Le Premier ministre palestinien Salam Fayyad, si populaire il y a un an, est rendu responsable de la crise par la population et le Fatah.Pneus incendiés, bâtiments publics attaqués, vitrines brisées, jets de pierres et de bouteilles contre les policiers palestiniens envoyés pour rétablir l’ordre.

Depuis une dizaine de jours, les grandes villes de Cisjordanie vivent à l’heure de manifestations plus ou moins violentes contre le coût de la vie.

Lundi dernier, à Hébron et à Naplouse, la situation était quasi insurrectionnelle.

En fin de journée, on comptait des dizaines de blessés, dont un bon nombre dans les rangs de la police palestinienne.

Vingt-quatre heures plus tard, c’était au tour de Ramallah, la capitale économique de la Cisjordanie, de connaître une journée mouvementée.

Même si la grande marche de protestation fut plus pacifique, les slogans scandés par la foule ne laissaient planer aucun doute sur l’état d’esprit de la rue : le ras-le-bol !

Avec pour cible Salam Fayyad, le Premier ministre si populaire il y a seulement un an et désormais rendu responsable de la crise.

Par le simple citoyen.

Mais aussi par certaines élites politiques du parti au pouvoir, le Fatah.

Il faut dire que la situation financière de l’Autorité palestinienne est au plus bas.

Selon des diplomates européens, le déficit public est de 1,3 milliard de dollars.

Les donateurs internationaux ne sont plus au rendez-vous.

Les États arabes et aussi les Américains, en 2010, s’étaient engagés sur 220 millions de dollars.

En 2011, ils n’ont versé que 50 millions et rien en 2012.

Et si l’administration Obama a promis 200 millions, tout dépend du Congrès.

Pas de quoi pavoiser quand on sait que la Chambre des représentants veut dans son immense majorité punir l’Autorité palestinienne « coupable » d’avoir demandé, en septembre de l’année dernière, au Conseil de sécurité de l’ONU de reconnaître l’État de Palestine.

Alors, depuis des mois, Salam Fayyad ne cesse de jongler pour parvenir tout de même à payer les salaires de ses 150 000 fonctionnaires.

Il a, par exemple, empilé les arriérés des fournisseurs, lesquels ont fini par menacer de tout arrêter.

Du côté des banques, ce n’est pas plus facile.

Leur niveau d’emprunt est égal à leurs fonds propres.

Bref, il manque à l’Autorité palestinienne pour finir l’année 400 millions de dollars.

Le seul espoir reste la prochaine réunion des donateurs prévue le 23 septembre à New York.

Mais, là encore, rien n’est joué.

Urgence

Au plan économique, si la croissance reste élevée – 5 % en Cisjordanie -, d’autres facteurs bloquent le développement.

À commencer par l’occupation israélienne.

Tout ce qui entre et sort de Cisjordanie est contrôlé par Israël.

Et puis les échanges avec Jérusalem-Est sont réduits.

Alors que la partie orientale de la Ville sainte devrait être un marché naturel pour les produits palestiniens.

En attendant, et pour tenter de réduire le mécontentement populaire, Salam Fayyad a annoncé des mesures d’urgence : baisse de la TVA, réduction du prix des carburants, contrôle des prix renforcé sur les denrées de base.

Mais le Premier ministre a conscience qu’il ne s’agit là que de palliatifs qui ne vont pas régler le problème d’une faillite annoncée.

Selon des sources proches de l’Autorité autonome, la question aujourd’hui n’est pas de savoir si elle va s’effondrer, mais quand.

Dans tous les cas, ceux qui veulent encore des preuves de l’extrême sévérité de la situation en ont une : la décision de Benyamin Netanyahou de voler au secours du gouvernement palestinien en lui transférant une avance de 250 millions de shekels – environ 60 millions de dollars – sur les taxes prélevées par Israël pour le compte de l’Autorité autonome.

Alors que celui-ci doit toujours des centaines de millions de shekels à des sociétés israéliennes – notamment la compagnie d’électricité -, qui sont donc priées d’attendre avec leurs créances.

L’urgence, pour Israël, c’est le maintien à flot de l’administration palestinienne et de ses services de sécurité qui maintiennent le calme en Cisjordanie.

Danièle Kriegel/ Le Point.fr Article original

TAGS : Ramallah AP Fatah Economie Corruption Fayyad

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