Deux lignes de l’article du docteur Jean-Yves Nau publié sur Slate.fr à propos de «ce que révèle le compte-rendu d’hospitalisation de Yasser Arafat» ont remis au devant de l’actualité un institut qui a fait l’objet d’un épisode douloureux en Israël, à la base d’un demi-échec des services secrets. Empoisonnement

En effet, sur l’hypothèse d’une intoxication qu’aurait subi Yasser Arafat, il y est précisé que : «ce type de toxine est étudié notamment dans le centre de Nes Ziona, pas très loin de Tel-Aviv».

Cet institut est lié à une vieille histoire rocambolesque d’espions.

L’institut de recherches biologiques de Nes Ziona a été couvert par la censure militaire israélienne et est resté longtemps sans aucune existence officielle.

Son activité réelle a été mise en lumière à la suite de l’arrestation en 1983 du plus important espion soviétique en Israël, le professeur Abraham Marcus Klingberg.


Marcus Klingberg

Il avait été dénoncé par un autre espion russe retourné par les services de renseignements israéliens.

Le professeur occupait les fonctions de directeur-adjoint de l’institut dont l’existence restait mystérieuse.

Il faisait alors partie de l’élite scientifique du pays, publiait de nombreux ouvrages et participait à des conférences internationales.

Jugé secrètement

Au lendemain de son arrestation il avait été jugé secrètement pour espionnage, condamné à vingt ans de réclusion et enfermé dans la prison d’Ashkelon sous une autre identité.

En 1993, la presse eut connaissance de son sort et porta l’affaire devant la Cour Suprême pour obtenir la levée partielle de la censure sur Nes Ziona, à 18kms au sud de Tel-Aviv, à proximité de la centrale nucléaire de Nahal Soreq, centre de recherche et de développement qui opère sous le contrôle de la Commission à l’Énergie Nucléaire israélienne (IAEC).

Le gouvernement israélien avait décidé en 1952 de créer ce centre de recherche sur les armes chimiques et biologiques, placé sous la responsabilité directe du premier ministre et couvert par le secret militaire.

Le mystère est total sur la réalité des travaux de recherche puisque Israël a signé en 1993, mais jamais ratifié, la convention bannissant les armes chimiques.

Les journaux Maariv et Haaretz avaient révélé en 1998 que des armements non conventionnels y étaient développés à base «de virus, de toxines, de bactéries et de poison de synthèse».

Le seul qui détienne le secret de ces fabrications est l’espion Klingberg qui, au terme de nombreuses années d’enfermement, a été autorisé à publier ses mémoires après avis favorable du ministre de la justice, de la censure militaire et des représentants de Tsahal.

Révélations

L’institut de Nes Ziona est intimement lié à la vie du professeur Marcus Klingberg qui en a assuré la création. Né à Varsovie en 1918, il est arrivé d’URSS en 1948 à la fondation de l’État d’Israël et a été enrôlé dans les services médicaux de l’armée. C’est à ce titre qu’il a été détaché à l’institut pour en devenir rapidement le directeur-adjoint, tout en collaborant étroitement avec les services secrets soviétiques.

Libéré en 2003, au terme de sa peine, il a obtenu l’autorisation de vivre à Paris chez sa fille, Sylvia Klingberg Brossat, pour écrire ses mémoires.

Pendant trente-cinq années et en toute impunité, il avait inondé l’Urss d’informations vitales concernant Israël, au nez et à la barbe des puissants services de sécurité intérieure.

Cela dénote la puissance de l’idéologie communiste insufflée à un scientifique hors pair qui, en trente cinq ans, n’a jamais dévié du chemin qui lui avait été tracé par le KGB et qui n’a jamais douté de la justesse de sa trahison contre l’Etat juif.

Mais il vit toujours sous la surveillance du Mossad et la publication de sa biographie reste cadrée par la censure militaire.


Après le crash du 747 en Hollande

Les activités de l’institut ont été partiellement dévoilées à la suite du crash, le 4 octobre 1992, d’un avion-cargo sur la ville de Bijlmer en Hollande faisant 42 morts.

L’enquête prouva que, censé transporter des magnétoscopes et des parfums, il transportait en fait dix tonnes de produits chimiques, dont du diméthyle méthylphosphonate (DMPP), entrant dans la composition du gaz sarin et fourni par la société américaine Solkatronic Chemicals Inc, de Pennsylvanie.

Ces produits étaient destinés à Israël, et selon les hypothèses, à l’institut de Nes Ziona.

La thèse Arafat

L’institut de Nes Ziona refait parler de lui aujourd’hui car les palestiniens sont persuadés que Yasser Arafat a été empoisonné au polonium 2010, élément radioactif, comme l’ex-espion russe Alexander Litvinenko, décédé en 2006 à Londres.

Ils font aussi référence à l’expertise israélienne illustrée par l’incident du 24 septembre 1997.

Deux agents du Mossad avaient passé la frontière jordanienne munis de passeports canadiens, pour injecter un poison au leader politique du Hamas, Khaled Mechaal.

Après avoir exécuté leur mission, les deux agents ont été découverts.

La Jordanie négocia alors leur libération contre l’antidote du poison, qui permettra au numéro deux du Hamas de survivre.

L’ancien chef des inspecteurs de l’AIEA, Olli Heinonen, affirme que seule la Russie est productrice de cet élément.

Les palestiniens déduisent donc que Nes Ziona, longtemps dirigé par un originaire d’Urss, disposerait des formules pour mettre au point cette substance fabriquée dans le monde à quelques centaines de grammes.

Mais nous sommes loin du dénouement de l’affaire Arafat car il n’est pas certain que l’Autorité palestinienne autorise le transfert de la dépouille de Yasser Arafat à l’étranger.

Cependant les fantasmes continueront à alimenter le débat sur la mort du leader palestinien attribué à Israël car l’on ne prête qu’aux riches.

Jacques Benillouche Article original

copyright © Temps et Contretemps


L’institut à son origine en 1952

TAGS : Mossad Nes Ziona Espionnage Polonium KGB FSB Mechaal

Biljmer Klingberg URSS Neurotoxine

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