Les accords sur papier ne désarmeront pas les terroristes.

par Khaled Abu Toameh

Depuis des décennies, les diplomates et les décideurs occidentaux s’accrochent à l’une des illusions les plus dangereuses du Moyen-Orient: la croyance que les organisations terroristes islamistes peuvent être persuadées, par le biais de négociations et d’accords diplomatiques, de rendre leurs armes et d’abandonner leur djihad (guerre sainte) contre Israël.

La réalité continue de prouver que persuader les régimes terroristes de déposer les armes n’est pas une mince affaire, contrairement à ce qu’ils auraient pu espérer.

Plus de sept mois après la présentation par le président américain Donald Trump de son plan de paix pour la bande de Gaza, le Hamas, groupe terroriste soutenu par l’Iran, demeure armé, retranché et contrôle fermement une grande partie du territoire. Malgré des mois de négociations menées par le « Conseil de la paix » de Trump, le Hamas refuse de déposer les armes ou de céder le pouvoir. Au contraire, il continue d’imposer des conditions impossibles à toute discussion sur le désarmement, notamment un retrait israélien complet de la bande de Gaza. De même, dans les négociations entre l’Iran et les États-Unis, le régime du Corps des gardiens de la révolution islamique exige un retrait israélien complet du Sud-Liban.

Dans les circonstances actuelles, de telles mesures de la part d’Israël ouvriraient la voie à des massacres meurtriers sans fin d’Israéliens.

Washington a désormais négocié un autre accord ambitieux – cette fois entre Israël et le Liban – qui vise à rétablir la souveraineté libanaise en désarmant à terme le Hezbollah et en démantelant son infrastructure militaire.

L’accord contient plusieurs dispositions bienvenues et offre une opportunité potentiellement historique de mettre fin à des décennies d’hostilité entre Israël et le Liban.

Malheureusement, à l’instar de l’initiative pour Gaza avant elle, l’accord avec le Liban risque de devenir un autre document qui paraît impressionnant sur le papier mais qui s’avère impossible à mettre en œuvre car il repose sur une fausse hypothèse : que les organisations terroristes respectent les accords et désarment volontairement.

Le Hamas a déjà démontré l’inanité de cette hypothèse. Le Hezbollah semble déterminé à le prouver une fois de plus.

L’échec de l’initiative de Trump à Gaza aurait dû servir de leçon. Au lieu de cela, Washington persiste à négocier comme si le Hamas était un mouvement politique rationnel et non une organisation djihadiste dont l’objectif déclaré est la destruction d’Israël.

Sept mois de diplomatie n’ont abouti à aucun résultat concret. Le Hamas reste au pouvoir. Il continue de recruter des combattants, de reconstruire son infrastructure militaire et de préparer de futures attaques contre Israël. Ses dirigeants rejettent ouvertement les demandes de désarmement tout en insistant sur le caractère « non négociable » de l’armement du groupe.

Le Hamas a même démontré qu’il exerçait un contrôle suffisant sur la bande de Gaza pour réprimer l’opposition interne. Le 26 juin, le Hamas est parvenu à déjouer un soulèvement organisé contre son pouvoir. Les organisateurs, des opposants et des critiques du Hamas résidant à l’étranger, espéraient que des dizaines de milliers de Palestiniens descendraient dans la rue ce jour-là pour protester contre le maintien au pouvoir de ce groupe terroriste. Ce soulèvement n’a pas eu lieu pour plusieurs raisons, notamment les mesures de sécurité strictes mises en place par le Hamas et son soutien continu au groupe terroriste.

Si le Hamas parvient encore à intimider la population de Gaza près de trois ans après le massacre du 7 octobre et plus de sept mois après l’initiative de paix de Trump, il est difficile d’affirmer que la pression diplomatique a significativement affaibli le groupe.

La même réalité se pose aujourd’hui au Liban et en Iran.

L’accord-cadre signé à Washington entre Israël et le Liban mérite d’être salué pour plusieurs aspects positifs. Il engage formellement les deux pays à poursuivre des relations pacifiques, vise à restaurer l’autorité de l’État libanais, prévoit un processus de démantèlement de l’infrastructure militaire du Hezbollah et comprend une disposition importante destinée à empêcher que les fonds de reconstruction ne parviennent au Hezbollah et à d’autres groupes armés non étatiques.

Si elles étaient mises en œuvre, ces mesures pourraient contribuer à renforcer la souveraineté libanaise tout en réduisant l’influence de l’Iran au Liban.

Le problème, c’est que le Hezbollah, tout comme l’Iran, a déjà clairement indiqué qu’il n’avait aucune intention de laisser cet accord aboutir.

Quelques heures après sa signature, le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Qassem, a dénoncé l’accord-cadre comme une « humiliation et une honte », l’ a déclaré « nul et non avenu » et a accusé le gouvernement libanais de capituler. Il a rejeté tout lien entre le retrait d’Israël du Sud-Liban et le désarmement du Hezbollah, qualifiant ces exigences de franchissement de « lignes rouges ».

Qassem a insisté pour que le Liban adhère au mémorandum d’entente distinct signé entre les États-Unis et l’Iran – un document qui n’exige pas du Hezbollah qu’il rende ses armes.

Les représentants politiques et les alliés du Hezbollah se sont rapidement joints à la campagne contre l’accord.

Le président du Parlement libanais, Nabih Berri, a averti que cet accord constituait une « incitation à la guerre civile ».

Le député du Hezbollah Mohammed Raad a accusé le gouvernement libanais de « soumission totale à l’Amérique et à l’ennemi sioniste ».

