Memmi, Meir, Sternhell – trois intellectuels francophiles
Par Freddy Eytan le 6/23/20

Hommage-témoignage
Trois intellectuels juifs viennent de quitter notre monde. Hommes de gauche, enseignants, libéraux et militants pour la paix. Chacun dans son domaine et son style propre a marqué de son empreinte ses relations avec le sionisme et les valeurs du judaïsme. Ils caractérisent les différents courants qui existent au sein de la gauche juive en diaspora et en Israël.
Au fil des ans, j’ai eu le privilège de discuter longuement avec eux sur des questions philosophiques, sur la démocratie israélienne et les méandres de la politique, le conflit avec les palestiniens et l’avenir des Territoires palestiniens, ainsi que sur les relations entre laïcs et religieux.
C’est dans les années 1970, à l’ambassade d’Israël, que j’avais connu Albert Memmi pour la première fois. Au départ, j’avais assisté à son domicile parisien à plusieurs discussions passionnantes qu’il avait eu avec mon père sur le judaïsme tunisien et le sionisme. Memmi était critique à l’égard de la politique israélienne et pensait qu’il faille restituer tous les territoires. A l’époque, il parlait avec enthousiasme de coexistence entre Palestiniens et Israéliens. Mon père faisait la distinction nette entre les Arabes de Tunisie et les Palestiniens, et il traitait injustement Memmi de naïf. J’observais avec curiosité cette discussion sincère, les échanges d’arguments et les opinions contradictoires. Nous avons eu ensemble des discussions parfois orageuses qui tournaient parfois à l’aigre, mais elles se déroulaient toujours dans un esprit amical et un respect mutuel.

Albert Memmi (Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons – cc-by-sa-4.0)
Je remarquais que ces deux intellectuels Juifs agnostiques, d’origine italienne, avaient quitté définitivement la Tunisie natale dans la rage, l’amertume et la déception, en choisissant chacun un chemin complètement différent. Le premier s’était installé en France au sein des milieux universitaires et le deuxième préféra labourer la terre d’Israel dans un mochav, avec un fusil en bandoulière.
Depuis, j’ai eu le plaisir de mieux connaître Memmi et dans toutes nos rencontres, j’ai admiré son riche savoir, sa simplicité et sa modestie typiquement juive tunisienne…j’ai passé des moments passionnants et inoubliables.
Yitzhak Meir était un personnage hors du commun dans le monde religieux libéral. Né à Anvers, rescapé des camps de la mort, il fut le délégué de l’Alya Beit du Mossad ayant réussi clandestinement à envoyer des centaines de jeunes juifs marocains en Israël.
Pédagogue, directeur d’école, essayiste, dramaturge, dessinateur-portraitiste, il fut un oiseau rare au sein du parti national religieux Mafdal.

Yitzhak Meir (YouTube screenshot)
Adepte du rabbin Kook, il pensait que l’espoir du retour en Terre Sainte est la source permanente de la nature particulière du judaïsme. Le Talmud peut être compatible avec la science et les œuvres classiques ; l’étude de la Thora et la lecture des poèmes avec l’écoute de Mozart et de Vivaldi. Une éducation qui englobe les livres sacrés bien sûr, mais aussi la fascination par le rêve sioniste et le travail de la terre. Cependant, la vie de l’homme était pour lui plus importante et plus sacrée que celui du terroir.
Yitzhak Meir fut aussi un diplomate inné. Il soulignait toujours qu’il représentait avant tout le peuple Juif puis l’Israélien. Durant trois ans, à l’ambassade de Bruxelles, j’ai connu de près toutes ses qualités, le brillant et la soudaineté de sa pensée et le sens de l’humour. Très ému et fier de pouvoir revenir dans sa Belgique natale comme ambassadeur. Fervents joueurs d’échecs, on avait ensemble observé sur la splendide Grande Place lumineuse à un gigantesque jeu d’échecs…Depuis nos loges s’étendait l’immense échiquier de 64 cases, noires et blanches, les manœuvres furent vraiment sublimes jusqu’au fameux échec et mat…
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Source: https://jcpa-lecape.org/memmi-meir-sternhell-trois-intellectuels-francophiles/
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