Février 1848 : Lamartine proclame la Deuxième République ..
Les juifs et la IIème République
L’apprentissage de la liberté … C’est ce que vivent les Israélites français contemporains de la révolution de 1848.
Leurs grands-parents avaient certes été émancipés par le décret de 1791, mais à quelques importantes exceptions près, c’est généralement passifs qu’ils vécurent les épisodes de la grande révolution qui devait bouleverser leur sort : en effet, exclus de la société française durant des siècles, seuls leurs rares notables évolués pouvaient comprendre alors l’impact qu’aurait sur leur existence les nouvelles idées de tolérance et d’universalisme.
Il n’en est plus de même à la veille de la Révolution de 1848: 50 ans d’émancipation ont modifié de façon étonnante les mentalités des juifs français. Très conscients d’être des citoyens à part entière, ils entendent participer à la vie politique de leur pays.
En vérité, en tant que minorité religieuse, les israélites n’avaient pas eu à se plaindre de la monarchie de juillet. Bien au contraire, c’est au cours de ces 18 ans que les derniers vestiges de la ségrégation avaient été abolis : les manifestations de bienveillance du roi et des pouvoirs publics à leur encontre contribuèrent à l’évidence à leur insertion dans la communauté française.
Au début de la Révolution, les attitudes des juifs vont donc être diverses comme il est naturel dans un groupe humain qui est loin d’être homogène, et cette pluralité d’options prouve que leurs préoccupations dépassent le cadre strictement confessionnel : elle témoigne de leur intégration dans la société de leur temps.

Après juin 1848 pourtant, c’est-à-dire lorsque la révolution est virtuellement terminée, lorsque s’amorce la réaction de la droite cléricale, la situation se modifie, les vieux réflexes commencent à jouer à nouveau et la communauté israélite a tendance à se replier sur elle-même pour faire face au cléricalisme triomphant.
Plus concrètement les individus juifs vont se désintéresser apparemment de la « grande politique » pour s’occuper de leurs propres affaires.
Déçus par une République instable qui ne correspond plus au modèle entrevu en février, inquiets pour leur culte, pour leur vie économique, l’immense majorité d’entre eux, par lassitude, sera prête à accepter de bon cœur le règne de Napoléon III qui se posera de surcroît en défenseur des minorités de toutes origines.
Cette République qui survient donc en février 48 de façon presque inopinée, présente à vrai dire un bon visage : elle se veut fraternelle, tolérante.
Elle proclame dès les premiers jours de sa naissance l’abolition de l’esclavage : or c’est là un point qui touche les juifs qui très tôt ont établi un rapprochement entre « l’esclavage » qui fut le lot de leurs pères (esclavage en Egypte, esclavage moral sous l’Ancien Régime) et celui, très réel, des Noirs.
La cause des hommes de couleur mobilise certes essentiellement des intellectuels comme l’avocat Adolphe Crémieux ou le saint-simonien Gustave d’Eichthal mais elle préoccupe même des israélites fort conservateurs : les notables bourgeois qui siègent dans les consistoires ont imposé aux israélites algériens de libérer leurs esclaves (1847) ; ces aspirations à un idéal de justice sont toujours appuyés sur des parallélismes avec les lois de l’Ancien Testament (où l’esclavage à vie est proscrit).
Un autre thème de la gauche libérale, celui du droit des peuples à l’indépendance, touche les israélites car il leur semble, non sans optimisme, qu’émancipation des peuples et émancipation des masses juives opprimées (notamment dans la Pologne soumise au joug tsariste) ne forment qu’un tout. Or, là encore leurs sentiments de solidarité envers les juifs opprimés et leur patriotisme s’étayent : car n’est-ce pas la France héritière d’une grande tradition libérale qui va soutenir la cause des peuples .?
Enfin, la religion, toutes les religions sont à l’honneur ; le prêtre, le pasteur, le rabbin sont fraternellement assemblés sur les gravures de l’époque, ils officient face à cette mère tutélaire qu’est la République. Les Israélites encore dans leur ensemble attachés à leur culte, ne peuvent que souscrire à ces visions rassurantes : l’idée d’une réconciliation entre les cultes est séduisante pour toute minorité religieuse.
ïl y a donc ralliement quasi unanime à une République que « l’on n’attendait pas » . lire la suite
Béatrice Philippe
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