La Bête qui sommeille de Don Tracy

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La Bête qui sommeille par

La Bête qui sommeille est le titre d’un remarquable roman noir (très très noir) de Don Tracy, paru aux Etats-Unis dans les années 1930, traduit et publié par Marcel Duhamel dans la Série Noire en 1951.

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Un petit port de pêche quelque part dans le Sud, un Noir fin saoul qui viole une Blanche, et la foule qui le lynche — salement, je peux vous le dire.

L’adjoint du sheriff, Al, qui connaît bien le Noir, qui sympathise avec lui, qui a des idées libérales, participera pourtant à la curée. Mais c’est que, comme dit l’auteur, « le capitalisme engendre le racisme ».

Tout cela pour vous dire que les types qui ont insulté Alain Finkielkraut ne sortent pas de nulle part. Ils sont le produit de ce que nous avons laissé s’installer depuis des années : le communautarisme qui a remplacé l’appartenance à la Nation, la bigoterie qui s’est substituée au Savoir — mais comme il n’y a plus guère d’école, les crétins se retournent vers ce qu’ils ont à portée de main ou de minaret —, la pauvreté qui fait tache dans une société où si tu n’as pas une Rolex (ou un i-phone, ou n’importe quelle babiole périssable dont on t’a donné le désir), tu as raté ta vie.

Alors remonte la Bête, réveillée par le vide et le bruit du dessus.

Le manque d’imagination, l’absence de culture, l’appétit qui vient en ne mangeant guère, ne poussent pas à sophistiquer outre mesure la recherche de l’Ennemi. Le Système est une notion vague. Le Juif, c’est plus proche.

Comme c’est rarement inscrit sur le visage, quoi qu’aient pu dire les nazis, on s’en prend à un Juif connu qui passait par là.url

Finkielkraut, qui a déjà failli se faire écharper par les gauchos de Nuit debout, s’est retrouvé la cible de quelques-unes de ces injures que l’on profère pour se mettre en train. « Barre-toi, sale sioniste de merde », « Sale race », « Tu vas mourir », « Rentre-chez toi à Tel-Aviv », — les gentillesses susurrées à voix haute avant d’en venir aux coups, et plus loin si affinités.

Quelques flics heureusement présents sont venus en aide au philosophe : La Fontaine en ferait une fable.

Le port du gilet jaune ne signifie rien — on peut en enfiler un comme on met une fausse barbe. Mais les barbes, pour le coup, étaient authentiques — comme les keffiehs palestiniens (« Palestine » fait d’ailleurs partie des hurlements des bestiaux susdits) portés par nos lyncheurs. Ou les prédictions : « Tu vas mourir, Dieu va te punir ».

Qu’est-ce qui a réveillé la Bête ? La superstition que l’on a laissé s’installer, sous prétexte de respecter les croyances (et la superstition, et le fanatisme, sont à la foi ce que la poussée de fièvre est au malade).

Les particularismes raciaux (quand interdira-t-on toutes ces réunions, dans les universités, interdites aux non-racisés, comme ils disent ?). La volupté d’être filmé, et la fierté d’être identifié comme un gros connard.

Culture du communautarisme, culture de la haine, culture de l’ignorance. Un Académicien ! Un Juif ! Un philosophe ! Triple cible.

À noter que la médiatisation de la mésaventure de Finkielkraut ne doit pas faire oublier la progression effarante des actes antisémites sur lesquels les médias font silence — 74% en un an.

Ni occulter le fait que des quartiers entiers, pour mieux cultiver l’entre-soi des débiles, chassent les Juifs et les poussent soit à une alyah intérieure, soit à un exil définitif en Israël — alors même qu’ils n’en ont aucune envie.

Ils sont en France, ils sont Français — et depuis fort longtemps, bien plus longtemps que les barbus qui se promènent le cul entre deux incultures —, et nombre d’entre eux ne conservent d’ailleurs avec le judaïsme que des liens sentimentaux. Juifs et athées ! « À ces mots on cria haro sur la baudet. »

À noter aussi que parallèlement, les mises à sac d’églises chrétiennes se multiplient. 878 en un an — record à battre ! Et dans un silence assourdissant — parce que le dénoncer, c’est dénoncer ceux dont la foi s’offense de celle des autres. On ne sait jamais, ils pourraient être de futurs électeurs de la France insoumise…

Qu’il y ait des antisémites soraliens à l’extrême-droite, soit. Ils ne sont pas légion, ils sont les reliquats, les déchets de l’Histoire, et aucun parti de droite ne les reconnaît plus pour siens.

Mais qu’un Jean-Pierre Mignard, ami intime de François Hollande et soutien inconditionnel de Macron, se félicite presque du lynchage de Finkielkraut « Il le cherchait. On l’avait oublié. C’est réparé ») ; qu’un Thomas Guénolé, qui forme les Insoumis, en arrive à renvoyer l’insulte, comme si l’antisémitisme était un prêté pour un rendu (« Cela fait des années qu’Alain Finkielkraut répand la haine en France. Contre les jeunes de banlieue. Contre les musulmans. Contre l’Education nationale ») ; que le comique élyséen, Yassine Belattar, nommé par Macron au sein du conseil présidentiel des villes, fasse chorus ; que nombre de gens de gauche se taisent, comme ils se taisent depuis des années malgré les déferlantes de barbarie — voilà qui est inquiétant.

Les vrais responsables de cette scène de lynchage, ce ne sont certes pas les Gilets jaunes, que Finkielkraut est l’un des rares à avoir constamment compris et défendu — alors que d’autres philosophes auto-proclamés, s’abîmaient dans des déclarations nauséabondes. Ce sont les spécialistes du déni, les médias avides d’images fortes, les instances éducatives qui suggèrent de baisser la barre, encore et encore.

Et l’Etat, qui depuis des années refuse de sévir contre les porteurs de haine, en prenant enfin des mesures réelles au lieu de rester abonné aux discours creux et compatissants.

Jean-Paul Brighelli

PS. Et on a fini par apprendre que le principal agresseur de Finlielkraut était un islamiste radicalisé. On s’en doutait un peu…

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