Le Maghreb : face cachée du conflit au Moyen-Orient, Partie 3

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Le Maghreb : face cachée du conflit au Moyen-Orient, Partie 3

Par Gilles Falavigna

Pour clore l’effet miroir du Moyen-Orient sur le Maghreb, nous reprendrons l’actualité nord-africaine de ces derniers jours.

L’Algérie entame un nouvel Hirak, suite au décès du général Salah. Le président Tebboune, lui, a obtenu le soutien du principal parti islamiste qui se réclame des Frères Musulmans, le Mouvement de la Société pour la Paix.

Pour rappel, les revendications du Hirak portaient sur la transparence démocratique et une répartition des richesses plus équitable.

La répression du Hirak a principalement été focalisée sur les Berbères, condamnés par dizaines à des peines de prison pour atteinte à l’intégrité nationale en hissant des drapeaux amazighs.

En Tunisie voisine, le parti Ennahdha n’a pas réussi à former un gouvernement. Quelques jours seulement après la visite d’Erdogan, à laquelle s’était joint son allié libyen el Sarraj, la Tunisie est particulièrement fragilisée. Ses frontières avec la Libye ne sont plus vraiment sécurisées.

L’actualité libyenne se déroulait ce dimanche à Berlin. L’ONU y a réclamé une paix durable. La première étape pour la Paix étant, naturellement, la consolidation du cessez-le-feu.

Il existe un lien de premier ordre entre ces informations :

Si la Tunisie a décliné l’invitation pour participer au sommet de Berlin, l’Algérie y a été représentée.

Pendant ce temps, la Turquie déployait quelques 1500 combattants auprès d’el Sarraj, en Libye occidentale pour venir s’ajouter aux 500 militaires déjà présents.

Il est intéressant de noter, ici, que la Libye de Kadhafi a toujours été prompte à déployer des troupes sur les terrains d’opérations arabes. Nous assistons au trajet inverse et nous retrouvons ce qui s’est passé en Syrie. Al Assad consolidait le Hezbollah au Liban. C’est ensuite le Hezbollah qui est venu “libaniser” la Syrie.

En l’occurrence, comme l’indique un article RFI, http://www.rfi.fr/afrique/20191230-libye-turquie-presence-mercenaires-syriens, Erdogan s’est chargé de faire venir les Jihadistes qui combattaient Al Assad. Ils sont qualifiés de “mercenaires” parce qu’ils sont rémunérés 2000 dollars par mois. Mais au-delà de cette rémunération, la Turquie vient de légiférer pour leur accorder la nationalité turque, selon le Guardian.

RFI Afrique indique : “ Sur les réseaux sociaux, des pages dédiées à la révolution syrienne annoncent le décès de personnes qui ont trouvé la mort en Libye, des « martyrs qui défendaient les Moujahidines de Tripoli ».”

L’intégration du Maghreb au Moyen-Orient est factuelle. Elle ne devrait pas surprendre puisque le Département d’Etat américain a toujours considéré cette partie du monde comme faisant partie du Moyen-Orient. Petit à petit, les distinctions entre Maghreb et Machrek s’amenuisent.

Quelles en seront les conséquences ?

La Grèce déplorait de ne pas avoir été conviée au sommet de Berlin. Plus que jamais depuis l’invasion turque de Chypre, la Grèce est sous la menace turque.

Pour appréhender les questions géopolitiques d’une région, il convient de regarder une carte en y projetant les données dont il est question :

La Turquie est la 4e puissance navale au monde, d’après l’évaluation des experts. La marine de l’Empire ottoman a toujours été le fer de lance du Califat, malgré l’épiphénomène de la bataille de Lépante. Erdogan ne se cache pas de vouloir redonner à la Turquie la grandeur de l’empire et de l’Islam.

Chute de l’empire romain d’Orient

La visualisation d’une carte de la Mer Méditerranée montre que le contrôle des côtes libyennes assurerait un atout majeur à la Turquie. Non seulement les débouchés du canal de Suez passeront par un contrôle turc mais aucune flotte océanique, y compris la 5e flotte américaine, ne pourrait se projeter au Moyen-Orient sans l’aval turc. Aucun déploiement militaire ne peut se réaliser sans cette projection. Il y a besoin de bases arrières. Une flotte océanique est la base arrière parfaite. Elle est mobile et inattaquable. Elle est également la première force de frappe.

 

Ce n’est pas un hasard si les forces navales sont le premier budget militaire turc. Cela correspond à une posture offensive.

Par Gilles Falavigna

Par ©Gilles Falavigna

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