Pèlerins devant la tombe du rabbi Shimon bar Yohaï, à Meron (Israël) en 1880. 

Les Faux-Messies dans le monde juif (1/2)

Caroline Elishéva REBOUH le 12.04.2020

Le phénomène qui entraîna, au long de l’histoire juive, certains personnages à se présenter aux yeux de leurs contemporains comme des Messies est sans doute un problème qui, aujourd’hui, serait catégorisé parmi les nombreux syndromes psychologiques comme l’est le fameux syndrome de Jérusalem.

Il est à remarquer que le facteur commun de toutes ces histoires réunissent des caractéristiques communes à savoir qu’elles ont eu lieu à des époques où le peuple juif désirait ardemment se voir « libérer » par un rédempteur.

Ils avaient la croyance en la venue d’un Rédempteur qui viendrait les libérer du joug quotidien auquel ils étaient soumis et naïvement étaient prêts à croire le premier-venu !!!

ABOU ISSA AL ISPAHANI

Il s’agit là du plus ancien faux-messie. Il était natif d’Ispahan en Perse mais on ne connaît pas les dates exactes relatives à sa naissance ou à sa mort.

Il aurait vécu vers la fin du VIIème siècle, début du VIIIème. Il était tailleur de profession et il était un parfait illettré ce qui ne l’empêcha nullement de proclamer qu’il avait été l’objet de révélations prophétiques et il affirma avoir reçu pour mission de libérer le monde en tant que Mashiah ! Il réunit d’emblée un certain nombre d’adeptes qui certifiaient qu’il était l’auteur de plusieurs livres…

Il enseignait à son public que la venue du mashiah serait précédée de l’apparition de 5 personnages importants et que, par conséquent il était le dernier de ces envoyés célestes Il affirmait qu’il avait reçu d’HaShem directement l’ordre de libérer le peuple juif de l’état de servitude dans lequel il se trouvait et de leur apprendre l’indépendance. Il ajoutait qu’il n’était pas un simple envoyé mais qu’il était lui-même le Mashiah. Le public auquel il s’adressait et qu’il haranguait l’écoutait avec enthousiasme.

Il alla, pour prouver qu’il était bien chargé de mission jusqu’à ajouter des commandements et à en rendre d’autres plus sévères : quiconque se mariait ne pourrait divorcer disait-il et il interdit la consommation de vins ou de viande et il la jusqu’à ajouter encore 4 offices journaliers aux trois existants déjà en justifiant ceci par le verset 164 du psaume 119 :
שבע ביום הללתיך על משפטי צדקך
Sept fois par jour je célèbre tes louanges, en raison de tes justes arrêts.

Cependant, les actes d’Abou Issa al Ispahani ne s’arrêtèrent pas là, il commit d’autres actes d’hérésie pure en tolérant la chrétienté et l’islam, ce qui eût pu mettre en alerte le public auquel s’adressait Abou Issa surtout lorsqu’il reconnut les écrits saints des deux autres dogmes et imposa à ceux qui lui obéissaient d’étudier autant la bible chrétienne et le Coran que le Tanakh !!!

Les foules l’adoraient et le surnommèrent le « Berger » (Ara’î). Son public le suivit en toute chose même lorsqu’il décida d’organiser un soulèvement contre le régime perse… Les « fidèles » musulmans projetèrent d’assiéger le camp d’Abou Issa et, celui-ci ne perdit pas le contrôle des opérations, au contraire, il entreprit d’entourer son camp de sable et déclara avec solennité que tous ceux qui se rallieraient à lui et se trouveraient à l’intérieur de ce cercle de sable, ne seraient pas inquiétés ! L’ennemi, ne comprenant pas ce que signifiait cette manœuvre, se replia et prit la fuite !!!

Fier de cette forfanterie, Abou Issa se décida à mener une action d’envergure dans la région du Kurassan située au nord de la Perse mais, ce dernier combat lui fut fatal car il y fut tué.