Même la milice houthie, soutenue par l’Iran au Yémen, est intervenue dans le débat. Tout en appelant le peuple libanais à renverser son gouvernement, elle a averti que l’accord déclencherait soit une guerre civile au Liban, soit une occupation israélienne.

Ces réactions révèlent la principale faiblesse de l’accord.

Le Hezbollah ne reconnaît pas l’autorité du gouvernement libanais quant à son avenir militaire. À l’instar du Hamas dans la bande de Gaza, le Hezbollah considère ses armes comme sacrées car elles servent ce qu’il appelle la « résistance » – ou, pour le régime iranien, sa propre survie. Les accords diplomatiques signés par les gouvernements n’ont guère de valeur pour des organisations qui se définissent par la lutte armée permanente.

La contradiction qui caractérise la politique américaine actuelle complique encore davantage la situation. En moins de deux semaines, l’administration Trump a contribué à la conclusion de deux accords qui semblent aller dans des directions stratégiques opposées.

L’accord avec le Liban vise à affaiblir le Hezbollah en rétablissant la souveraineté libanaise, en démantelant l’infrastructure militaire de l’organisation terroriste et en empêchant que les fonds de reconstruction ne lui parviennent.

Le mémorandum d’entente avec l’Iran apporte toutefois un soutien économique considérable au régime iranien. Il autorise la reprise des exportations de pétrole iranien, assouplit les restrictions bancaires et permet l’accès aux avoirs iraniens gelés. Ces mesures pourraient stabiliser les relations entre Washington et Téhéran, mais elles renforcent également le principal soutien du Hezbollah.

Cette incohérence est flagrante. Un accord vise à tarir les sources de financement du Hezbollah, tandis que l’autre ouvre celles de son principal soutien financier.

Selon le département du Trésor américain, la Force Qods du Corps des gardiens de la révolution islamique iranien a transféré plus d’un milliard de dollars au Hezbollah depuis janvier 2025, via des réseaux financiers et des bureaux de change libanais. Les autorités américaines ont également identifié des filières de contrebande et de financement impliquant la Turquie, l’Irak, Dubaï et d’autres plaques tournantes régionales.

Sans couper les vivres à l’Iran, le Hezbollah se reconstruira tout simplement. L’argent finance les salaires, le recrutement, l’acquisition d’armes, la construction de tunnels, la propagande, le clientélisme politique et l’infrastructure militaire. Détruire les dépôts d’armes ne sert à rien si Téhéran continue d’alimenter les ressources du Hezbollah.

Il est illusoire d’espérer que le Liban puisse tarir les finances du Hezbollah tout en permettant à l’Iran de les renflouer. De même, il ne faut pas s’attendre à ce que le gouvernement libanais parvienne à ses fins, là où il a échoué à maintes reprises depuis des années : vaincre un groupe terroriste comme le Hezbollah.

Les gouvernements libanais successifs ont promis d’affirmer l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire. Pourtant, le Hezbollah est resté un État dans l’État, conservant sa propre armée, ses services de renseignement, son réseau de communication, son système financier et sa politique étrangère.

De même, l’Autorité palestinienne (AP) affirme depuis longtemps pouvoir gouverner Gaza et remplacer le Hamas. Cette affirmation a toujours manqué de crédibilité. L’AP est trop faible pour affronter militairement le Hamas, tout comme le gouvernement libanais ne dispose ni du consensus politique ni de la force militaire nécessaires pour désarmer le Hezbollah.

Cette disparité ne signifie pas qu’il faille rejeter l’accord israélo-libanais. Au contraire, elle offre une opportunité de renforcer la souveraineté du Liban, d’améliorer les relations israélo-libanaises et de réduire le risque d’une nouvelle guerre dévastatrice.

L’accord ne réussira que s’il est appliqué. Cela implique une pression américaine constante sur le gouvernement libanais pour qu’il respecte ses engagements, un contrôle strict des activités du Hezbollah, des efforts énergiques pour bloquer le financement iranien et des sanctions claires si le Hezbollah poursuit le renforcement de ses capacités militaires.

Les mots ne suffiront pas à désarmer le Hezbollah. Ils n’ont pas désarmé le Hamas ni l’Iran. L’échec de Gaza devrait servir d’avertissement plutôt que de modèle.

La leçon à tirer de ces trois situations – Gaza, Liban et Iran – est que les organisations terroristes ne déposent pas les armes parce que des diplomates le leur demandent. Elles ne les abandonnent pas parce que des accords sont signés à Washington, Genève ou ailleurs. Les organisations terroristes survivent grâce à l’idéologie, l’intimidation, la force militaire et le soutien financier.

Tant que ces réalités ne seront pas prises en compte, les accords diplomatiques ne seront guère plus que des signatures sur du papier, tandis que l’Iran et ses alliés continueront de se reconstruire, de se réarmer et de se préparer à la prochaine guerre.

Khaled Abu Toameh est un journaliste primé basé à Jérusalem.

Jforum.fr avec gatestoneinstitute.org

Sur la photo : le secrétaire d’État américain Marco Rubio (au centre, à l’arrière) observe (de gauche à droite, au premier rang) l’ambassadeur d’Israël aux États-Unis, Yechiel Leiter, le chef de cabinet du département d’État Daniel Holler et l’ambassadrice du Liban aux États-Unis, Nada Hamadeh, signer l’accord-cadre à Washington, D.C., le 26 juin 2026. (Photo : Saul Loeb/AFP via Getty Images)

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