 8.500 Francs de charbon pendant l’hiver. Il créa trois ateliers…[3].

Le noyau originel historique où les premiers Juifs de Russie et de Roumanie furent recueillis dans le 18ème arrondissement de Paris, englobait les rues Marcadet, Senart et Eugène-Sue, dans les bâtiments de la société La Foncière. Tous ces Juifs étaient tailleurs et casquettiers.

Un peu plus loin, se trouvaient les magasins Dufayel ouverts sur le Boulevard Barbès et la rue de Clignancourt, qui attiraient les acheteurs à tempérament; tout autour s’était développé un commerce actif de meubles, vêtements et bijouterie (…).

Le quartier de Clignancourt se caractérisait par une nette prépondérance des brocanteurs, des chiffonniers et des marchands forains attirés par le « marché aux puces » de Saint-Ouen[4].   Lire la suite 

Patrice Markiewicz

  1. Baron Alfred de GUNZBOURG, L’activité des Juifs Russes à Paris in Almanach juif. Paris. 1931. Édite par la Colonie scolaire, page 33. et Archives Nationales de France, Série 26 AS 23: Comité de Bienfaisance de Paris. Brochure: « Un siècle et demi au service de la Communauté 1809 – 1959 ».
  2. SZAJKOWSKI, Zosa, The European attitude to east European Jewish Immigration (1881 – 1893). Publications of the American Jewish Historical Society, Vol. 41, No. 2 (December, 1951), pp. 127-162.
  3. GIRARD, Patrick, les relations entre Israélites français et Juifs russes 1890 – 1905. Mémoire de maîtrise de l’U.E.R. d’Histoire de Paris I sous la Direction de Mr. PORTAT, 1971 – 1972, page 206.
  4. Ibid.

2 Commentaires

  1. Du côté de ma mère ils venaient de la rue eugène sue.
    Rassurez vous tout cela est bien effacé consciencieusement car on ne nous aime et surtout entant que super occidentaux, premiers en auto destruction, on ne se supporte qu’en parchemin ainsi on fait absolument tout pour que je me tire une balle mais heureusement en tant que vrai bon juif j’avais tout prévu depuis longtemps.

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