Les partisans d’Abou Issa furent dispersés mais ils restèrent fidèles à cet homme en pensant qu’un jour prochain il reviendrait car ils n’ajoutèrent aucune foi à sa mort et crurent qu’il s’était réfugié quelque part et qu’il resurgirait un jour.

Il semble que quelques-uns parmi les croyants d’Abou Issa s’étaient exilés en Syrie où ils fondèrent une communauté qui perdura encore 2 siècles environ… Le Rambam, plus tard encore, y fait allusion dans son « Igueret Teyman ».

ABRAHAM ABOULAFIA

Il est né en 1240 (environ) à Saragosse en Espagne et décédé en 1291 (environ) à Malte. Il était rabbin cabaliste.

Fils de rabbin, il n’étudia la Torah qu’avec son père. Sa famille quitta Saragosse pour aller s’installer à Tudèle en Navarre et c’est là que le chef de famille Rabbi Shemouel Aboulafia mourut. Abraham était alors âgé de 18 ans.

Deux années plus tard, environ, il désira retrouver le fameux fleuve « le Sambation » dont on dit que le shabbat il arrête de couler… et puis, il voulut retrouver les dix tribus perdues. Une fois en Israël, où il apprit que des Mongols avaient envahi le pays, il émit la supposition que ces tribus de Mongols étaient sans aucun doute des descendants des dix tribus perdues.

Il vécut un peu à Akko mais les combats opposant les Mamlouks aux Tatares l’encouragèrent à repartir de Judée et c’est ainsi qu’il atteignit les rivages grecs où il trouva enfin chaussure à son pied et épousa une jeune-femme grecque.

Après un certain temps, il décida de partir pour aller en Italie. A Capua, il étudia la philosophie chez un rabbin réputé : Rabbi Hillel ben Shemouel de Vérone, en particulier tout ce qui était attaché à l’âme dans le Guide des Egarés de Maïmonide.

Puis il repartit vers l’Espagne et, à Barcelone se rapprocha d’un cercle de cabalistes dirigé par Rabbi Baroukh HaTogarmi. Là, à force d’études poussées au sujet des noms divins et des différentes formes de calculs cabalistiques, il révéla à certains qu’il avait eu des visions prophétiques.

Il étudia assidûment le Sefer HaYetsira et surtout le commentaire très poussé du cabaliste allemand Eléazar de Worms qui lui permit d’établir des combinaisons « magiques » entre voyelles, lettres et nombres, en les permutant, en les complétant et en établissant bien d’autres formules. Il affirma, en conséquence, qu’il devait en quelque sorte « préparer » la Rédemption.

Pour cela, il voulut faire de ses disciples des êtres d’exception, en leur permettant d’accéder à des sphères supérieures et à percevoir ce que seuls des hommes du niveau de prophètes pouvaient comprendre.

Il quitta la Catalogne pour la Castille où il se fit de nombreux disciples. Persuadé qu’il devait continuer son rôle de préparer la rédemption et sûr de lui-même en désirant se rendre à Rome à seule fin de convertir le pape d’alors (Nicolas III), il se dirigea vers Rome en 1280.

Le pape se trouvait hors de Rome et lorsqu’il entendit ce qu’Abraham Aboulafia prétendait faire, donna l’ordre de le brûler (hérétique/fanatique). Il s’échappa et soudainement le Pape décéda brutalement. Il fut donc sauvé. Il poursuivit sa route et se rendit à Messine où il s’installa et reconstitua un cercle de disciples en proclamant qu’il était non seulement prophète maus encore le Mashiah promis et attendu.

Rabbi Shlomo ben Adereth de Barcelone entendit cette nouvelle et déclara qu’il s’agissait d’un hérétique et condamna sa conduite vers 1285. Ceci eut pour conséquence qu’Aboulafia ne fut plus accepté dans les cercles juifs de l’époque. De communauté en communauté il termina son existence à Comino située dans l’archipel de Malte.

A suivre……

Caroline Elishéva REBOUH

3 Commentaires

  1. Ne faut-il pas un prophète pour annoncer le Messie ? Dans le passé Saül, David et d’autres rois ont été désigné par des prophètes envoyés par haShem.

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